Astérix : On a lu « La fille de Vercingétorix » avec ses auteurs Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

BD Le nouvel album d’Astérix, « La fille de Vercingétorix », qui sort ce jeudi, évoque l’adolescence et convoque des personnages historiques de la saga

Olivier Mimran

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La fille de Vercingétorix, 38e album d'Astérix
La fille de Vercingétorix, 38e album d'Astérix — ASTÉRIX ® - OBÉLIX ® - IDÉFIX ® / © 2019 ÉDITIONS ALBERT RENÉ / GOSCINNY & UDERZO
  • Le nouvel album des aventures d'Astérix et Obélix est le 38e de la série, et le 4e signé par le duo Ferri/Conrad.
  • Intitulé « La fille de Vercingétorix », il est centré autour du thème de l’adolescence et du passage à l’âge adulte.
  • 20 Minutes a lu l'album en avant-première et vous en révèle intrigue et contenu.

Découvrir le nouvel album d’Astérix en avant-première est un privilège qui relève du parcours du combattant. 20 Minutes s’est ainsi rendu au siège des éditions Albert René pour une lecture expresse (en trente minutes) du 38e volume des aventures de l’irréductible gaulois, avant d’en rencontrer, là encore pour trente minutes, le scénariste Jean-Yves Ferri et le dessinateur Didier Conrad, qui ont repris la série en 2013.

C’était speed, mais suffisant pour vous livrer nos premières impressions du 4e album de l’ère Ferri/Conrad.

Une ado qui tape l’incruste

Après avoir découvert il y a dix jours la fameuse fille de Vercingétorix du titre, on remarque d’emblée qu’Adrénaline, puisque c’est son prénom, est omniprésente dans la BD ! Dès les premières cases, elle « s’installe » carrément dans notre village gaulois favori après que deux soldats arvernes l’y ont temporairement confiée à Abraracourcix, son chef, le temps de préparer l’exil d’Adrénaline à Londinium (Londres, chez les romains). Cela pour empêcher César de faire de l’adolescente une « bonne citoyenne romaine », selon des méthodes d’assimilation très en vogue à l’époque.

La présence inattendue de la jeune fille va évidemment bousculer la relative quiétude du village. Quoique de tempérament boudeur, elle se révèle en réalité plus attachante que clivante : tout le monde craque pour cette gamine au caractère bien trempé – à commencer par les quelques adolescents mâles du village – et s’inquiète à la moindre de ses disparitions, Adrénaline ayant tendance à fuguer facilement…

« C’est vrai que les adolescents suscitent ce genre d’attitude chez les adultes, souligne Didier Conrad. En tant qu’adultes, on est très sensibles à ce qu’ils disent et très inquiets de ce qui peut leur arriver ». Sans compter qu’un méchant – dont on découvre qu’il est mandaté par César pour lui ramener la jeune fille – rôde dans les parages et qu’il est prêt à tout pour honorer sa mission !

Des nouveautés… à l’ancienne !

Bon, on ne va pas spoiler davantage. Sachez juste qu’après le respectueux Astérix chez les Pictes, sorti en 2013 et tièdement accueilli par un public circonspect, puis la consécration du Papyrus de César (le livre le plus vendu en France en 2015) et d’ Astérix et la Transitalique (2017), Jean-Yves Ferri et Didier Conrad s’autorisent désormais quelques audaces qui permettent à la série d’évoluer… tout en restant dans la plus pure tradition « Goscinnyenne » !

Les jeux de mot restent légion : ainsi, lorsqu’Adrénaline fait la tête, qu’elle dit en avoir « Ras l’amphore », certains y retrouvent les traits de son célèbre père et évoquent « la moue paternelle » ; ou quand le poissonnier demande à son fils de préparer un panier de moules, celui-ci se plaint d’avoir « encore beaucoup de bulots ». Bon, c’est un humour potache, mais que René Goscinny n’aurait sans doute pas renié. Pas plus que les noms de nouveaux personnages : Letitbix, Dopamine, Strictosensus, Adictosérix…

« On se fait plaisir »

Comme dans les trois albums précédents, le duo d’auteurs s’amuse aussi a semer, çà et là, quelques références à l’actualité la plus chaude (non, on ne détaillera pas pour ne pas divulgâcher votre lecture)… ou celle qui leur « parle » le plus : les FARC – Forces armées révolutionnaires de Colombie créées en 1964 deviennent ainsi le Front Arverne de Résistanche Checrète (souvenez-vous, les Arvernes prononcent les « s » en « ch » dans la série). « C’était un acronyme trop tentant, rigole Jean-Yves Ferri. Le fil qu’on suit, c’est notre goût, notre plaisir à nous. Alors il y a des références aux années 1970 et d’autres à notre époque, mais un scénariste de 30 ans n’écrirait probablement pas cet Astérix, c’est sûr. Arrivant à quatre albums ensemble, Didier et moi adoptons de plus en plus de décontraction par rapport à ce monument qu’est Astérix. »

De décontraction et d’audace, en permettant à des personnages historiques d’évoluer, ce que confirme Jean-Yves Ferri : « le vieil Agecanonix, par exemple, prend une tout autre envergure puisqu’on découvre, dès l’intro de l’album, que ce petit vieux marié à une beauté a un passé. Militaire, notamment ». « C’est un peu notre pierre ajoutée à l’édifice de la saga Astérix, plussoie Didier Conrad. »

Les seconds rôles au pouvoir

Enfin, on note avec un certain plaisir que les personnages « secondaires » de la série manifestent, dans cet album, une plus grande présence. On pense aux villageois, bien sûr, qui se mobilisent tous pour rechercher Adrénaline après l’une de ses disparitions ; mais surtout aux pirates, qu’on redécouvre littéralement puisqu’ils monopolisent plusieurs pages de l’album « alors que jusqu’ici, les pirates, c’était un gag en deux cases », rappelle Didier Conrad. Mais pour Ferri, « ça valait le coup de faire un zoom sur eux, pour une fois. Je trouvais rigolo de découvrir leur psychologie : tous pirates qu’ils soient, ils sont aussi pères de famille et sont donc démunis face à Adrénaline… »

ASTERIX ® – OBELIX ® – IDEFIX ®/© 2019 ED. ALBERT RENÉ/GOSCINNY & UDERZO

Si chacune et chacun se fera sa propre opinion à la lecture du 38e album d’Astérix, 20 Minutes a en tout cas pris beaucoup de plaisir à découvrir une nouvelle héroïne (dont on ignore toutefois si on la reverra un jour) et à constater combien les auteurs s’attachaient à « faire grandir » le mythe tout en respectant ses fondements.

« On sait que certains aimeront et d’autres pas, déclare Didier Conrad, et on tiendra compte de tous les commentaires pour que le prochain volume soit encore meilleur ». D’ici-là, nul doute que les cinq millions d’exemplaires de La fille de Vercingétorix mis en place, dès ce jeudi, sur le marché français, auront réjoui leurs fans, par Toutatis !

Astérix 38 : « La fille de Vercingétorix », par Jean-Yves Ferri & Didier Conrad (d’après R. Goscinny et A. Uderzo) – éditions Albert René/9,99 euros