Marseille : Le street artiste Philippe Echaroux projette les mots (très positifs) des jeunes de la cité Félix-Pyat

STREET ART Six jeunes de la cité ont participé à la performance du street artiste marseillais

Caroline Delabroy

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A Marseille, le street-artiste Philippe Echaroux projette les mots des jeunes de Felix Pyat sur les barres d'immeubles de la cité.
A Marseille, le street-artiste Philippe Echaroux projette les mots des jeunes de Felix Pyat sur les barres d'immeubles de la cité. — Philippe Echaroux
  • Restitué ce mercredi, le projet de Philippe Echaroux avec des jeunes de Félix Pyat met en lumière leurs mots.
  • Cette performance, projetée sur la barre d’immeubles, s’inscrit dans un programme innovant pour accompagner les jeunes du quartier vers l’emploi.

Ils se sont retrouvés un soir d’hiver à la nuit tombée. Au pied des tours de la cité Félix Pyat, à Marseille, plus encline à cette heure-là aux trafics qu’à l’ art. Puis les mots que ces gamins du quartier avaient imaginés et couchés sur un bout de papier, se sont retrouvés projetés en grand sur les barres d’immeuble : « La vie se lève pour tous ! », « C’est par la patience qu’on atteint les choses désirées », et aussi « Ne dis pas un échec, dis plutôt un essai. »

« Ils m’ont bluffé, ils ont sorti des phrases parfaites, il y en avait juste certaines un peu trop longues à revoir », s’enthousiasme le street artiste Philippe Echaroux, à qui l’on doit ce projet artistique mené en collaboration avec l’atelier de sculptures et d’arts plastiques Méta 2, bien connu à Saint-Mauront pour son engagement auprès des jeunes du quartier.

La vidéo de la performance est restituée ce mercredi lors d’une soirée qui mettra aussi en avant, devant des entreprises, « cinq jeunes à haut potentiel ». « Ils viendront faire une performance, il y a une danseuse, un chanteur, un vidéaste, un spécialiste de motion design », détaille Nathalie Gatellier, pilote du programme « Impact Jeunes » dans les Bouches-du-Rhône. « L’objectif est de montrer combien tout ce quartier de l’arrière-port de Marseille est un vivier créatif, de rendre plus visible ses talents pour que les gens viennent ici recruter les nouvelles pépites », poursuit-elle. Quant aux bénéfices tirés de la vente sur place des photographies de Philippe Echaroux, ils doivent revenir à des projets, artistiques ou non, pour aider les jeunes.

« S’évader, se construire une identité » pour mieux trouver un emploi

« Ils réalisent que c’est une main tendue, beaucoup ont besoin d’argent pour passer le permis ou s’équiper d’un ordinateur pour trouver un emploi », relate Lucile Ranger, qui dans le cadre d’Impact Jeunes est allée à la rencontre de 600 jeunes de Félix-Pyat. « L’art peut être un moyen de remobiliser des jeunes éloignés de l’emploi, c’est le pari de Méta 2. » Car les six jeunes qui ont travaillé avec Philippe Echaroux terminent là-bas un service civique, où ils ont réalisé cette performance artistique mais aussi appris à utiliser une imprimante 3D, souder, créer de l’art dans la rue. « L’art est un vecteur d’insertion, dans le sens où il permet aux jeunes de prendre du recul, de s’évader, de se construire une identité aussi, en se positionnant sur ce qu’ils aiment ou n’aiment pas », poursuit Lucile Ranger.

Philippe Echaroux voulait faire parler des mots, pas seulement projeter des visages comme il a pu le faire déjà à Marseille, même si ceux-ci sont plus universels. « Ce sont des jeunes qui ne s’expriment pas beaucoup, on a souvent l’image de jeunes hyperextravertis, qui font du bruit sur leur scooter, alors qu’en petit groupe, ce n’est pas du tout ça », observe-t-il.

Sans aucune autre consigne de sa part que celle de se mettre en situation de création artistique, il est ressorti des messages à mille lieues des clichés du genre « nique la police ». « Ils ont projeté au contraire des choses très positives », remarque Philippe Echaroux, fier d’avoir pu à cette occasion retrouver la maternelle où il est allé petit. Et d’avoir pu « faire ces choses-là, à Marseille, d’où je viens et où je vis», lui que ses projets emmènent jusqu’en Amazonie.