Extinction de masse : A quoi ressemblerait la planète si l’homme disparaissait ?

ESPECE EN DETRESSE Comme toutes les espèces, l’homme va disparaître… mais quand ?

Laure Beaudonnet

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La Terre vue de l'espace.
La Terre vue de l'espace. — Alexander Gerst/ESA/N.A.S/SIPA
  • L’effondrement de la biodiversité n’est un secret pour personne, mais l’homme fait partie de cette biodiversité.
  • L’espèce humaine va s’éteindre d’une façon ou d’une autre, mêm si on ne sait pas quand.
  • Après la disparition de l’homme, la biodiversité a toutes les chances d’être encore plus riche.

Faut-il craindre la fin de notre civilisation (ambiance collapsologie) ou la disparition de l’espèce humaine ? Yves Cochet, ex-ministre de l’Ecologie et président de Momentum qui publie Devant l’effondrement, ne rejette pas l’hypothèse selon laquelle l’humanité n’existerait plus en tant qu’espèce en 2050. Si cette prédiction semble pessimiste, les études scientifiques ne sont guère plus joyeuses.

Au mois de mai, un rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES) a alerté sur l’effondrement -plus rapide que prévu- de la biodiversité. Environ un million d’espèces animales et végétales sur les quelque huit millions estimées sur Terre sont menacées d’extinction, dont « beaucoup dans les prochaines décennies ». Ces projections correspondent aux mises en garde de nombreux scientifiques qui estiment que la Terre est au début de la sixième « extinction de masse ». L’humanité, qui dépend de la nature pour boire, respirer, manger, se chauffer ou se soigner, est-elle directement menacée ?

Une extinction pour la fin du siècle ?

Ne nous leurrons pas, notre espèce finira par s’éteindre, comme toutes les autres. « Les humains vont disparaître d’une manière ou d’une autre, soit pour devenir autre chose, soit ils disparaîtront sans descendants », explique Jean-Renaud Boisserie, paléontologue au CNRS et directeur du laboratoire Palevoprim. « L’espèce humaine d’aujourd’hui est la survivante de plusieurs espèces humaines qui ont cohabité en même temps sur la planète », complète Francis Duranthon, directeur du Museum de Toulouse qui relève toutefois la gravité de la situation actuelle. Il compare la biodiversité à un avion. Dans cette analogie, l’homme est dans la carlingue. « Un avion a des ailes qui sont rattachées au fuselage par des rivets. Tous les rivets sont des éléments de la biodiversité, si on en enlève un, ce n’est pas trop grave, mais au bout d’un certain nombre d’éléments de biodiversité qu’on enlève, l’aile se détache et comme nous sommes dans la carlingue, nous nous crashons avec le reste du système ».

Qu’ils le veuillent ou non, les humains sont des animaux. Ils font partie de la biodiversité et ils tirent une grande partie de leurs ressources de ces écosystèmes. S’ils altèrent ces écosystèmes, l’impact sur les humains est énorme. De là à envisager leur disparition pour la fin du siècle (ou moins), il ne faut quand même pas pousser… « Je ne vois pas par quels mécanismes, on pourrait éradiquer une espèce aussi répandue et aussi nombreuse que la nôtre en quatre-vingts ans », s’interroge Jean-Renaud Boisserie.

« Après une crise de la biodiversité, la vie reprend »

Dans un monde idéal, après seulement 300.000 ans d’existence, Homo sapiens devrait encore avoir beaucoup de temps à vivre. Mais ne rêvons pas trop vu la rapidité de l’effondrement de la biodiversité… Que se passera-t-il lorsque l’humanité sera balayée de la surface de la Terre ? « Les enseignements qu’on peut tirer des grandes crises de la biodiversité à travers l’histoire de la vie montrent que, de toute façon, la vie reprend », observe Francis Duranthon. Il reste toujours des espèces, en très petit nombre, à partir desquelles une nouvelle biodiversité se crée.

« La vie sur Terre s’est complètement passée de nous pendant quasiment quatre milliards d’années, elle se passera complètement de nous une fois qu’on aura disparu », observe Jean Renaud Boisserie. N’en déplaise à l’ego de l’homme. Des extinctions de masse ont déjà eu lieu dans le passé et elles n’étaient pas liées à l’influence humaine. « Par exemple, il y a 250 millions d’années, au moins 90 % des espèces se sont éteintes et c’est reparti après. Ça met du temps, ça a pris quelques millions d’années pour se rétablir, mais quand ça repart c’est encore plus diversifié et encore plus riche qu’avant », reprend le paléontologue. Même des catastrophes nucléaires en chaîne ne suffiraient pas à détruire le vivant.

En 2016, la chaîne YouTube Mind Warehouse a imaginé dans une vidéo (vues plus de 17 millions de fois) ce qu’il se passerait après la disparition de l’homme. Selon ce scénario, les humains se sont volatilisés d’un seul coup (sans donner d’explication, mais on s’en fiche un peu). Selon cette hypothèse, un mois après l’évaporation des humains, faute de maintenance, les centrales nucléaires finissent par relâcher des vapeurs toxiques et exploser. Mais la vie est extrêmement puissante. « Il y a une composante de la vie qu’il est quasiment impossible à détruire. Vous pouvez faire exploser toutes les bombes atomiques sur la planète, vous n’arriverez pas à détruire les bactéries », insiste Jean Renaud Boisserie. Il n’y a qu’à regarder ce qu’il se passe à Tchernobyl.

Des poulpes à notre place ?

Plus de trente ans après la catastrophe nucléaire, la vie a repris ses droits. Selon la plupart des études menées sur la faune de la région, la zone est peuplée d’ours bruns, de bisons, de loups, de lynx, de chevaux de Przewalski et de plus de 200 espèces d’oiseaux, parmi d’autres animaux, relève un article de The Conversation publié au mois de mai. Comment les animaux, et notamment les grands mammifères, font-ils face à la radiation ? L’une des hypothèses avancée par ces études est… roulement de tambours… l’absence de l’homme. Les pressions générées par les activités humaines seraient plus néfastes pour la faune sauvage à moyen terme qu’un accident nucléaire. En résumé, la biodiversité s’en sortirait très bien sans l’homme, si ce n’est mieux. Ce dernier étant l’un des principaux responsables de la sixième extinction de masse déjà en cours.

On peut même parier qu’il y aurait une diversification de toutes les espèces et une explosion de nouvelles espèces. Avec les poulpes ou les grands singes, aux capacités cognitives remarquables, pour prendre le relais de l’humanité ?

20 secondes de contexte

L'exposition Extinctions - la fin du monde est prévue au Muséum de Toulouse du 9 octobre 2019 au 28 juin 2020.