Miss France : Comment les réseaux sociaux ont-ils modifié notre perception de la beauté ?

ESTHETIQUE NUMERIQUE Les Miss France - et les réseaux sociaux - participent à véhiculer des standards de beauté

Laure Beaudonnet

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Kim Kardashian a posé une photo de sa petite dernière sur Instagram.
Kim Kardashian a posé une photo de sa petite dernière sur Instagram. — CAPTURE INSTAGRAM
  • Les standards de beauté évoluent d’une époque à une autre.
  • Ces dernières années les réseaux sociaux ont changé notre rapport à la beauté avec l’apparition des filtres.
  • Quel effet le visage Snapchat a-t-il sur nous ?

Peau lisse, nez affiné, pommettes hautes… Le « visage Snapchat », aux faux airs de manga, s’est répandu sur les réseaux sociaux avec l’apparition des filtres, influençant peu à peu les normes de beauté. Il n’a jamais été aussi facile de devenir photogénique, un clic pour un effet photoshop assuré. Il suffit de faire un tour sur les comptes « Insta » des stars hollywoodiennes comme Kim Kardashian et des prétendantes au titre de Miss France pour constater l’importance qu’ont pris les filtres dans nos usages. Alors que l’édition 2019 du célèbre concours de beauté se tient samedi, 20 Minutes se demande si les réseaux sociaux ont modifié nos goûts en matière d’esthétique.

Les magazines ou les concours de Miss n’ont jamais cessé d’imposer des canons de beauté. Aujourd’hui, chacun peut atteindre un idéal d’un petit coup de filtre sur Snapchat ou Instagram. Mais représenter un modèle de façon idéalisée n’est pas une pratique récente. « Les portraits et les peintures apportaient déjà des améliorations à la réalité, mais le réseau social donne cette possibilité à tout le monde », soulève Emma Levillair, psychologue clinicienne et autrice de Decomplexe-moi, Les blessures cachées de nos enfants (Coup de gueule). Plus besoin de compétences techniques pour retoucher une photo, un simple bouton permet de se débarrasser de tous les petits défauts d’un visage et lui donner une apparence de poupée.

Une vision déformée de la beauté

Les Miss France sont à l’image de l’évolution des goûts : grande, mince, à forte poitrine, sourire éclatant. On observe un glissement de l’obsession de la maigreur vers l’esthétique de la bonne santé, le healthy. « On va aujourd’hui vers des femmes plus sportives, plus athlétiques que dans les années 1960 où les femmes étaient un peu plus rondes. Quand on voit des vieilles publicités, les femmes étaient complètement différentes », pointe Thierry Van Hemelryck, chirurgien plasticien, membre de la SOFCEP (Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens).

Avec ces applis, il est beaucoup plus facile de voir à quoi on pourrait ressembler dans un monde idéal (ou en passant par la case chirurgie). « Le problème, c’est que si on veut atteindre cette image, on ne pourra pas, insiste Emma Levillair. Si on se dit "C’est ce à quoi je voudrais ressembler", cela peut mener à la dysmorphophobie [un trouble obsessionnel du comportement caractérisé par des obsessions et une exagération d’un défaut qui peut être imaginaire] ou éventuellement à des troubles alimentaires ».

Cette quête de perfection en ligne n’est pas anodine. « On reçoit de nombreuses jeunes filles qui veulent se refaire le nez alors qu’elles n’en ont pas besoin », confirme Dr Thierry Van Hemelryck qui fait un lien avec la manière dont les millenials prennent des photos. « Les jeunes mettent systématiquement un filtre, des couleurs, un lissage… Ils ont une vision déformée de la beauté, ils sont sur une beauté virtuelle », poursuit-il. De plus en plus de jeunes patients en chirurgie esthétique aux Etats-Unis veulent ressembler aux versions améliorées d’eux-mêmes avec des lèvres plus charnues, des yeux plus grands ou un nez plus fin. Des chirurgiens plastiques américains ont baptisé ce trouble « dysmorphie Snapchat » dans un texte publié dans la revue Jama. « Heureusement, la dysmorphie Snapchat n’est pas arrivée en France », nuance Dr Thierry Van Hemelryck. C’est en contradiction avec la French Touch dans la chirurgie esthétique « qui promeut la beauté naturelle et les interventions softs ». « On ne fait plus de liftings agressifs », pointe-t-il.

La dépendance à la dictature de l’image

La Française n’aime pas être trop modifiée, elle veut que la chirurgie reste discrète. « Sauf chez les très jeunes, sur des choses relativement anodines. On va vers des caricatures : les pommettes slaves, des lèvres un peu plus charnues », observe le chirurgien. Les ados sont plus sensibles à la dictature de l’image. « Ils sont à un moment de leur vie où ils veulent se séparer des parents, avoir leur propre image, leur propre look », explique Emma Levillair. Quand ils ne collent pas à ce qu’ils pensent être une norme, cela peut être vécu de manière brutale. Si la plupart d’entre eux passent par cette phase, ils finissent généralement par assumer leur propre image, qui ne correspond pas toujours à celle imposée par les filtres. Pour répondre à ce problème, Instagram a d'ailleurs décidé au mois d'octobre d’interdire les filtres qui donnent un effet « chirurgie plastique » au visage.

Rassurez-vous, en matière de beauté, tout n’est pas à jeter dans les réseaux sociaux. Ils ont aussi ouvert la voie à une autre tendance : le body positivisme, la célébration de la diversité des corps et de la différence. « C’est une tendance nouvelle », relève Emma Levillair. On observe des blogueurs, des Instagrameurs, des photographes qui célèbrent les cicatrices, les vergetures, la cellulite, les yeux vairons, les cheveux roux… « Toutes les choses qui sont stigmatisées dans la société », pointe la psychologue clinicienne spécialiste de l’adolescence. Et cette tendance apparaît également du côté des concours de beauté.

« Il reste des progrès à faire, mais depuis quelques années, il y a beaucoup moins de femmes très fines, on voit plus de diversité dans les morphologies des Miss France ». L’édition 2018 avait d’ailleurs été saluée pour le nombre de femmes avec une coupe afro.