VIDEO. Mort de Jacques Chirac : Un érudit passionné des arts premiers qui cachait bien son jeu

ERUDITION SECRETE Jacques Chirac est mort ce jeudi matin à l'âge de 86 ans

L.Be.

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Jacques Chirac le 20 juin 2006 pour l'inauguration du musée du Quai Branly.
Jacques Chirac le 20 juin 2006 pour l'inauguration du musée du Quai Branly. — POOL / AFP
  • Passionné par les arts premiers et les civilisations lointaines, Jacques Chirac a voulu et porté le Musée du Quai Branly pour défendre les cultures et les peuples menacés par la mondialisation.
  • L’érudition de Jacques Chirac a longtemps été tenue secrète.
  • Réalisation culturelle majeure de sa présidence, ce musée -rebaptisé pour ses dix ans en juin 2016 « Quai Branly-Jacques Chirac ».

Sa passion pour les arts premiers n’est un secret pour personne. Entre le musée du Quai Branly qui désormais porte son nom et l’exposition « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures », en 2016, l’érudition de l’ancien chef de l’État, mort ce jeudi matin à l'âge de 86 ans, est de notoriété publique. Pourtant, pendant des années, il n’a cessé d’être perçu comme un inculte. Retour sur l’autre visage de Jacques Chirac, longtemps tenu secret.

« Il connaissait au plus profond la culture chinoise dans son incroyable diversité, il était amoureux du Sumo et des arts japonais. Personne ne connaissait aussi bien le proche, le moyen et l’Extrême-Orient, et quel Européen connaissait et aimait comme lui l’Afrique… », a tweeté l’ancien ministre Jean-Louis Borloo après l’annonce de sa disparition.

Pas mieux du côté du musée du Quai Branly. « Tout au long de son parcours politique, Jacques Chirac, en homme pudique qu’il était, ne s’est jamais prévalu de ses goûts en matière de culture comme faire-valoir de sa personnalité, a réagi de son côté Stéphane Martin, président du musée, dans un communiqué. Pour autant et tout en cultivant dans ce domaine une forme d’anticonformisme par rapport à son époque, le président Chirac s’est révélé au fil du temps un connaisseur érudit des arts et civilisations non occidentales ».

« Il n’étalait pas sa culture »

Et sa passion a même inspiré un livre à Alain Nicolas, fondateur du Musée d’arts africains, océaniens et amérindiens de Marseille. Dans Un anthropologue nommé Chirac paru en 2017, il raconte sa longue collaboration en sous-marin avec l’ancien président de la République et, notamment, son rôle de conseiller sur le projet de musée des arts premiers, la grande œuvre présidentielle.

Si Alain Nicolas ne cache pas dans son livre avoir été bluffé par cet « intellectuel humaniste », Jacques Chirac a longtemps dissimulé cette partie de lui. « Il n’étalait pas sa culture, il mettait même un point d’honneur à faire celui qui ne connaissait rien du tout », a confirmé François Pinault dans le documentaire Mon Chirac, un hommage de Jean-Louis Debré à son ami de longue date.

L’homme d’affaires a raconté une anecdote qui en dit long sur son savoir. François Pinault raconte un voyage en Chine où il avait visité le musée national à Pékin en compagnie de Jacques Chirac : « A la fin, c’est lui qui a expliqué [les œuvres] au conservateur ». Et Claude Chirac surenchérit dans le même documentaire : « Là où tous les parlementaires vont cacher leur Playboy derrière un livre de poésie japonaise, Chirac va cacher le livre de poésie japonaise avec un Playboy ». Jouant souvent avec cette fausse image, il s’est finalement imposé avec les années comme un amoureux éclairé des arts d’Asie, d’Océanie et d’Afrique, signalant même certaines pièces aux responsables du Quai Branly.

Son jardin secret

« C’était un homme très cultivé, passionné de poésie. Il masquait une part de lui-même derrière son image de bon vivant, de ripailleur, a analysé Jean-Luc Barré son biographe pour La Dépêche du Midi. Le politique qui aimait à tâter le cul des vaches cachait un homme raffiné et sensible qui tenait à préserver son jardin secret ».

Mais pourquoi taire cette part de lui ? Le journaliste Robert Schneider avance une explication dans Je serai Président publié en 2012 dont certains extraits ont été publiés par le site de  lintern@ute. « Pourquoi Chirac s’est-il donné tant de mal et pendant si longtemps à faire croire qu’il était inculte et qu’il s’en flattait, affirmant n’aimer que la musique militaire et les romans policiers ? Par crainte d’être incompris, dira-t-il. Notamment de son père pour qui seuls les résultats scolaires comptent. Et parce qu’il veut qu’on le laisse tranquille, qu'“on ne se mêle pas de mes petites affaires¯ ».

De cette passion est né le musée du Quai Branly. Réalisation culturelle majeure de sa présidence, ce musée -rebaptisé pour ses dix ans en juin 2016 « Quai Branly-Jacques Chirac »- a permis à Jacques Chirac de s’inscrire dans la lignée de ses prédécesseurs Georges Pompidou (Centre Pompidou), Valéry Giscard d’Estaing (musée d’Orsay) et François Mitterrand (le Grand Louvre et la BNF).