« Je suis toujours plus ou moins vénère », SCH revient avec « Rooftop » et ça défouraille

RAP Le rappeur SCH a sorti son nouvel album Rooftop vendredi, que certains considèrent déjà comme celui de l’année

Adrien Max

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Dorénavant, pour s'élever socialement, SCH préfère l'ascenseur aux escaliers.
Dorénavant, pour s'élever socialement, SCH préfère l'ascenseur aux escaliers. — FIFOU
  • SCH a sorti son nouvel album Rooftop vendredi.
  • Après JVLIVS, avec beaucoup de storytellings, SCH revient avec un album plus mainstream raconté par lui-même.
  • Il y aborde ses thèmes de prédilection, le quartier, les femmes, les armes, avec un ton toujours aussi énervé.

Le « S » est déjà de retour, et ça fait mal. Le rappeur qui a grandi à Marseille, revient avec un nouvel albumRooftop, sorti vendredi dernier. Un album plus classique que le dernier JVLIVS, dans lequel SCH rappe ses thèmes de prédilections de manière toujours aussi énervée : le quartier et ses halls, les femmes, les armes, et ses racines. 20 Minutes vous fait prendre un peu de hauteur pour contempler l’univers de SCH.

Rooftop, c’est le nom de ton dernier album. On pense au soleil, à l’été, à la fête, mais sur la pochette on voit un avion crashé sur le toit d’un immeuble. Pourquoi avoir choisi Rooftop ?

Il ne fait pas toujours beau sur les rooftops (rires). C’est un mot assez tendance, il se passe beaucoup de choses sur les rooftops aujourd’hui : des afters, des befores, des séminaires, c’est en vogue. Mais autour duquel il y a une définition pour un mec comme moi, celle de l’ascension. J’ai sorti un clip qui s’appelle R.A.C, il scénarise bien ce qu’il se passe sur l’album. Je pense que le clip R.A.C pourrait être le titre éponyme de l’album, dans la mesure où on commence en bas de l’échelle, on monte les étages et on finit sur le rooftop. La symbolique pour moi de rooftop c’est cette ascension et finir sur un truc beaucoup plus contemplatif, on voit plus loin d’un rooftop.

C’est le symbole de ta carrière, de ton histoire ?

Ouais, mais je pense que c’est aussi le symbole de tous les gens, ceux qui réussissent avec leur art, la peinture, la danse.

C’est le premier album ou tu n’apparais pas sur la pochette, pourquoi ?

Je suis content que tu m’en parles, personne ne me l’a dit encore (rires). C’était un peu le truc risqué. Sami (son manager) me disait « tous tes albums, on te voit toi, c’est identifiable, là je sais pas ». Au final on a choisi de faire comme ça pour briser ce truc entre JVLIVS, très histoires, et ce projet qui vient avant la suite de JVLIVS, il fallait vraiment marquer différence. Moins identifier que c’est SCH, et on l’a fait par le biais de la pochette.

Par rapport à JVLIVS, on revient à un album plus classique…

C’est beaucoup plus mainstream, beaucoup moins storytelling. Je livre beaucoup plus de ma vie, qu’une histoire. C’est beaucoup plus moi, c’est la différence marquante entre JVLIVS et Rooftop. JVLIVS est servi par le biais d’un personnage, et Rooftop est servi par moi, par SCH.

Dans ton premier titre Cervelle, on dirait que tu as le couteau entre les dents, c’est ça SCH, un mec énervé ?

Carrément, c’est un axe que je n’ai pas forcément besoin de montrer en interview (rires). C’est ce que j’ai vécu dans ma jeunesse, ce que je vis toujours, les jeunes, les histoires, tout le temps. C’est Marseille bébé.

Elles continuent ces histoires ?

Ouais, ouais, bien sûr.

Tu as envie de t’émanciper de ça ?

Au final quand j’en suis loin, j’ai envie d’y retourner donc j’arrête de vouloir en être loin, c’est inévitable.

Qu’est ce que ça t’apporte ?

Ça ne m’apporte rien, c’est ma manière de vivre. Ça me perturbe quand je ne vis plus de cette façon. En gros, je suis bien avec les jeunes de mon âge, au quartier, avec les jeunes avec qui j’ai grandi. Le quartier a ses raisons que la raison n’a pas.

Tu traînes toujours avec le même entourage ? D’ailleurs tu énumères leurs prénoms dans un son…

C’est dans Interlude. Je suis avec tous ces mecs au quotidien, bon on n’est pas tous ensemble au même moment parce qu’il y en a beaucoup, mais ce sont des amis que je fréquente, que j’ai fréquenté et que je ne peux pas fréquenter en ce moment pour des raisons variées. Certains ont des soucis, certains sont au frais, mais ce sont mes amis. C’est bien de rester proche de ce dans quoi t’as grandi. Après j’aurais l’impression de dénaturer ce que je suis à vouloir être dans la hype, dans des trucs qui ne sont pas du tout moi.

Est-ce que ton côté énervé s’atténue en grandissant ? Et qu’est ce qui t’énerve comme ça d’ailleurs ?

Je suis toujours plus ou moins vénère, après ce que je livre dans mes musiques c’est ce que je suis quand je le suis. Ma vie est cool, je ne suis pas vénère tout le temps, je suis quelqu’un d’impulsif, mais au-delà de ça, je passe des super moments. Dans mes musiques je décris mes accès de colère.

Ce qui me révolte encore aujourd’hui, c’est tous les gens qui lèvent un cul incroyable pour rien, je pense que ça me révoltera toujours. Les inégalités de salaire et tout. Et puis le manque de moyen dans certains quartiers, Il y en a certains qui manquent cruellement de ressources socioculturelles. Sefyu avait dit « s’il y avait moins de terrain de foot et plus de bibliothèques dans les quartiers on aurait fait plus d’écrivains que de footballeurs » et c’est réel.

Après je ne suis pas dans un rap hyper engagé par rapport à ça, même si j’ai quelques grandes phrases classiques qui sont rentrées comme « se lever pour 1.200 c’est insultant ». Je ne suis pas venu comme un Che dans le rap et aujourd’hui le rap conscient a moins d’enjeux. Je suis là pour m’en sortir, c’est un peu contradictoire ce que je dis parce qu’on est tous un peu capitaliste à notre échelle tu vois. J’ai pris le parti de parler de choses plus universelles, j’ai envie de tout raconter.

Et le titre Ça ira, c’est l’inverse, tu te poses plus en mode grand frère…

C’est un peu plus en mode mainstream, c’est un thème universel qui parle à beaucoup de gens. Je pense que tout le monde nous a dit au moins une fois dans notre vie « ah ca ira », « ah ca va aller ». « T’inquiète il y a tout qui passe dans la vie », et c’est vraiment un regard sur ca et je pense que c’est vrai, tout passe dans la vie. Il y a que la fin qui est tragique, mais tout passe. Tous les éléments durs, on vit avec, il faut être fort et voila. Après c’est toi et ton caractère si t’es quelqu’un qui se laisse abattre, que t’es un peu faible dans ton esprit, il y a des petits trucs qui peuvent tuer un homme. Après dans la vie je pense qu’il faut être fort, il faut se dire que ça ira.

Sur les réseaux, beaucoup disent que tu surclasses tes featurings…

Moi je n’aime pas ça, j’aime pas cette vision du truc parce que quand j’invite un artiste sur mon album c’est quelqu’un que je kiffe de ouf, je suis motivé par l’envie de faire un morceau, plus que de jouer un concours d’ego. J’ai jamais aimé cette réflexion-là. Mais je pense que quand deux artistes se rencontrent en studio c’est pour faire de la musique et passer un moment humain ensemble et les fans ils ternissent ça sans le vouloir parce que ça crée des ambiguïtés, des mini-tensions. Je pense qu’un mec qui se fait rincer sur un feat quand il voit ca sur Twitter… après si c’est un concours d’ego peut être… il peut prendre la mouche. Ils vont avoir des rapports ternis à cause du Web. C’est dommage.

Et ceux qui annoncent déjà Rooftop comme l’album de l’année ?

J’espère hein, on est en novembre, là c’est fini. J’aimerais. C’est ambivalent et contradictoire parce qu’on a tous envie d’avoir l’album de l’année et ça passe par écraser les autres si on doit vraiment faire un rapport à tout ça. Mais livrer un album de l’année au-delà du concours d’ego c’est plus une reconnaissance. Entre le fan qui dit « c’est l’album de l’année » et le fan qui dit « il l’a rincé sur un feat », c’est pas la même chose. Dire l’album de l’année, il y a la reconnaissance, c’est positif, l’autre truc c’est nul. Je ne suis pas là-dedans. Après quand on me dit t’as l’album de l’année c’est la meilleure reconnaissance qu’on peut me dire. Je ne suis pas dans un truc ou je me dis j’ai lavé les autres. Je me dis plus que j’ai servi quelque chose qui est plus élaboré, qui a parlé à plus, mais pas construit dans l’intention d’écraser les autres.

Dans le clip Ça ira, c’est un ado avec sa mère, t’évoque souvent ta maman dans l’album, quel rapport t’entretient avec elle ?

C’est fusionnel, moi j’ai été élevé par des femmes, par ma mère, ma grand-mère et par ma sœur quand j’étais très jeune. Mon père était un peu moins là parce qu’il travaillait énormément, après mes parents se sont séparés et de là ma mère a pris le rôle du papa aussi. Je m’entends super bien avec ma mère, et le clip de Ça ira il relate certains moments clés de la vie d’un jeune, ses accès de colère, ces moments où ils s’en foutent de sa mère. Quand tu es jeune tu t’en fous de tes parents, tu penses comme tes collègues, sortir, kiffer et même en grandissant des fois ça continue. C’était mettre en image un peu tous ces trucs d’ado, d’ado bête.

Tu parles aussi plus généralement des femmes…

Je m’entends super bien avec les meufs mais aujourd’hui tu sais on prône l’égalité des sexes. Mais il faut endosser le bon comme le mauvais, je peux très bien traiter une amie à moi de pute en rigolant sans qu’elle le prenne comme si j’étais misogyne. Mais pour une Femen c’est un scandale alors que je suis pour l’égalité des sexes. Si je chambre un pote à moi de fdp, je peux très bien traiter une pote à moi de salope. C’est juste égalitaire en fait c’est tout. Et les femmes ont la même sexualité que les hommes, faut pas croire que c’est nous les morts de faim. Des femmes aussi. C’est juste égalitaire. Je ne suis pas dans un truc ou je descends la femme, pas du tout, j’ai beaucoup de respect pour les femmes ce sont elles qui m’ont élevé.

Et les armes ?

C’est une passion. Quand j’étais petit mon père regardait beaucoup de films de guerre, des thrillers, tout ça. Ça s 'y prête beaucoup, ça a développé pour moi ce fantasme de la machine de fer et aujourd’hui je suis passionné de ça. Au même titre que les sports de combat que je regarde à la TV. C’est un hobby. Je ne fais pas l’apologie du crime. C’est relaxant même s’il y a une image violente derrière ça.

Et Marseille comment tu vois la ville évoluer ?

Je suis partagé. Des fois ça fait peur, moi je vois les façades changer de la ville, je vois la population qui s’enrichit pas plus qu’avant bien que la ville se développe beaucoup même culturellement. Et je vois les jeunes de plus en plus violents, donc je me dis est ce que l’évolution d’une population se joue réellement par la rénovation des façades tu vois ? (silence) C’est bizarre… On dirait qu’on veut juste masquer la réalité. La joliette c’est tout neuf, tu traverses deux rues t’es plus dans le joli Marseille, et il s’agit juste de traverser la mauvaise rue. Alors pourquoi ne pas s’occuper prioritairement des quartiers ? Les gens se sentent revaloriser et ce ne sera pas qu’une illusion. Après il y a des enjeux politiques et je ne veux pas rentrer là-dedans, on va me tirer de tous les côtés. Tout ce que je sais c’est que Marseille est gangrenée par l’aspect politique et véreux qu’il y a derrière, ça a toujours été comme ça Marseille.