Le charme de moins en moins discret du Festival international du film de La Roche-sur-Yon

CINEMA Le Festival de La Roche-sur-Yon, qui s'est ouvert lundi et continue jusqu'à dimanche, est le secret le mieux gardé de Vendée. Mais plus pour longtemps

Fabien Randanne

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Casey Affleck a adressé un message au public du Festival international de La Roche-sur-Yon (Vendée). Lancer le diaporama
Casey Affleck a adressé un message au public du Festival international de La Roche-sur-Yon (Vendée). — F. Randanne / 20 Minutes
  • Le 10e Festival international du film de La Roche-sur-Yon (Vendée) se tient jusqu’à dimanche.
  • La programmation propose un grand nombre de premières françaises et d’avant-première, dont le dernier film de Roman Polanski ou Retour à Zombieland. Des personnalités telles que Lambert Wilson ou Adèle Haenel font aussi le déplacement pour rencontrer le public.
  • L’événement demeure méconnu à l’échelle nationale, voire locale, mais son succès est grandissant

De notre envoyé spécial à La Roche-sur-Yon (Vendée)

« Thank you to the La Roche-sur-Yon Film Festival… » L’Américain Casey Affleck n’a pas écorché le nom de la préfecture vendéenne dans son message vidéo de présentation. Ce mercredi soir, Light of My Life, son deuxième film en tant que réalisateur, était projeté en première française au Manège, une salle de 840 places à deux pas du centre-ville. Le long-métrage figure également en compétition de cet événement, le Festival international du film de La Roche-sur-Yon, qui fête cette année sa dixième édition, sans que grand monde, à l’échelle nationale, en ait entendu parler…

Pourtant, depuis l’ouverture des festivités lundi et jusqu’à l’annonce du palmarès dimanche, le programme est des plus riches. Côté salles, huit films en compétition internationale, 13 autres en compétition « nouvelles vagues », une flopée d’avant-premières – J’accuse de Roman Polanski, Abominable des studios Dreamworks, Adults in the Room de Costa Gavras… –, des premières françaises – Retour à Zombieland de Ruben Fleischer, Marriage Story de Noah Baumbach, Chanson Douce, adaptation du roman de Leïla Slimani par Lucie Borleteau, Seules les bêtes de Dominik Moll… –, sans compter les sélections dédiées aux scolaires et autres sections parallèles faites d’hommages et de découvertes.

Côté stars, le public peut profiter de rencontres avec les actrices Adèle Haenel et Bulle Ogier ainsi qu’avec le comédien Lambert Wilson ou encore poser ses questions au réalisateur portugais Pedro Costa. De quoi irriguer les rues au maillage strict dessiné sous Napoléon d’un peu de folie et d’excitation.

27.000 spectateurs pour une ville de 55.000 habitants

« C’est un événement de découvertes, on essaie de construire une palette très large. On s’adresse aussi bien aux spectateurs occasionnels qu’aux cinéphiles acharnés, en essayant de trouver un équilibre », explique Paolo Moretti, le délégué général du Festival de La Roche-sur-Yon qui résume son objectif en un mot : « décloisonner ». Une pincée de blockbusters, une bonne dose de films d’auteurs, quelques gouttes d’œuvres plus pointues… la recette fonctionne. Avant sa prise de fonctions, en 2014, l’affluence tournait autour de 13.000 à 14.000 spectateurs. L’an passé, le compteur a atteint les 27.000. Mis en perspective avec les 55.000 âmes qui peuplent la ville, le score est très honorable.

« Au début, en 2010-2013, le Festival était tourné vers les rétrospectives, les programmations thématiques, les hommages », précise le délégué général. Depuis, la ligne éditoriale a changé : « l’état d’esprit est celui de la nouveauté et de la contemporanéité ».

« Certains s’imaginent que La Roche-sur-Yon est très très loin »

La plupart des œuvres sélectionnées ont été présentées dans les grands festivals internationaux de l’automne (Venise, Locarno, Toronto, Saint-Sébastien). Paolo Moretti, qui est également le délégué général de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, s’est donné une contrainte : ne pas programmer un film passé par la Croisette au mois de mai. S’il veut un long-métrage, il fait tout pour l’avoir. « On est exigeant avec nous-mêmes, on ne prend pas un film par défaut, pour boucher un trou », assure-t-il. Encore faut-il convaincre les circonspects.

« Parfois, il faut vaincre des résistances psychologiques car certains s’imaginent que La Roche-sur-Yon est très très loin alors que la ville est relativement facile d’accès [elle est à une heure de route de Nantes et à trois heures de train de Paris], poursuit Paolo Moretti. Certains invités, distributeurs ou vendeurs qui ne connaissent pas l’événement se demandent de quoi il retourne. On est l’un des festivals de cinéma les plus jeunes dans le panorama français mais on a un joli CV en termes de films présentés. Quand on dit qu’on a fait les premières françaises de Three Billboards, Manchester By The Sea ou Call Me By Your Name, les interlocuteurs se disent : "Ah oui, quand même !". »

Il reste encore de la marge mais le Festival gagne en notoriété d’année en année, y compris au côté du public local, qui n’est pas forcément conquis d’avance. « Je pense que les élèves ne connaissaient pas l’événement, glisse Sophie Hautbois, professeure de maths et de cinéma au collège Saint-Paul de Sainte-Hermine, à 35 km de La Roche-sur-Yon. C’est important de leur faire découvrir ce qui se passe dans le département. » Ce mercredi après-midi, elle encadre des collégiens, qui ont les yeux rivés sur un écran, questionnaire en main, à la médiathèque Benjamin-Rabier. « Ce matin, on a vu Supa Modo [un film germano-kenyan] et cet après-midi, on effectue un parcours dans les coulisses du festival, à la découverte des différents métiers… », poursuit l’enseignante qui se félicite que l’événement apporte « un peu d’ouverture culturelle pour les Vendéens ».

« Je pensais que ce n’était pas pour mois, mais j’ai vu ce film-là et il était génial »

A la librairie Agora, sur la principale rue commerçante, on croise Joëlle, une pétillante bénévole aux lunettes rouges. « Dans le coin, il y a des gens qui ne connaissent pas le festival, enfin, c’est surtout qu’ils ne veulent pas le connaître, glisse-t-elle, d’un air consterné. Alors, ils ne viennent pas et disent ensuite qu’il n’y a rien à faire à La Roche-sur-Yon, ce qui est complètement faux ! »

Un constat que Paolo Moretti tente d’analyser : « Les premières années, un malentendu s’est installé, une partie de la population ne s’est pas sentie interpellée par la programmation. Progressivement, sans perdre notre identité cinéphile, on a essayé de créer le plus de portes d’entrées possibles pour un public qui avait ce préjugé et ça fait plaisir de rencontrer des gens qui tous les ans me disent : "Je pensais que ce n’était pas pour mois, mais j’ai vu ce film-là et il était génial." » Balayer les clichés sur les films sélectionnés, mais aussi sur la prétendue austérité de la ville, est l’un des principaux défis d’un festival qui cherche à titiller ce vilain défaut qui n’en est pas un : la curiosité.