Affaire Gabriel Matzneff : L’écrivain Christian Lehmann affirme avoir dénoncé plusieurs fois ses écrits

SCANDALE L’écrivain et médecin Christian Lehmann affirme dans « Le JDD » avoir alerté le milieu littéraire pendant plus de 30 ans

M. Lo.

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Christian Lehmann est médecin et écrivain.
Christian Lehmann est médecin et écrivain. — THOMAS SAMSON / AFP

Dans un dossier consacré à l'affaire Gabriel Matzneff publié dimanche, Le Journal du Dimanche donne la parole à l'écrivain Christian Lehmann. Le romancier et médecin a affirmé avoir alerté  le milieu littéraire sur celui qu’il qualifie de « prédateur » depuis plus de 30 ans.

Christian Lehmann a commencé sa carrière littéraire en 1988, avec La Folie Kennaway. Alors chroniqueur pour l’hebdomadaire médical Impact Médecin, il est invité à une soirée au Théâtre des Champs-Elysées où il rencontre Gabriel Matzneff. Ce dernier, qui est également chroniqueur pour l’hebdomadaire médical, « se présente comme un ­artiste maudit, victime de passions ­incomprises pour les adolescentes », raconte Lehmann dans Le JDD. « Il est justement accompagné d’une très jeune fille ; elle s’est faite toute belle pour venir assister au ballet. Les parents de la demoiselle sont présents eux aussi. »

Matzneff, « sulfureux » mais « grande plume »

Le médecin et écrivain se dit « mal à l’aise », il a lu Ivre du vin perdu de Gabriel Matzneff, ainsi que son pamphlet Les moins de seize ans, et il est « horrifié » par l’auteur. « Bref, je le déteste, il me révulse. Je l’ai dit au directeur de la rédaction d’Impact Médecin et Gabriel Matzneff le sait. Le directeur a ­rétorqué qu’il était certes « sulfureux » mais que c’était « une grande plume ». 

Christian Lehmann raconte que Gabriel Matzneff est venu le voir et lui a dit ne pas comprendre « cette défiance à [son] égard ». « Il est onctueux, sympathique avec un côté terrifiant : c’est un ogre. Mais c’est une gloire du milieu, je ne suis rien. Je décide de le fuir », raconte Lehmann. L’écrivain se met alors à noter « tout ce qu'[il] trouve sur ses agissements, à travers ses propres textes et interviews, où transparaissent sa perversité, son narcissisme, son absolue absence d’empathie ou de culpabilité. »

« On s’est enfin mis à voir en Matzneff ce qu’il est : un pédocriminel »

Christian Lehmann rencontre en 1990 Denise Bombardier, peu après l’indignation publique de l’autrice québécoise dans « Apostrophe », et tous deux discutent de cette affaire. « On n’est pas fous, on n’est pas tout seuls, on est au moins deux. » L’auteur et médecin s’efforce également de pointer à son rédacteur en chef les problèmes des écrits de Gabriel Matzneff. Il n’est écouté qu’une seule fois, la chronique est supprimée ; « mais comme celles de trois autres contributeurs s’achèvent, elles aussi, je n’ai jamais vraiment su si les motifs de son éviction lui ont été signifiés », témoigne-t-il.

Christian Lehmann estime que le monde change, depuis les années 2010. En 2013, quand Gabriel Matzneff reçoit le prix Renaudot, « l’existence des réseaux sociaux permet de ­diffuser l’information et je dénonce à ­plusieurs reprises ce prédateur, qu’une clique littéraire adule sans une pensée pour les gosses qu’il brise ». Il voit la publication du Consentement, le livre de Vanessa Springora qui dénonce les agissements de Matzneff, comme « inespérée ». « Parce qu’un jour une ancienne proie a pris la parole et le peuple a dit : « Le roi est nu », et on s’est enfin mis à voir en Gabriel Matzneff ce qu’il est : un pédocriminel. »