Musique, harcèlement, religion... Bilal Hassani se raconte dans son livre, «Singulier»

TEMOIGNAGE Le livre que Bilal Hassani a écrit avec Delphine Saubaber est paru ce jeudi, chez Plon

Fabien Randanne

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Le chanteur Bilal Hassani, en avril 2019.
Le chanteur Bilal Hassani, en avril 2019. — ERIC DESSONS/JDD/SIPA
  • Dans Singulier, paru ce jeudi chez Plon, Bilal Hassani, 20 ans, raconte son parcours.
  • « Ce n’est pas vraiment une autobiographie, mais plutôt un moyen de me connecter avec les gens qui ont mon âge », explique l’artiste à 20 Minutes.
  • « Je me suis déjà raconté avec Roi [la chanson avec laquelle il a représenté la France à l’Eurovision en mai], mais là j’avais envie de raconter comment j’en suis arrivé là aujourd’hui, comment j’ai pu m’épanouir », ajoute-t-il.

On a l’impression d’avoir tout écrit au sujet de Bilal Hassani. En moins d’un an, on l’a présenté comme star de YouTube, on a relaté le cyberharcèlement dont il a été la cible, on l’a retrouvé au moment de la sortie de son premier album, Kingdom, on l’a suivi à l’Eurovision à Tel Aviv (Israël) où il représentait la France…

Autant de rendez-vous, où l’artiste de 20 ans a démontré sa maturité et une étonnante aisance face aux médias. Autant de fois où l’on a pu mesurer combien celui qui a été désigné par le public « Personnalité LGBTQ » de l’année aux Out d’Or 2019, suscite des réactions clivées. Aussi, alors qu’est paru Singulier, ce jeudi aux éditions Plon, dans lequel il se raconte sous la plume de Delphine Saubaber, on imaginait ne rien apprendre de plus au sujet de Bilal Hassani. On avait tort.

« La norme sème l’intolérance »

« Ce n’est pas vraiment une autobiographie, mais plutôt un moyen de me connecter avec les gens qui ont mon âge – ou pas d’ailleurs –, qu’ils puissent lire ça et se rendre compte que l’on peut se trouver, que l’issue est plutôt positive, mais qu’il y a un chemin à parcourir », explique le chanteur à 20 Minutes.

Dans le prologue, Bilal Hassani explique que le point de départ de ce livre, c’est « la haine (…), celle des autres contre ce que je suis, ce que je tente d’être. Ce qui me tient, c’est l’envie d’être moi, libre d’être Roi [le titre de sa chanson de l’Eurovision], malgré les moqueries, l’homophobie, les discriminations. »

Au fil des quelque 140 pages, l’artiste déplore le regard d’une partie de la société qui le juge « pas assez garçon, trop fille ». Il se souvient de ce camarade de classe qui, à l’âge de 7 ans, lui demande dans la cour de récré « Tu vas te faire un vagin ? » ou d’autres pensionnaires de son collège qui estiment qu’il « roule du cul ». Les autres se chargent de lui faire comprendre qu’il n’est pas « dans la norme ». Mais Bilal Hassani l’écrit aussi, il « déteste la norme » qui « par nature sème l’intolérance, le rejet, la peur de l’autre ».

« Les hommes ont inventé la norme pour se rassurer et pour en faire un instrument de domination », ajoute-t-il. A 20 Minutes, l’artiste déplore l’injonction à se définir : « Je suis un garçon qui aime bien porter des perruques et un peu de mascara. Je suis un garçon qui s’habille de manière spéciale, c’est tout. »

« Il y a eu des moments où je ne pouvais plus trop écouter mes chansons »

C’est tout mais ce n’est par rien pour une partie de la population qui se charge de lui faire savoir avec virulence. « Espèce d’échec, espèce d’expérience ratée », « Pourquoi tu faisais pas un concert un certain 13 novembre 2015 au Bataclan, sale bâtard ? », « Je le croise, il passe sous les roues », « Erreur de la nature »… Le chapitre 17 recense une petite partie des injures et menaces envers Bilal Hassani postées sur les réseaux sociaux ces derniers mois. Des mots violents qui n’ont pas été sans effet sur le jeune chanteur. Il confesse qu’à un certain moment, il en est venu à ne plus supporter sa voix ni son visage : « J’ai fini par donner raison à mes détracteurs dans l’intimité. »

« Je voulais être transparent avec ce témoignage. Je suis arrivé dans ce monde avec Roi, avec un grand sourire. Je m’étais trouvé depuis peu, j’étais encore fragile, je n’étais peut-être pas prêt à vivre ce que j’allais vivre, précise-t-il auprès de 20 Minutes. Il y a eu des moments où je ne pouvais plus trop écouter mes chansons, ni regarder les interviews parce qu’il y avait beaucoup de retours négatifs et ça aurait pu m’amener à finir par y croire. Depuis, j’ai pu trouver l’équilibre, j’utilise beaucoup moins les réseaux sociaux, j’apprends à vivre avec mes amis, au calme, et cela va beaucoup mieux. »

Bilal Hassani aborde aussi un sujet sur lequel il s’était rarement exprimé : son rapport à la religion. Il a étudié avec son grand frère dans un internat catholique en région parisienne et, hormis sa mère, la majorité de sa famille marocaine est musulmane pratiquante. « J’ai bien compris que ma nature posait un problème à mon père, qu’elle allait à l’encontre de ses convictions », témoigne le jeune homme qui se remémore son coming-out auprès de son géniteur à l’âge de 14 ans. Il lui sait cependant gré de ne pas l’avoir rejeté « quand dans d’autres familles pratiquantes, ou pas, on ostracise, on pourrit, on pousse au suicide ». Le chanteur lui-même le confie, lorsque, à 12 ans, il révèle pour la première fois à un ami qu’il est homosexuel, il pense : « J’ai mis Dieu en colère ».

« J’avais envie de me raconter vraiment »

Quelques mois plus tard, il vivra avec Jason, un camarade d’internat, son premier rapport sexuel. « Il a essayé son truc, je n’en avais pas envie, mais je me suis laissé faire parce que je n’avais que ça, que lui. (…) Je me voyais dans un rêve américain, j’étais fou amoureux de lui et je me suis retrouvé dans un truc un peu sale, bien nul. L’amour a duré trois minutes », écrit Bilal Hassani.

Le lendemain, il se confie à un ami… La rumeur fera le tour du collège et, au retour des vacances de Pâques, Jason foncera sur lui et lui assènera un coup de poing en le traitant de « gros PD ». Double peine pour Bilal qui, quelques jours plus tard, sera exclu après un conseil de discipline au motif qu’il distrait ses camarades en classe.

« Ça m’a pris du temps avant de me dire que j’allais aborder ces sujets-là, affirme le chanteur à 20 Minutes. Mais j’avais envie de parler vraiment, et de me raconter vraiment, car ce sont des choses qui font partie de ce qui m’a aidé à être celui que je suis aujourd’hui. Ne pas les mentionner dans le livre, aurait entretenu un flou. Je me suis déjà raconté avec Roi, mais là j’avais envie de raconter comment j’en suis arrivé là aujourd’hui, comment j’ai pu m’épanouir. »

Dans l’épilogue de son livre, Bilal Hassani conclut en s’adressant à son lectorat : « N’abandonne jamais qui tu es, ni ce que tu seras. » Un mot d’ordre auquel il répond chaque jour.

Bilal Hassani, roi d’octobre

En plus de la sortie du livre Singulier, ce mois d’octobre verra Bilal Hassani se produire à L’Olympia (le 21). Il partira ensuite en tournée en France, passant notamment par Bordeaux (le 24), Lyon (le 26) et Toulouse (le 30)… Son album, Kingdom, sera réédité. Il comprendra notamment le nouveau morceau du chanteur, Je danse encore, qu’il a écrit en hommage à sa mère.