Philharmonie de Paris: L'architecte Jean Nouvel porte plainte contre l'établissement, qui lui réclame 170 millions d'euros

JUSTICE Les Ateliers Jean Nouvel ont déposé plainte pour « concussion » et « favoritisme » contre la Philharmonie de Paris

20 Minutes avec AFP

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La Philharmonie de Paris, en février 2015.
La Philharmonie de Paris, en février 2015. — LOIC VENANCE / AFP

Gros couac. Les Ateliers Jean Nouvel ont porté plainte pour « concussion » (c’est-à-dire la perception par un agent ou un établissement public de sommes qu’il sait être indues) et « favoritisme » contre la Philharmonie de Paris, qui réclame à l’architecte 170 millions d’euros en raison du dérapage budgétaire survenu lors de la construction de la salle de concert, a appris l’AFP lundi de sources concordantes.

Dans sa plainte, déposée le 14 octobre auprès du parquet national financier, le cabinet fondé par l’architecte Jean Nouvel conteste « vigoureusement » la demande financière adressée par l’établissement public Philharmonie de Paris, qu’elle juge « exorbitante » et « injustifiée ».

91 millions d’euros de pénalités de retard

A l’origine de cette créance : l’envolée du coût de la salle de concert, située dans le 19e arrondissement de Paris, passé de 173 millions d’euros lors du lancement du projet en 2006 à 386 millions d’euros lors de son inauguration en janvier 2015.

Les Ateliers Jean Nouvel estiment que ce dépassement est dû à la gestion défaillante du projet par la Philharmonie elle-même. Cette dernière accuse de son côté l’architecte d’avoir fortement sous-évalué le coût du chantier et d’avoir effectué des « modifications permanentes ».

En avril 2017, l’établissement chargé de gérer la salle a ainsi adressé une facture de 170,6 millions d’euros à l’architecte. Cette demande, confirmée par « titre exécutoire » en septembre de la même année, comprend des pénalités de retard évaluées à 91 millions d’euros.

Pour les Ateliers, ce montant « est totalement disproportionné non seulement dans l’absolu mais aussi par rapport aux sommes qui ont été effectivement perçues » par l’architecte, à savoir 12 millions d’euros d’honoraires, selon la plainte consultée par l’AFP.

Accusations de « faux et usage de faux »

« Les faits sont d’autant plus inhabituels que [la Philharmonie] a fait le choix de poursuivre uniquement le maître d’œuvre, à l’exclusion des entreprises. Ce traitement différencié ne trouve aucune explication légitime », écrivent les avocats de l’architecte, William Bourdon et Vincent Brengarth.

Les avocats dénoncent des faits de « favoritisme » pour des ordres de service passés avec l’entreprise Bouygues, sélectionnée sans l’accord de l’architecte. Ils accusent enfin la Philharmonie de « faux et usage de faux » pour avoir signé des documents de chantiers avec l’en-tête du cabinet d’architecte, après sa mise à l’écart.