Comment le Louvre va déplacer 250.000 œuvres de Paris à Liévin ?

DEMENAGEMENT Le Centre de Conservation du Louvre à Liévin, qui va abriter à terme près de 250.000 œuvres, a été inauguré ce mardi

Anne Demoulin

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Projet du centre de conservation du musée du Louvre.
Projet du centre de conservation du musée du Louvre. — Rogers Stik Harbour + Partners
  • L’inauguration du Centre de Conservation du Louvre à Liévin (Hauts de France) a eu lieu ce mardi matin.
  • Le musée du Louvre s’apprête à déplacer 250.000 œuvres de Paris à Liévin.
  • Brice Mathieu, directeur du Centre de Conservation du Louvre, a expliqué la logistique derrière le « plus grand mouvement d’œuvres depuis la Seconde Guerre mondiale ».

Les réserves du musée du Louvre sont exposées à la crue de la Seine. C’est pourquoi les quelque 250.000 œuvres actuellement conservées dans plus de 60 réserves au sein du palais du Louvre vont déménager d’ici à quatre ans au Centre de Conservation du Louvre à Liévin (Hauts-de-France). Un bâtiment en forme de vaste trapèze de 18.500 m2, dont 9.600 m2 consacrés à la conservation, inauguré ce mardi par le ministre de la culture, Franck Riester. Comment va s’effectuer le transfert des 250.000 objets d’art de Paris à Liévin ?

« Il s’agit du plus grand mouvement d’œuvres depuis la Seconde Guerre mondiale lorsque le Louvre avait déplacé ses collections face à la menace d’une invasion allemande », explique Brice Mathieu, directeur du Centre de Conservation du Louvre.

Les équipes du musée du Louvre préparent cet événement depuis trois ans. « Chaque œuvre a été dépoussiérée, prise en photo et emballée », résume Brice Mathieu.

Un déménagement en deux phases

Dans un premier temps, les 150.000 œuvres, qui sont en danger par rapport aux inondations, vont voyager grâce à 216 semi-remorques, selon les informations de L’Avenir de l’Artois. Cette opération va débuter le 28 octobre et se terminer début janvier 2021.

Le Centre de conservation du Louvre à Liévin est desservi par une aire de livraison de 400 m². Les espaces dédiés au conditionnement des œuvres (emballage et déballage, lieu de stockage du matériel et des caisses navettes) sont situés à proximité immédiate de l’aire de livraison. Véritable colonne vertébrale du bâtiment, un grand couloir de circulation, baptisé « boulevard des œuvres », bénéficiant d’un éclairage zénithal, permet le mouvement des œuvres depuis l’aire de livraison vers les espaces de conservation et de traitement.

Les 100.000 œuvres situées dans les étages du Louvre, moins exposées aux risques d’inondation et dans des espaces externes au Louvre et loués par le musée vont être transportées dans un second temps de fin 2023 à début 2024.

Un emballage selon la nature de l’œuvre

Le transport des collections du Louvre est une opération délicate. Certaines catégories d’œuvres très fragiles ne doivent pas subir de choc thermique et vont être transportées dans des caisses isothermes. « La nature et la composition de l’œuvre déterminent son emballage. Ce sont les conservateurs qui décident de la manière dont les œuvres seront protégées pendant le transfert », commente Brice Mathieu.

Et de détailler : « Les statues, par exemple, n’ont pas besoin d’être transportées dans des caisses isothermes. Un emballage sur-mesure et isotherme est prévu pour les plus fragiles, comme les sarcophages égyptiens qui, notamment à cause de leurs dorures, ont besoin d’une température et d’une hygrométrie constante, même pendant le transport. »

Vu l’ampleur du transfert, le Louvre a « réfléchi à la réutilisation et à l’optimisation des caisses isothermes ».

Un dispositif de sécurité confidentiel

Côté sécurité, un mot d’ordre, la discrétion. « Le transfert s’effectuera par camions. Le dispositif est confidentiel. On travaille bien évidemment de concert en matière de sécurité avec les forces de l’ordre concernées », conclut Brice Mathieu.