47Ter: Freestyles et piano souffleur... Le jeune phénomène rap des Yvelines

RAP Originaires des Yvelines, les trois comparses sortent « L'adresse », leur premier album vendredi

Clio Weickert

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Lopez, Blaise et Pierre-Paul du groupe 47Ter.
Lopez, Blaise et Pierre-Paul du groupe 47Ter. — Odieux Boby
  • Le groupe 47Ter sort son premier album « L’adresse » ce vendredi.
  • Originaires des Yvelines, les trois comparses se sont fait connaître grâce à leurs freestyles et leur piano souffleur.

Le point commun entre un piano souffleur, Oxmo Puccino et la ville de Bailly dans les Yvelines ? 47Ter, l’une des nouvelles sensations du rap français. Depuis deux ans, Pierre-Paul aka « PP », « Lopez » et Blaise, trois amis d’enfance du 7-8, âgés de 21 et 22 ans, ambiancent YouTube et leur jolie communauté de fans, à base de déconne, de buzz et de freestyles. « On est très second degré, beaucoup dans l’autodérision, explique auprès de 20 Minutes PP, la voix du groupe. Mais comme c’est quand même notre vie et que nous sommes de vrais passionnés, c’est toujours sérieux dans la démarche. »

La preuve, après une série de concerts les mois derniers, le jeune trio entre enfin dans la cour des grands, et présente ce vendredi son premier album, L’adresse. Au programme ? De l’humour, toujours, mais pas que. « Les potes, nos soirées, et l’amour », résume Blaise. Un cocktail qui fait mouche.

Freestyles à gogo

47Ter ? Tout simplement l’adresse de la salle des fêtes de Bailly, leur ville. « Ça nous représente bien, on va là-bas depuis toujours entre potes », précise Lopez. C’est au collège que se rencontrent Lopez et PP, et au lycée que les rejoint Blaise. Après quelques tentatives musicales infructueuses (dans le rock folk notamment), et plusieurs créations de groupe – dont les « Fresh Octopus » et les « Wheelbarrows » (on vous laisse chercher la traduction), 47Ter voit le jour. En 2017, le trio trouve la recette gagnante : On vient gâcher tes classiques. Le concept ? Des vidéos dans lesquelles ils reprennent des grands classiques du rap (de Eminem à Kendrick Lamar), « remixé » avec leur fameux piano souffleur. « Chez Pierre, il y avait depuis toujours cet instrument qui traînait, explique Lopez. Tu le vois et t’as envie de faire de la merde avec et d’y jouer. Quand on a trouvé l’idée des freestyles on s’est dit qu’il fallait trouver un truc décalé, insolite, pour que ça marque ». Bingo.

Les vues s’envolent sur YouTube à mesure que 47Ter postent leurs freestyles, jusqu’à la consécration : Oxmo Puccino en guest. « Il était dans la même boîte de tournée que nous, et notre manager le connaissait. Il lui a parlé de nous, on l’a rencontré, on lui a demandé s’il ne voulait pas faire un freestyle avec nous, nous éclaire Lopez. C’est tout bête. Mais c’est incroyable, même aujourd’hui on ne s’en rend pas bien compte, on a fait un freestyle avec Oxmo ! »

Dès lors tout s’enchaîne, leurs freestyles cartonnent et donnent ainsi de la visibilité à leurs propres titres. 47Ter rentre dans le « cercle » de Fianso, sort un EP, des vrais clips (fini la chambre de la maison familiale), et multiplie les dates de concerts, jusqu’à l’album.

Du « rap-pop de iencli » ?

Et que renferme L’adresse ? Pas de freestyles, ni de piano souffleur, mais des morceaux inédits, et leurs désormais classiques Bang, Personne ou Côte Ouest, et son clip à l’ambiance Walker, Texas Ranger (avec Patrick Bruel). Pour les textes, ils y parlent de leurs quotidiens, leurs états d’âme, et leur banlieue de l’ouest parisien, parfois un peu plan plan… « Il fallait bien qu’on raconte nos vies, et c’est vrai que nous, ce n’est pas trop la rue, et c’est parfois ennuyeux, déroule PP. Celui qui nous influence beaucoup, c’est Orelsan, qui vient de province. Quand j’avais 15 piges et que j’écoutais ça, je trouvais formidable qu’un mec qui ne vit pas grand-chose, puisse raconter autant d’histoires. C’est aussi ce qu’on a voulu faire, c’est ne pas se mentir et parler de nos vies qui sont assez simples au final, et prendre des angles un peu différents. »

Le tout offre un rap plutôt léger, bon enfant, qui leur vaut parfois d’être taxés de « rap de iencli »… « "Iencli" c’est le client, celui qui achète la drogue. En gros. Tu as les mecs qui la vendent, et dès que tu es un peu babtou et que tu te mets à rapper, on dit souvent que c’est du rap de iencli », explique Blaise. « Du rap de fragile un peu… », ajoute PP, qui préfère ne pas s’attarder sur ce qualificatif. « Moi je ne me considère pas comme un rappeur, j’aime bien mais nous c’est la musique en général, les instruments, les mélodies… Si on nous avait mis dans la pop, on n’aurait pas eu ce problème-là… On aurait pu être les plus rappeurs d’une branche pop, mais comme on nous a mis dans le rap, on est peut-être les plus pop du rap. On se sent très éloigné de tout ce rap game, j’ai l’impression qu’on est un peu à part de ce truc-là ». En attendant ce « rap-pop » de « iencli » cartonne, respect à 47Ter qui a réussi à faire aimer le piano souffleur à des centaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux.