Réforme des retraites : L’Opéra de Paris face à la grève la plus longue de son histoire

DANSE Une soixantaine de spectacles ont été annulés et plus de 12 millions d’euros de pertes enregistrées

20 Minutes avec AFP

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Les musiciens de l’Opéra Bastille en grève, jouent en extérieur sur les marches de l’Opéra.
Les musiciens de l’Opéra Bastille en grève, jouent en extérieur sur les marches de l’Opéra. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Les grèves, l' Opéra de Paris en a connu une myriade ces dernières décennies. Mais après trois semaines de paralysie, une soixantaine de spectacles annulés et plus de 12 millions d’euros de pertes, l’institution tricentenaire fait face au pire blocage de son histoire récente.

« Sur les trente dernières années, il s’agit de la grève la plus longue et des pertes les plus lourdes » en lien avec une grève, souligne-t-on à l’Opéra. Au total, 63 spectacles annulés et 12,3 millions d’euros de pertes de billetterie depuis le 5 décembre, premier jour de grève contre la réforme des retraites qui, dans le monde de la culture, concerne uniquement l’Opéra et la Comédie-Française. En comparaison, la grève de 2007 contre une première réforme des régimes spéciaux avait provoqué l’annulation de 17 spectacles et des pertes de 3,2 millions d’euros.

La saison reprend le 11 janvier et le ministère de la Culture a indiqué que « les discussions avec la direction et les représentants du personnel se poursuivaient ».

Une « diminution importante du fonds de roulement »

Dans les coulisses et les studios, les préparatifs pour les prochaines œuvres semblent se dérouler normalement : le baryton français Florian Sempey a twitté être « heureux » d’être de retour pour Le Barbier de Séville, premier opéra à l’affiche ; le danseur étoile Hugo Marchand a posté sur Instagram une vidéo de lui répétant son rôle dans le ballet Giselle.

D’après l’Opéra, l’hécatombe de spectacles annulés a provoqué une « diminution importante du fonds de roulement ». « Cela hypothèque les investissements pour les saisons futures, en particulier pour les travaux prévus. Il y aura des répercussions financières sur le fonctionnement et les budgets », précise l’institution, qui a fêté en 2019 ses 350 ans.

Des grèves mémorables

Si les grèves des techniciens de l’Opéra sont monnaie courante depuis les années 1970, celle du Ballet est rarissime, et la présence de ses danseurs dans la rue inédite. En 1984, il était exceptionnellement en grève pendant quelques jours après la suspension par la direction de la négociation sur une nouvelle convention collective. Certaines grèves restent mémorables comme celle en 1998, votée in extremis par les artistes du chœur avant une représentation de La Traviata. La direction décide alors d’annuler la soirée sous les huées du public déjà installé.

Ou la représentation du ballet Casse-Noisette avec décor unique et sans costume en 2007 durant lequel Dorothée Gilbert a été nommée danseuse étoile. Sans compter les multiples levers de rideaux en retard et les opéras finalement donnés en version concert.

A l’exception de 2007, « les grèves portaient toujours sur des revendications salariales, catégorielles, sur la convention collective ou l’organisation de travail et duraient généralement quelques jours », raconte un ancien directeur de la maison.

Une relation avec le public abîmée ?

Les danseurs de l’Opéra, les seuls à bénéficier de cette pension en France et à partir à la retraite à 42 ans, défendent bec et ongles ce régime qui remonte à Louis XIV. Ils ont refusé récemment une proposition selon laquelle la réforme entrerait en vigueur pour les danseurs recrutés après le 1er janvier 2022.

Selon l’ex-directeur, « il faut éviter le blocage systématique » et « toujours dialoguer. Il faudrait imaginer un système qui puisse articuler formation et retraite de manière à assurer aux danseurs un débouché après avoir quitté l’Opéra car beaucoup d’entre eux sont dans une grande difficulté » par la suite. L’Etat contribue à la moitié du financement de la caisse de retraite de l’Opéra (14 millions d’euros par an, près de 1.900 cotisants).

Dans une lettre interne consultée par l’AFP, le directeur sortant Stéphane Lissner, auquel succédera en 2021 l’Allemand Alexander Neef, craignait, en plus des conséquences économiques, que « la relation avec notre public ne sorte durablement abîmée ». « Il y aura d’une façon certaine une politique de reconquête des publics et un nombre de gestes envers les spectateurs vont être mis en place », assure-t-on à l’Opéra.