Livres de Noël : Cinq ouvrages de sorcières pour concocter potions et révolutions féministes

SORTILEGE Avec ces cinq livres autour des sorcières, vous allez pouvoir prendre l’expression « la magie de Noël » au pied de la lettre...

Aude Lorriaux

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Au festival espagnol Noche de Brujas, en novembre 2019.
Au festival espagnol Noche de Brujas, en novembre 2019. — John Milner / SOPA Images/Sipa U/SIPA
  • Vous ne savez pas quoi offrir à Noël ? Un livre autour des sorcières, et le sort est jeté...
  • Le livre de Céline du Chéné, intitulé Les Sorcières, Une histoire de Femmes, regorge d'illustrations et de photos. Pour les amateurs et amatrices de philosophie politique, on ne saurait que trop conseiller Caliban et la Sorcière, de Silvia Federici. 

Oubliez licornes, vampires et autres zombie. Depuis quelques mois, il pleut des livres de… sorcières. Plus ou moins réussis, avec le nez plus ou moins crochu et le chaudron plus ou moins bouillant. En gros, il y en a pour tous les goûts.

20 Minutes a sélectionné cinq ouvrages très différents, pour intéresser aussi bien votre tante gréviste que votre petite sœur féministe ou votre beau-frère intello.

Le plus beau

C’est Noël, c’est donc le moment, si ce n’est déjà fait, d’offrir des beaux livres. Et le plus beau de tous ceux que nous avons lus, parmi ceux consacrés aux sorcières, est sans nul doute celui de Céline du Chéné. Productrice à France Culture, chroniqueuse à Mauvais Genres, Céline du Chéné a réalisé quatre heures de documentaire pour LSD (La Série Documentaire), qui l’ont menée tout droit à ce livre.

Au fil de pages densément illustrées, on y découvre l’histoire des chasses aux sorcières, et notamment de la dernière sorcière brûlée le 6 avril 1652, à Genève, Michée Chauderon. On rencontre des sorcières vivantes, comme Katell, qui s’est mise à voir les fantômes de personnes décédées quand elle était jeune. Ou comme Christelle Enault, sorcière et artiste qui collecte des plantes pour réaliser des potions médicinales ou magiques. Tout un chapitre est consacré aux sorcières comme sujet traité par la culture et les arts, du roman de Jules Michelet à la « Danse de la sorcière » de la chorégraphe Latifa Laâbissi, en passant par Blanche neige et Stanley Kubrick. Le dernier chapitre ouvre des perspectives plus politiques, en explorant les figures de sorcières féministes.

  • Les Sorcières, Une histoire de Femmes, de Céline du Chéné (Michel Lafon, 2019)

Le plus pratico-pratique

C’est un cadeau qui claque, rien qu’à la couverture : des lettres et des mains dorées sur un fond violet électrique, et un titre qui interpelle, au sens propre : Witch, please. Mais si vous comptez offrir ce livre, ayez bien conscience de ce qu’il contient. Car il s’agit là d’un manuel pour devenir sorcière. Rien que ça. Jack Parker, alias Taous Merakchi, y explique comment elle a été élevée par une mère « qui a toujours eu un penchant pour le mystique ». Et sa conception très personnelle de la magie. « Ma philosophie, concernant la sorcellerie, c’est : faire à sa sauce. »

Tout en nous enjoignant à trouver notre voie, ce livre nous abreuve de conseils pratiques, adaptés à la vie moderne. Comme les objets dont on a besoin (bougies, dague, baguette « pour diriger son intention », calice, chaudron « Vous pouvez le remplacer par une marmite, une casserole »), les choses que l’on peut consigner dans son grimoire – un carnet à spirale peut faire l’affaire – et aussi quelques exemples de sorts que l’on peut jeter. Comment fabriquer sa « poudre de bannissement » ou pratiquer la guérison à distance… Mais surtout, ce livre est une invitation à la confiance en soi : « La sorcellerie vous rappelle que vous avez le pouvoir, à votre échelle, de changer les choses et de passer à l’acte. »

  • Witch please, de Jack Parker (Pygmalyon, 2019)

PS : assez proche dans l’esprit, Toutes des sorcières, d’Aurélie Godefroy (Larousse, 2019), inclue aussi des recettes de développement personnel

Le plus pédagogique

Nous sommes toutes les héritières des sorcières, démontre Mona Chollet dans un livre déjà vendu à plus de 200.000 exemplaires. Car derrière les attaques misogynes actuelles, la figure de la sorcière n’est jamais loin… Prenez le cliché de la « fille à chat », synonyme de vieille fille et de pathétique, par exemple. Eh bien sachez qu’en 1233, une bulle du pape Grégoire IX avait déclaré le chat « serviteur du diable ». Et que les femmes célibataires ou veuves étaient les plus susceptibles d’être soupçonnées de « sorcellerie ».

Sorcières de Mona Chollet n’est pourtant pas un livre d’histoire des sorcières, ni même d’histoire de la misogynie. C’est plutôt une excellente synthèse des débats du féminisme contemporain, à tous les âges de la vie – les problématiques étant un peu différentes selon que l’on ait 15, 30 ou 60 ans… – ainsi qu’un livre d’empouvoirement. Pendant trop longtemps, on a élevé les filles à attendre leur prince charmant. Voici un livre qui vous donnera envie de cultiver votre espace intérieur. Et de partir à la découverte de femmes fortes, dont les noms distillés dans cet ouvrage – Virginia Woolf, Gloria Steinem, mais aussi des noms moins connus : Gillian Amstrong, Erica Jong, Aline Kiner…- sont comme autant d’incitations à de nouveaux voyages…

  • Sorcières, de Mona Chollet (Zones, 2018)


Le plus poétique

« Ce livre est un talisman », prévient d’emblée l’écrivaine Chloé Delaume, qui signe la jolie préface d’un ouvrage qui promet de convoquer des autrices qui ont su « changer le papier en rêve ». Toni Morrison, Sappho, Virginia Woolf, Emily Dickinson, Octavia E. Butler… Trente femmes de lettres aux pouvoirs extraordinaires, celui nous ensorceler avec leurs mots. Trente personnages aussi, avec leurs vies, joliment illustrées sous les traits de Katy Horan, et racontées à travers quelques anecdotes qui nous les font sentir plus proches de nous.

Ainsi de Virginia Woolf, qui « sautille d’une flaque de conscience à l’autre », les jours de pluie, avant de se changer en phare, « tour de guet à l’œil de cyclope illuminant tout de son faisceau topaze pour transpercer la réalité », et de sombrer dans les profondeurs de l’éternité… Une interprétation libre et poétique de la vie de l’autrice, qui met en appétit de lecture, et précède une petite bio où l’on apprend que Virginia Woolf, « souffrant depuis toujours de troubles psychiques qui l’accablaient lourdement, lesta un jour ses poches de pierres et se laissa couler dans la rivière ». En face, un dessin de madone blanche sur fond noir, tenant dans sa main un encrier d’où s’étire une guirlande de lys…

  • Les sorcières de la littérature, de Taisia Kitaiskaia (Autrement, 2019)

Le plus politique

Attention, livre ardu mais essentiel. Si vous cherchez un ouvrage avec des idées neuves, du genre de celles capables de transformer le monde, c’est sans nul doute vers Caliban et la Sorcière qu’il faut se tourner. Car il contient une thèse explosive : la construction du capitalisme aux XVe et XVIe siècle s’est réalisée à travers l’exploitation des femmes, en « assujettissant leur fonction reproductive à la reproduction de la force de travail » (en clair : en les forçant à rester au foyer pour s’occuper des travailleurs et à enfanter de nouveaux travailleurs). Et il a construit cette exclusion à coups de bûchers, à travers des chasses aux sorcières faisant des dizaines de milliers de morts, pour mater les récalcitrantes, les femmes insoumises, celles qui osaient vivre seules ou acquérir des connaissances.

Inspirée par les écrits des philosophes Michel Foucault et Karl Marx, Silvia Federici revisite l’histoire de notre époque moderne et confère au patriarcat un sens historique, étroitement lié au capitalisme. Historique, donc… dépassable. Un cadeau de Noël parfait pour les révolutionnaires en herbe.

  • Caliban et la Sorcière, de Silvia Federici (Entremonde, 2014)