Clip de « Monarchie absolue » avec Bilal Hassani : Un pas vers la rédemption pour Alkpote ?

MEGAPUTE Le roi de la pop et l’empereur du rap français forment un duo inattendu

Clio Weickert

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Bilal Hassani et Alkpote dans le clip de «Monarchie absolue».
Bilal Hassani et Alkpote dans le clip de «Monarchie absolue». — Capture d'écran YouTube
  • Bilal Hassani et Alkpote viennent de dévoiler le clip de « Monarchie absolue », un duo inattendu.
  • Cette collaboration est particulièrement surprenante entre le chanteur queer et le rappeur trash.
  • Alkpote sort prochainement un nouvel album.

La rencontre du queer et du rap trash. Jeudi soir, le duo le plus improbable de tous les temps a dévoilé le titre (et le clip qui va avec) Monarchie absolue. D’un côté, le roi Bilal Hassani, représentant de la France à l’Eurovision et personnalité LGBT de l'année 2019, et de l’autre, Alkpote, l’empereur de la Crasserie, le rappeur « mégapute ». Dans ce morceau très pop, les deux artistes incarnent un duo de flics de choc, avec un classique good cop/bad cop.

« Bilal a fait un feat avec Alkpote/Qui l’eut cru ? » En effet, même une collaboration entre Jean-Marie Bigard et Adèle Haenel nous aurait (presque) moins surpris. Virtuose de la langue française et maître de la punchline hardcore, Alkpote n’est clairement pas réputé pour son engagement pour la communauté LGBT (ni pour l’égalité homme-femme au passage). D’où le petit moment de flottement quand on le découvre aux côtés du chanteur queer Bilal Hassani. Mais alors, faut-il lire dans « Monarchibre absopute » (cf les paroles de la chanson ici), le mea culpa du vieux renard de l’Essonne ?

Pute pute pute

Rappeur très respecté de la scène rap française, Alkpote a fait des gros mots sa marque de fabrique, repoussant sans cesse les limites de la vulgarité. Exemple : « J’me suis évadé d’l’école et j’ai vendu ma came/Viens vider mes couilles, j’éjacule du Vademecum » (dans Plus haut avec Vald). Ajoutez à cela un amour inconditionnel pour le mot « pute », répété et décliné à outrance, une diction très particulière et un sens du placement notable… Autant d’éléments qui font du rappeur un artiste à part, aussi adulé que décrié. Alors oui, c’est grossier, cru, parfois violent, mais un tel goût pour la démesure et le grotesque, tient presque du génie. Sans oublier forcément (du moins on l’espère fort), un sacré sens de la déconne.

Un talent à part qui a séduit notamment le plus farfelu des artistes français, l’irremplaçable Philippe Katerine. Depuis un freestyle désormais culte en 2017 sur Skyrock, les deux zigotos multiplient les feat., dont une chanson complètement barrée pour la fête des mères en mai dernier.

Avec du recul, le duo roi/empereur n’est donc pas si surprenant que ça. Alkpote montre une fois encore sa capacité à rire de son personnage, à sortir des sentiers battus et des frontières du rap. Bilal quant à lui, dévoile un sens de l’humour (et du burlesque), un petit goût pour la provoc et une TRES large ouverture d’esprit.

Le chemin de la repentance ?

Car si le langage fleuri du rappeur peut faire rire, certains de ses propos ne sont pas si rigolos que ça. On pense notamment à son recourt excessif aux mots « pute » et « salope », et à son inquiétante manie de réduire la femme à un ensemble d’orifices. Ou encore à cette déclaration à l’Abcdrduson en 2015 : « Je suis complètement homophobe. Je ne suis pas Sexion d’Assaut, mec, j’assume ». Difficile d’y voir ici une forme de provocation…

Mais c’est de l’histoire ancienne. En préambule du clip de Monarchie absolue, Alkpote fait face à ses démons : « Homophobie à répétition, sexisme, apologie du c… proxénétisme ! », énumère le supérieur du bad cop, ajoutant, « vous êtes le pire flic que j’ai jamais rencontré dans ma vie ». Dès lors, le titre prend le chemin d’un mea culpa. « Au-delà du divertissement, je pense que c’est une excellente façon de montrer que l’eau a coulé sous les ponts et qu’on évolue tous, comme des Pokémon, explique-t-il dans une vidéo postée par Bilal sur Instagram. L’empereur est pardonneur, il pardonne à tous ceux qui lui ont fait du mal. Moi-même j’ai mal, il faut me pardonner. »

Monarchie absolue est-elle donc un appel à l’ouverture et à la tolérance ? La prise de risque d’une telle collaboration est réelle. Car faire le pont entre le rap game et la culture queer est loin d’être une évidence pour une grande partie du public, si l’on en croit les réactions sur YouTube et les réseaux sociaux. Le pari est particulièrement courageux de la part de Bilal Hassani, qui a le mérite de faire un pas vers un public qui n’est pas forcément bienveillant à son égard et envers celles et ceux qu’il représente.

Pour Alkpote, il s’agit d’ouvrir les portes d’un monde parfois renfermé sur lui-même, et où, il faut le dire, une certaine homophobie persiste. Cela lui permet également d’élargir son audience, et de lisser un personnage qui sent parfois un peu trop le souffre. Ah oui on oubliait, fraîchement signé chez Sony, son nouvel album sortira en novembre prochain. Coïncidence ?