Netflix : Pourquoi la polémique sur l’accélération des vidéos est une tempête dans un verre d’eau

STREAMING Ce lundi, plusieurs réalisateurs américains se sont offusqués de la nouvelle fonctionnalité testée par Netflix

Fabien Randanne

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Netflix teste la possibilité d'accélérer le défilement des vidéos sur certains appareils.
Netflix teste la possibilité d'accélérer le défilement des vidéos sur certains appareils. — Media Center Netflix
  • Une partie des abonnés de Netflix peuvent tester une nouvelle fonctionnalité proposée par la plateforme : accélérer ou ralentir le rythme de défilement des vidéos.
  • Lundi, plusieurs réalisateurs américains, dont Judd Appatow et Brad Bird, ont fait savoir leur indignation. Ils avancent que cette fonctionnalité va à l’encontre de leur vision d’artistes.
  • La pratique du « speed-watching » est loin d’être nouvelle : depuis plusieurs années, plusieurs sites et extensions permettent de regarder des vidéos en accéléré.

« Non Netflix ! Ne m’obligez pas à appeler chaque réalisateur et créateur de série de la planète à batailler contre vous. Ne me faites pas gaspiller mon temps. Je finirai par gagner mais ça prendra beaucoup de temps. Ne niquez pas nos timings. On vous offre de jolies choses. Laissez-les telles qu’elles ont été pensées pour être vues. » Le coup de gueule est signé Judd Apatow. Lundi, le réalisateur américain a vivement réagi à la nouvelle fonctionnalité proposée aux utilisateurs d’ Android par Netflix : à savoir permettre de ralentir (x0.5, x0.75) ou d’accélérer (x1.25 ou x1.5) le contenu visionné.

Plusieurs de ses confrères ont embrayé. Si Peter Ramsey, l’auteur du film d’animation Spider Man : New Generation s’est contenté de tweeter un « Fuck that shit » que l’on n’a pas vraiment besoin de traduire, Brad Bird a été plus loquace. « Encore une idée extraordinairement mauvaise, encore un coup donné à une expérience cinématographique déjà mal en point. Pourquoi soutenir et financer les points de vue de réalisateurs d’un côté tout en détruisant la présentation de leurs films de l’autre ? », s’est demandé l’homme a qui l’on doit Ratatouille, Les Indestructibles et Mission impossible : Protocole Fantôme.

Pas sur les téléviseurs

Netflix a précisé au site Android Police qu’il s’agit d’un simple « test », qui « pourrait ne pas être pérennisé ». Des propos repris par Keela Robison, la vice-présidente de la plateforme de streaming sur son blog. Et d’ajouter que cette option n’est pas incluse sur les « plus grands écrans, notamment les téléviseurs ».

Pour les réalisateurs, ralentir ou accélérer le rythme de défilement de leurs créations revient à porter atteinte à l’intégrité de leurs œuvres. L’argument se tient : la tension et l’angoisse d’un épisode de Mindhunter, plein de silences qui en disent long, auraient-elles la même saveur visionnées avec un tempo plus presto que prévu ?

Le « speed-watching » ne date pas d’aujourd’hui

Non, répondront les puristes. Ils n’auraient pas tort, mais c’est un fait : le public n’a pas attendu octobre 2019 pour aller plus vite que la musique. Que ce soit lorsqu’ils écoutent des podcasts ou regardent des séries. En janvier 2017, 20 Minutes consacrait déjà un article au « speed-watching ». Le phénomène était alors en pleine expansion. YouTube proposait depuis des années de visionner une vidéo deux fois plus vite. Le logiciel VLC offrait aussi cette option. Et les séries Netflix – tout comme celles de plusieurs autres plateformes – pouvaient déjà être appréciées en accéléré grâce à l’extension Video Speed Controller.

Des chercheurs israéliens, Karen Banai et Yizhar Lavner, ont démontré à l’époque que le cerveau humain est capable de s’habituer sur le long terme à entendre des dialogues accélérés. On peut bien sûr s’interroger sur ce qui peut motiver un individu à ne pas se satisfaire d’un rythme de défilement normal (le besoin de voir toujours plus de choses et toujours plus vite à une période où l’offre de fictions disponibles est pléthorique et sans cesse renouvelé ?) et philosopher sur le plaisir éprouvé, il n’empêche : l’accélération des vidéos n’est imposée à personne. Avant de polémiquer, ne vaut-il pas mieux prendre garde à ne pas confondre vitesse et précipitation ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà l’habitude de modifier le rythme de défilement des séries que vous regardez ? Le feriez-vous si vous en aviez les moyens techniques ? Ou au contraire, préférez-vous les suivre sans compter votre temps ? Dites-nous dans quel camp vous êtes !