« La France a un incroyable talent » : Le « golden buzzer » comme vous ne l’avez pas vu à la télé

COULISSES « 20 Minutes » a assisté au tournage de la demi-finale diffusée mardi soir sur M6. Louÿs de Belleville a été accueilli bien plus fraîchement que ce qui a été montré à l’antenne

Fabien Randanne

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Louÿs de Belleville sur le plateau d'une demi-finale de la saison 14 de «La France a un incroyable talent».
Louÿs de Belleville sur le plateau d'une demi-finale de la saison 14 de «La France a un incroyable talent». — M6
  • Lors de la deuxième demi-finale de la saison 14 de « La France a un incroyable talent », Louÿs de Belleville a obtenu le « golden buzzer » qui lui a permis d’assurer sa qualification pour la finale.
  • Louÿs de Belleville se présente comme un « poétologue » qui conçoit des « poetums ». Cependant, lors du tournage, le public n’a pas forcément été sensible à sa poésie et à son exubérance et il a été copieusement hué.
  • Le montage a adouci considérablement la séquence – qui a été raccourcie – pour ne pas déroger à la dimension familiale de ce divertissement.

Il a commencé par éructer en allemand. Il a hurlé la phrase « Qui a rangé le pot de confiture de mirabelles dans le frigo ? ! » en détachant chaque syllabe, puis enchaîné sur un play-back de Lovin' you​ chanté par Minnie Riperton avant d’égrainer des noms de stations du métro parisien et de conclure sa performance par une reprise toute personnelle de Ma gueule de Johnny. Avec son « poetum », Louÿs de Belleville, a été l’élément perturbateur et clivant de la deuxième demi-finale de La France a un incroyable talent diffusée mardi sur M6.


Parmi les conquis : Philippe Katerine, juré invité pour l’occasion, qui a actionné son « golden buzzer » afin de lui assurer une place en finale mardi prochain. A la télévision, les téléspectateurs et téléspectatrices ont vu une séquence toute en pluie de confettis et ovation debout émaillée de railleries de Sugar Sammy. Le montage est passé par là pour adoucir le tableau et respecter la dimension familiale de l’émission mais, dans la réalité, les choses ont été bien plus tendues, comme l’a constaté 20 Minutes, qui a assisté au tournage, le 25 octobre à La Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Explications.

« On a officiellement touché le fond »

A l’issue de son passage sur scène, le « poétologue » – comme il se définit - Louÿs de Belleville a été accueilli très fraîchement par le public, pour le moins déconcerté par ce qu’il venait de voir. « Je me sens comme dans un dîner de cons à l’inverse : c’est les cons qui m’ont invité », a balancé Sugar Sammy – tel que cela a été montré à l’antenne – avant d’enfoncer le clou une fois le golden buzzer activé : « On a officiellement touché le fond ».

Un avis au vitriol qui semblait partagé par une majorité des spectateurs et spectatrices sur place. Lorsque Hélène Ségara a demandé qui avait aimé et qui n’avait pas aimé, on dénombrait bien davantage de bras levés sur la deuxième option. Mais, surtout, ce qui a été coupé au montage, ce sont les huées nourries qui ont été adressées sur le plateau au candidat au visage pailleté, lèvres écarlates et cheveux tirés en arrière.

« C’est bon signe quand un artiste se fait huer »

« Il y avait une certaine violence, j’avoue que je ne m’y attendais pas », a confié Philippe Katerine à 20 Minutes à la fin de la journée tout en voyant le verre à moitié plein : « C’est bon signe quand un artiste se fait huer, cela veut dire qu’il remue des choses chez les gens. »

Croisé quelques minutes plus tôt du côté des loges, Louÿs de Belleville était tout à sa « béatitude » d’être qualifié pour la finale et relativisait complètement la bronca.

« Je conçois que la folie que j’exprime sur scène, l’univers que je transmets, ne sont pas immédiatement fédérateurs. Mais, au moins, la réaction a été sincère et authentique et c’est ce qui compte. Je ne sais pas pourquoi, ça m’a fait plaisir de voir que les gens me huaient parce que c’est une forme de révolte qui existe, c’est du vivant », insistait le « poétologue » pour qui les cris et sifflets étaient « sans hostilité ni haine ».

L’artiste relativisait aussi pleinement les propos, particulièrement durs, tenus par Sugar Sammy à son égard : « Il vient d’un univers assez différent, celui du stand up, et moi je suis plutôt dans le stand-by. J’exprime une folie qu’il n’est peut-être pas encore prêt à accueillir en lui. »

Hors caméra, Eric Antoine plaisantait, euphorique : « Les gens vont gueuler sur les réseaux sociaux. Pour une fois, ils vont dire : “Sugar Sammy, on t’aime bien”. » Quoi que puissent en dire les internautes sur Twitter ou Facebook, Philippe Katerine, lui, était prêt à assumer pleinement son golden buzzer. « J’ai hautement apprécié Louÿs de Belleville. Après avoir vu les autres candidats, je n’ai pas eu de regret. Au contraire, je suis très honoré et fier d’avoir pu le propulser en finale », a-t-il assuré à 20 Minutes.

« Ce que je fais est déjà grand public »

Un peu plus tôt, en plateau, le chanteur prenait la défense du poète malmené. « Les surréalistes étaient très maltraités à leur époque et on riait du Douanier Rousseau, a-t-il rappelé. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les années passent et heureusement sont souvent bénéfiques pour ces grands artistes. » Louÿs de Belleville, lui, ne revendique pas vraiment l’héritage surréaliste et cite plutôt Django Edwards – qui l’a convaincu de faire de la scène – Albert Dupontel, Fabrice Luchini ou Léo Ferré comme inspirations.

Avec le temps, tout s’en va… Même les huées de l’assistance ? La réponse en finale mardi soir prochain, en direct sur M6. Cette fois-ci, ce sera aux téléspectateurs et téléspectatrices de trancher. Louÿs, lui, ne s’inquiète pas et restera sur sa lancée, sans faire de concessions. « Je ne fais pas de marketing. Ce que je fais, c’est déjà grand public, je ne peux pas faire plus. J’ai une démarche artistique, je fais des propositions poétologiques, j’ai des “poetums” que je mets en scène… Le public accueille ensuite plus ou moins. » Allez, hue dada !