VIDEO. Mort de Jacques Chirac : Quand la chanson française s'empare du président

MUSIQUE Punk, rap et chanson parodique : voici une sélection de morceaux évoquant l’ancien président Jacques Chirac, décédé ce jeudi matin à 86 ans

Mathilde Loire

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« Anarchie en Chiraquie » de Parabellum rend hommage à « God Save the Queen » des Sex Pistols.
« Anarchie en Chiraquie » de Parabellum rend hommage à « God Save the Queen » des Sex Pistols. — Parabellum

Premier ministre, maire de Paris puis douze années comme président de la République… Pendant plus de 30 ans, Jacques Chirac, décédé ce jeudi à 86 ans, a fait partie des figures incontournables de la vie politique et publique. De quoi inspirer les musiciens, du rap au punk en passant par les chansons parodiques. Sélection.

Anarchie en Chiraquie, Parabellum

« L’aut' matin j’me suis réveillé/Dans l’monde d’la libre entreprise/Pour changer c’était la crise/La déprim' pour toute prime ! (…) Anarchie en Chiraquie !/Pour les gros, pas pour les p’tits/Anarchie en Chiraquie !/Plus on est d’fous plus on rit !/Chômage, je hais le chômage ! » chante le groupe de punk français Parabellum en 1988. François Mitterand et Jacques Chirac s’affrontent alors pour l’élection présidentielle après deux ans de cohabitation. Parabellum dresse un portrait au vitriol de la « Chiraquie », et dénonce la politique économique libérale du gouvernement Chirac. La pochette du single, sur fond bleu, s’inspire de celle de God Save The Queen, des Sex Pistols.

En 2002, Anarchie en Chiraquie est reprise par le groupe de hip-hop français Svinkels, avec Parabellum. La nouvelle version critique le paysage politique (« Depuis que j’suis gosse les mêmes têtes des mêmes menteurs ») et évoque clairement les différentes affaires judiciaires qui concernent le président-candidat : « Anarchie en Chiraquie/Pousse plus fort pour la zonpri/Abstiens toi de voter pour lui mon vieux/Sinon mais qu’est-ce tu fous Rocky bon Dieu/T’as serré tellement de pognes/Que t’as les mains les plus sales de l’Hexagone ».

Ronde de nuit, Mano Negra

La même année, le groupe de rock alternatif Mano Negra s’en prend également à Jacques Chirac, sans le nommer, dans la chanson Ronde de nuit. Comme Parabellum, la Mano Negra s’en prend aux idéaux conservateurs que représente Jacques Chirac. Manu Chao y dénonce le « calme » et « l’ennui » qui règnent dans les rues de Paris. Il vise la politique sécuritaire du maire Jacques Chirac, qu’il voit comme responsable de l’essoufflement des nuits parisiennes : « Le baron qui règne à la mairie/Veut que tout le monde aille au lit sans bruit »/[…]Paris se meurt aujourd’hui/S’est donné à un bandit/Un salaud qui lui a pris ses nuits blanches/Paris, la nuit c’est fini/Paris va crever d’ennui ».

Le bruit et l’odeur, Zebda

« Comment voulez-vous que le travailleur français (…) qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15.000 francs et qui voient sur le même palier, à côté de son HLM, entassée, une famille, avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses et qui gagne 50.000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, hé bien, le travailleur français, sur le palier, il devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. » Le 20 juin 1991, alors maire de Paris et président du RPR, Jacques Chirac évoque la politique d’immigration française à Orléans devant 1.300 sympathisants du parti. Cette sortie raciste marque un tournant dans sa position sur l’immigration et est dénoncé par ses opposants. L’expression « le bruit et l’odeur » marque les esprits.

Le groupe toulousain Zebda recycle le discours dans une chanson, dans un album du même nom sorti en 1995. « Qui a construit cette route ?/Qui a bâti cette ville ?/Et qui l’habite pas ?/A ceux qui se plaignent du bruit/A ceux qui condamnent l’odeur/Je me présente/Je m’appelle Larbi, Mamadou Juan et faites place/Guido, Henri, Chino Ali je ne suis pas de glace. » Les musiciens dénoncent le racisme ordinaire et les inégalités que subissent les jeunes issus de l’immigration, comme eux. La chanson tourne pendant des mois sur les ondes radios, l’album est disque d’or en 1999. L’expression a été reprise par de nombreux musiciens depuis, en particulier des rappeurs : Suprême NTM dans Plus jamais ça, mais aussi Al Peco dans Monsieur l’ministre de l’intérieur ou Booba dans Billets violets.

Chirac en prison, Les Wampas

Après la politique sécuritaire et l’immigration, les musiciens s’attaquent aux affaires judiciaires. Dans Chirac en prison, le groupe de rock alternatif parle d’une jeune homme dont la copine n’a qu’une idée en tête : voire Jacques Chirac en prison. Il désespère de ne pas pouvoir l’aider : « J’attends 2007/C’est mon seul espoir/De sortir du brouillard/C’est ma dernière chance/Faut que j’aie confiance en la justice française ». Chirac est alors encore président de la République, mais son nom est au coeur de plusieurs affaires politico-financières, en particulier celle des emplois fictifs de la mairie de Paris. La chanson est vue comme une offense envers le président par ses partisans. Mais Didier Wampas s’en défend. Il explique au Monde : « Ce n’est pas vraiment une chanson contre Chirac. Même si je ne trouve pas normal qu’on ne puisse pas le mettre en examen. Je voulais juste voir jusqu’où peut aller la liberté d’expression. »

Seules deux stations de radio, Ouï FM et Le Mouv’, acceptent de diffuser la chanson à sa sortie. « Nous avons écrit exprès une mélodie accrocheuse pour être sûr que si la chanson était refusée, ce serait pour le texte », précise Wampas au Monde. Les chaînes de télé préviennent qu’il ne sert à rien d’en faire un clip, car il ne serait pas diffusé. Les Guignols de l’info répareront cela en réalisant un clip pour la chanson avec leurs marionnettes, dans lequel on voit Jacques Chirac… au tribunal.

La quéquette à Jacques Chirac, Maxenss

Onze ans après la fin du deuxième mandat de Jacques Chirac, le vidéaste Maxenss, qui s’est fait connaître par ses reprises et ses chansons humoristiques, publie le clip La quéquette à Jacques Chirac, qui cumule plus de 3 millions de vues. « Hymne à la génération 90, j’ai mis tous mes souvenirs de cour de récré en une chanson bien fat. Partage si tu veux voir la quéquette à Jacques Chirac. »

« T’as les boules/T’as les glandes/T’as les crottes de nez qui pendent/Apparemment ça te dérange tête d’orange tu te l’épluches et tu te la manges. » Plus question ici de critiquer les positions politiques ou les scandales qui entourent Jacques Chirac. Oublié, Chirac l’homme politique, c’est désormais Chirac, le premier président d’une génération d’enfants né dans les années 1990. Maxenss est né en 1995, l’année de son accession à la présidence : il a probablement entendu « La quéquette à Jacques Chirac » bien avant « le bruit et l’odeur » ou les emplois fictifs.

Bonus : Jacques Chirac, Maintenant président

Arthur H, Ultra Vomit, Sefyu, Fonky Family, Béruriers Noirs… On aurait pu citer bien d’autres morceaux citant Jacques Chirac. Mais on vous laisse plutôt sur Jacques Chirac, maintenant, l’hymne de campagne de 1981. La mélodie très kitsch, au point d’avoir l’air parodique, est accompagnée de paroles sans équivoque : « On a dans notre pays/Le pouvoir de changer de vie/Demain si nous le voulons/Tous ensemble nous réussirons/La France a besoin d’un homme de courage, de résolution/Votons Jacques Chirac/En avant toute la nation. »