Kikesa : « Moi je suis un pur produit nancéen, un Lorrain, j’ai presque l’accent ! »

RAP Le rappeur nancéen sort son premier album « Puzzle » vendredi

Clio Weickert
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Le rappeur Kikesa sort son premier album «Puzzle» vendredi.
Le rappeur Kikesa sort son premier album «Puzzle» vendredi. — © Cyprien Délire
  • Kikesa sort son premier album « Puzzle » vendredi.
  • Originaire de Nancy, le jeune rappeur étend désormais son influence bien au-delà de la Lorraine.

« Aujourd’hui je n’ai rien à prouver, j’arrive et j’ai la chance de faire tout ce que j’aime, je n’ai pas de pression ». A quelques jours de la sortie de son premier album Puzzle (vendredi), Kikesa n’est pas stressé le moins du monde. Jeune espoir du rap hexagonal, ce lorrain d’origine accueille chaque jour avec une joie non dissimulée, et attend avec impatience son premier  Olympia (le 26 octobre prochain), programmé avant même que son premier disque soit dans les bacs.

« Je suis trop content, la vie est incroyable, j’ai hâte d’être demain ! », s’extasie auprès de 20 Minutes celui qui n’hésite pas à se qualifier de « chat fou », et qui a parfois besoin d’être canalisé par son crew. « Je ne pourrais rien faire en solo, on est tous ensemble sans cesse, ma famille et mes amis sont trop importants, et c’est indispensable, dit-il. Quand je fais de la merde ce sont eux qui me le disent. Je n’ai pas fait cet album tout seul. » C’est en tout cas lui qui foulera fin octobre, la scène mythique de la capitale. Car de l’énergie à revendre et un entourage solide ne font pas tout. Le secret du rappeur pour conquérir le rap game hexagonal ? Un savant cocktail de légèreté, de fun et de rigueur, le tout relevé à la sauce nancéenne.

Du hippie à Seb la Frite

Sachez tout d’abord que le rap aurait pu passer à côté de ce phénomène, car avant de débiter de la punchline, Kikesa (de « kicker », rapper), se destinait à être comptable. Le rap, il s’y était essayé assez jeune, « pour écrire une chanson pour une meuf. La musique était éclatée… C’était vraiment nul », s’amuse-t-il aujourd’hui. Ce qui ne l’empêche pas de réitérer l’expérience quelques années plus tard, avec sa bande de potes. Avec eux, il a l’idée d’instaurer un rendez-vous hebdomadaire, Les « Dimanche de hippie », et de balancer à chaque fin de semaine, une nouvelle vidéo et un nouveau son sur YouTube. L’expérience durera 52 semaines à partir de décembre 2017, et lui permettra de fédérer une petite communauté, locale dans un premier temps, puis de plus en plus large.

La belle histoire se serait peut-être arrêtée là, si Kikesa n’avait pas eu un sacré « coup de pouce » par Seb la Frite. En juillet 2018, le youtubeur star le propulse sur le devant de sa chaîne, en dévoilant à ses followers son coup de cœur pour le rappeur. Une vidéo vue à ce jour plus de 2 millions de fois. « Il y a eu un avant et un après, reconnaît l’artiste. Le lendemain mon téléphone était cassé [par les nombreux messages reçus]! » Prochaine étape : l’album Puzzle.

Un puzzle de nostalgie

« J’hésitais avec patchwork, mais ça fait appelle à des matières qui n’ont rien à voir ensemble. Un puzzle est exactement l’idée que je me fais de la musique, des musiques très différentes les unes des autres, mais qui ensemble forment quelque chose d’homogène. Chaque morceau est très différent mais tout est très cohérent et indispensable ». Un fil rouge relie néanmoins toutes les pièces de ce puzzle : un sens du placement notable et un souci de diction particulier. « J’ai écrit beaucoup de musiques de l’album sur le clic du métronome. Le placement et la rythmique sont très importants. Je suis très attaché à ça, explique-t-il. Je fais très attention à ce que les gens comprennent tout ce que je dis, car je trouve ça horrible un concert de rap où tu ne comprends rien. »

Et que nous raconte Kikesa ? Il y est beaucoup question de son enfance et du chemin parcouru. Outre quelques clins d’œil à des crush de jeunesse (on pense notamment à son hommage à  R&B 2 rue de Matt Houston avec son morceau 42 Jours), un regard très nostalgique se dégage de cet album, et ce malgré le (mystérieux) jeune âge du rappeur. « J’ai l’impression de vieillir plus vite et qu’en deux ans j’en ai pris cinq. Mais ce n’est pas de la nostalgie, j’ai envie de regarder en arrière maintenant, avant de ne plus me souvenir de tout ça. Tout ce que j’ai vécu est dans cet album, et dans 10 ans, je retrouverai la même intensité des souvenirs grâce à lui », analyse-t-il.

Nancy, nouvelle capitale du rap ?

Mais entre Seb la Frite et Matt Houston, on en oublierait presque l’essentiel : et Nancy dans tout ça ? Si le rap hexagonal ne se restreint pas à Paris et Marseille, reconnaissons que les artistes « de régions » se font un poil plus rares dans le rap game. A l’image d’Orelsan/Caen ou encore de Bigflo et Oli/Toulouse, Kikesa a-t-il toujours en tête la ville qui l’a vu grandir ? « Je suis 100 % fier de venir de Nancy !, affirme-t-il sans aucune hésitation. Moi je suis un pur produit nancéen, un Lorrain, j’ai presque l’accent ! On vient de très loin nous ! Même géographiquement, Nancy c’est quelque chose, pour atteindre Paris tu passes devant tellement de villes, il y a plein de rappeurs avant toi qui y sont arrivés… C’est d’autant plus gratifiant de se dire qu’aujourd’hui on arrive à exister à Paris en venant de Nancy ! »

S'il lui a dédié un titre, il va même plus loin : « Il n’y a pas de honte à venir de Nancy, c’est une ville fantastique avec des gens fantastiques ! Ils auraient dû la mettre en capitale de la France ! C’est plus proche de l’Europe, donc ça aurait simplifié les échanges ». Kikesa ? Un « chat fou » déjanté, rigoureux et pragmatique.