Les années 2010 pour Johnny Hallyday c'était... Les amis, les amours, les emmerdes

MUSIQUE Après une fin des années 2000 chaotique, le rockeur a su rebondir pour un dernier tour de piste

Clio Weickert

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Johnny Hallyday en concert avec les «Vielles Canailles» à Paris en 2014.
Johnny Hallyday en concert avec les «Vielles Canailles» à Paris en 2014. — SIPA/SIPA
  • Voilà deux ans que Johnny Hallyday nous a quittés.
  • Les années 2010, qui ont marqué la fin de sa vie, s’achèvent dans une poignée de jours.
  • A quoi a ressemblé la dernière décennie de Johnny ?

Alors que les années 2010 s’apprêtent à plier boutique, que retiendrons-nous de la culture de cette décennie si ce n’est l’hégémonie du rap, la déferlante Game of Throneset la mort de Johnny Hallyday ? Il y a deux ans jour pour jour (et oui le temps file), le rockeur rendait son dernier souffle, et ouvrait sans le savoir l’un des plus tristes chapitres de son histoire : la guerre des clans. Un triste épisode qui nous ferait presque oublier qu’avant d’être un père de famille divisée, Johnny était surtout un artiste qui allumait le feu et faisait danser les diables et les dieux.

Mais si l’on a tendance à croire que Johnny a traversé les décennies et les siècles pépouze comme un chef, souvenons-nous que comme tout mortel et toute rock star qui se respecte, le Taulier a connu des hauts et des bas, des périodes fastes et des petites traversées du désert… Et les années 2010 n’ont pas dérogé à la règle. Dernier tour de piste musical, problèmes de santé et environnement familial… A quoi a ressemblé la dernière décennie de Johnny Hallyday ?

Les amis…

Les années 2000 se terminent plutôt mal pour le rockeur. Marquée par le départ de Johnny d’Universal (sa maison de disques historiques), pour Warner, la décennie se clôt par l’hospitalisation du Taulier, placé à plusieurs reprises dans le coma. Très affaibli, son entourage finit par annuler la dernière partie de sa tournée Tour 66, qui devait prendre fin quelques mois plus tard. Et coup de tonnerre, en septembre 2010, le service de presse de Johnny annonce la fin de sa collaboration avec Jean-Claude Camus, son producteur depuis les années 1980, et le remplace par Gilbert Coullier. Et ce n’est pas terminé. En quelques années seulement, l’entourage de Johnny Hallyday fait peau neuve : un nouveau manager, Sébastien Farran, des nouveaux musiciens, dont Yarol Poupaud de FFF, ou de nouveaux compositeurs comme Mathieu Chedid et Maxim Nucci. « A partir de 2009, Laeticia décide de faire le ménage autour de lui, explique le biographe Laurent Lavige, auteur de Johnny Hallyday, une vie. Grâce à cela elle permet de donner une nouvelle image à Johnny, elle le rajeunit et lui donne quelque chose d’intemporel, c’est la star qui s’acoquine avec la jeune génération et c’est plutôt sympa. » La nouvelle recette donne des albums comme Rester vivant (2014) ou De l’amour (2015), avec à la clé de belles ventes, mais peu de gros tubes.

Si Johnny se fait de nouveaux amis, il ne perd pas de vue ses potes de toujours, comme Pierre Billon, qui l’accompagne sur les routes américaines. Mais les années 2010 marquent surtout le retour de trois idoles : Johnny, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc. Les amis d’enfance refoulent la scène ensemble avec le trio des Vieilles Canailles, ils enchaînent les Bercy en 2014, et remettent le couvert en 2017, quelques mois avant la mort du rockeur. « Ce n’était pas la réunion de vieilles gloires, mais celle de trois copains ! C’était assez émouvant de les voir tous les trois, et eux le prenaient à la rigolade, ils s’amusaient ! », se souvient Christian Eudeline, journaliste chez VSD et Les Echos, auteur de L’Encyclopédie Johnny.

Les amours…

Le rock, les potes, la scène, mais aussi les amours. Qu’aurait été la vie de Johnny sans Sylvie, Nathalie, Adeline… Des relations passionnelles qui ont fait les belles heures de la presse à sensation ? Mais en 2010, le rockeur s’est rangé des voitures. Depuis 1996, il partage sa vie avec Laeticia, avec qui il file le grand amour. « Les dix dernières années ont été dominées par Laeticia, avec ses bons et ses mauvais côtés. Elle l’a pris en main, et il n’y a qu’elle qui disposait de la clé de la citadelle qu’elle avait construite autour de lui, c’est elle qui menait la danse, dans les bons et les mauvais moments », précise Laurent Lavige.

Si certains peuvent lui reprocher d’avoir creusé un fossé entre Johnny et son ancienne vie, ses deux premiers enfants notamment (cf la « guerre des clans »), elle lui offre en parallèle une vie de famille tranquille, centrée autour de leurs deux petites filles, Jade et Joy. Et c’est un Johnny apaisé et aimant qui fait désormais la une des magazines. « On ne peut pas retirer ça à Laeticia, elle lui a amené ça. Il est de nouveau papa, il a envie de passer du temps avec ses enfants, ce qu’il n’a pas vraiment eu le temps de faire avec David et Laura. Il faut dire que les dernières tournées sont plus professionnelles, moins longues et désorganisées que dans les années 1960-70 », observe Christian Eudeline.

Les emmerdes…

Il faut dire que notre Johnny n’est plus de la première jeunesse et le temps des fleurs est derrière lui. Si l’on conserve de lui l’image d’une bête de scène, dans les années 2010 le rockeur n’en reste pas moins un homme de 70 ans. « On l’oublie très souvent mais sur la dernière tournée des Vieilles Canailles il n’avait pas tous les jours sa voix. Les gens ne sont pas déçus car c’est Johnny, mais il n’a pas toujours été en forme et au top. On n’a pas envie de s’en souvenir, c’est une idole, il n’a pas donné que des concerts extra, il y a eu des soirs un peu moins bien, comme tout le monde… », se remémore le journaliste. Sans oublier qu’aux années qui s’amoncellent, s’ajoute la maladie et des cancers qui le rongeront jusqu’aux derniers jours de sa vie.

A l’image de sa carrière, sa dernière décennie n’a pas été de tout repos. Problèmes de santé, aléas professionnels, remous familiaux… Une vie d’homme et de rock star, ni plus ni moins. « Johnny a eu plusieurs petites vies et plusieurs petites morts et à chaque fois, comme un phénix, il s’est relevé, conclut Laurent Lavige. Un peu comme Renaud. Il a réussi à remonter la pente, et il a brillé. » Pour l’éternité ?