Kery James et Leilä Sy sur le tournage du film « Banlieusards ».
Kery James et Leilä Sy sur le tournage du film « Banlieusards ». — Netflix

FILM

« Banlieusards » sur Netflix : Kery James et Leïla Sy signent un film politique sur la banlieue

Ce premier film sera disponible sur la plateforme à partir du 12 octobre

  • « Banlieusards », le film de Kery James, réalisé par Leïla Sy, sera disponible à partir du 12 octobre sur Netflix.
  • Ce film raconte l’histoire de trois frères issus d’une banlieue sensible de la région parisienne.
  • Ce premier long-métrage est issu d’une longue collaboration entre le rappeur et la réalisatrice.

Plus de dix ans se seront écoulés entre les deux « Banlieusards » de Kery James. Avec le premier, un morceau de 2008, le rappeur écrivait « l’hymne des battants ». Avec le second, l’artiste signe un film politique pour Netflix, disponible à partir du 12 octobre, sur le destin de trois frères français d’origine africaine en région parisienne. Le rappeur y retrouve Leïla Sy, réalisatrice du film, et de ses clips depuis une dizaine d’années, dont celui de… Banlieusards. « Comme quoi la boucle est un peu bouclée, dit-elle en souriant à 20 Minutes. Quand on regarde notre collaboration il y a une espèce de logique, on rajoute juste un "s" à "banlieusard" mais ça s’inscrit dans la filiation de ce qu’il a entrepris. Et j’ai une facilité maintenant à illustrer ses propos, ses mots, c’est un travail que j’ai la chance de faire depuis des années. »

Ensemble, ils se sont donc penchés de nouveau sur la banlieue et sur « ceux qui ne font pas toujours ce qu’on attend d’eux ». « Je voudrais que ce film brise les idées reçues et mette en évidence la complexité de la banlieue que certains veulent nous présenter comme un bloc compact dans lequel tout le monde vit et pense de la même manière », explique Kery James dans une note d’intention. Avec une question cruciale : l’Etat est-il le seul responsable de la situation actuelle des banlieues en France ?

Une histoire de choix

Pour y répondre, Kery Jame déploie les trajectoires de Demba, Soulaymaan et Noumouké, une fratrie qui vit dans un quartier sensible de la banlieue de Paris. Le premier, que le rappeur interprète lui-même, donne dans le trafic de drogue. Le second, joué par le jeune comédien Jammeh Diangana, embrasse une carrière d’avocat, et affronte sa camarade Lisa (Chloé Jouannet) lors d’un concours d’éloquence sur la responsabilité de l’état. Le troisième, le frère cadet interprété par Bakary Diomera, virevolte entre ces deux voies. Et tous se retrouvent confrontés à la discrimination, au racisme, à la violence, mais aussi à la question de la responsabilisation, et aux choix.

A la découverte de jeunes talents

Pour décor, Kery James et Leïla Sy se sont tournés principalement vers le quartier du Bois-L’Abbé à Champigny (Val-de-Marne), où a également été castée une partie des figurants du film. « Certains ne sont même pas comédiens à la base, explique Leïla Sy, mais ils jouaient plus qu’un film, ils jouaient leur vie, leur histoire ». Aucune tête d’affiche donc, y compris pour les rôles principaux. Une volonté de l’équipe et de Netflix. « Ils voulaient découvrir de nouveaux talents alors qu’au départ, quand on voulait monter ce film pour le cinéma, ils nous demandaient des comédiens "bankable", c’était une tout autre tambouille… », ajoute la réalisatrice.

Un rôle à contre-pied

Parmi ces nouveaux talents, on retrouve Kery James, qui après s’être essayé au théâtre en jouant le personnage de Soulaymaan dans la pièce A vif en 2017 (qu’il a tirée entre-temps du scénario de Banlieusards), s’est frotté à celui de Demba, qui prend une voie radicalement différente de son petit frère avocat. « Il incarne un personnage un peu en contre-pied de ce qu’il est en tant qu’artiste, de grand frère parfois un peu moralisateur, analyse Leilä Sy. Il faut dire qu’il est un peu esseulé aujourd’hui dans le milieu du rap, on se dirige plus vers de l’entertainment. Il en faut mais c’est vrai que moi ce qui m’a amené vers cette culture, c’est l’engagement, le côté revendicatif, et je suis ravie qu’enfin il arrive à s’exprimer par d’autres voies, et pas uniquement par celle de la musique. » Et ce n’est probablement pas la dernière fois. Kery James réfléchit actuellement à un nouveau projet de film, autour de l’histoire d’Amine Bentounsi, abattu d’une balle dans le dos par un policier en 2012.