Fanny Taillandier : « La littérature échappera toujours aux horloges universelles »

VIS!ON L’auteure de Par les écrans du monde voit aujourd’hui la lecture comme « une forme de résistance dans un monde où le média devient le message »

Laurent Bainier

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L'autrice Fanny Taillandier.
L'autrice Fanny Taillandier. — Julie Balagué

Après 10 ans à enseigner les lettres, Fanny Taillandier s’est formée à l’urbanisme et a rejoint la Preuve par 7, la démarche expérimentale d’urbanisme et d’architecture initiée par Patrick Bouchain. Equipe qu’elle a dû quitter temporairement pour rejoindre la Villa Médicis à Rome, comme pensionnaire. Parce que, parallèlement à ce parcours riche pour une jeune trentenaire, Fanny Taillandier écrit des livres acclamés par la critique, notamment Les Etats et Empire du lotissement Grand Siècle et Par les écrans du monde, deux livres qui figurent sur notre table de chevet. C’est donc pour parler littérature que nous l’avons conviée à VIS!ONS, le 4 décembre.

Vous étiez professeure de lettres à 22 ans. Pourquoi repasser de l’autre côté du pupitre et vous être formée à l’urbanisme ?

J’ai grandi en banlieue parisienne. La ville est quelque chose qui m’a toujours fascinée. D’abord comme promeneuse, puis comme écrivaine. Et puis, j’avais envie d’être formée à un autre style de métier. In fine, la littérature reste ce qui me convient le mieux.

Pourtant vous avez rejoint une prestigieuse équipe d’urbanistes…

La Preuve par 7 mène des projets d’urbanisme, mais on y trouve peu d’urbanistes. Ce sont des profils différents, des gens qui ont un autre regard que recherche Patrick Bouchain. Ce qui l’intéresse chez moi, c’est le fait que je sache écrire. Pour mener à bien des projets en urbanisme, a fortiori expérimentaux, on a besoin de beaucoup de discours, d’argumentation. La littérature est utile lorsqu’il s’agit de convaincre.

C’est cette force de conviction qui garantit à la littérature de brillants lendemains ?

De tous les arts, il n’y en a aucun qui a disparu. Je ne m’inquiète pas pour la littérature. Elle n’est pas un champ dominant. C’est un champ peu dynamique d’un point de vue économique. Les confrères et les consœurs – enfin, ce sont surtout des confrères – qui écrivent en pensant qu’ils trouveront la gloire me font rire. Mais la littérature produit autre chose. Elle fait du bien. J’ai enseigné pendant 10 ans et j’ai constaté que tout le monde aime la littérature. Tous les enfants aiment la littérature, ne serait-ce que cinq minutes. Pas sûr qu’on puisse dire la même chose de la physique ou de la chimie…

Dans un environnement où le numérique domine, la littérature séduit toujours ?

C’est une forme de résistance. Prendre le temps de lire est une forme de résistance dans un monde où le média devient le message. La littérature échappera toujours aux horloges universelles. D’ailleurs, si on décale un peu notre point de vue, on peut aussi considérer que Twitter est de la littérature, avec ses formats courts. Ce qu’on lit sur un réseau social finalement, c’est très proche, au niveau de l’écriture, de l’art courtisan, les satires, les envois qu’on lisait à l’époque…

Ça, c’est pour l’écriture. Mais la lecture ? Les écrans et leur impact sur notre concentration n’auront-ils pas raison d’elle ?

J’ai plus de mal, comme tout le monde, à me concentrer depuis que j’ai un smartphone dans ma poche. Nous cherchons tous à développer des stratégies pour le domestiquer, ça viendra. La lecture, dans tout ça, crée un espace de paix. Il n’y a pas d’encart pub dans un livre. On est protégé de cela. En lisant, on vit une expérience intime, personnelle qui ne se partage pas à trois, ou à douze. Cela nous reconnecte à ce besoin de paix que l’on a tous.

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