« Jim Curious voyage à travers la jungle » : La nouvelle expérience de Matthias Picard en 3D

BD Le nouveau tome « Jim Curious voyage à travers la jungle » a demandé quatre ans de travail à son auteur Matthias Picard.

Olivier Mimran

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Détail de la couverture de « Jim Curious voyage à travers la jungle »
Détail de la couverture de « Jim Curious voyage à travers la jungle » — © Matthias Picard & éditions 2024 (2019)
  • Sorti en 2012, « Jim Curious voyage au cœur de l’océan », premier volume de la série, a été nominé dans de nombreux festivals et traduit dans plus de trente pays.
  • En 2015, une exposition a été consacrée au travail en 3D de Matthias Picard par le festival de la BD d’Angoulême.
  • De sa conception à sa réalisation, le nouveau tome « Jim Curious voyage à travers la jungle » a demandé quatre ans de travail à son auteur.

Visionnaire, Matthias Picard ? En tout cas, adepte des expérimentations en 3D. En s’appropriant, dès 2012, la vieille technique des anaglyphes – qui permettent de voir, à l’aide de lunettes spéciales, une image « en relief » –, le jeune auteur est allé à contre-courant des nombreuses techniques numériques (Parallax, BD augmentée, etc) dont certains prédisaient, à tort, qu’elles donneraient un coup de fouet au 9e Art.

Vu le succès rencontré il y a sept ans par son album en 3D Jim Curious voyage au cœur de l'océan, il était normal que ce diplômé des Arts Déco de Strasbourg remette le couvert avec Jim Curious voyage à travers la jungle, qui utilise la même recette : une BD muette en anaglyphes livrée avec deux paires de lunettes spéciales.

Comment cela fonctionne ?

Si tout le monde connaît plus ou moins le fonctionnement des anaglyphes, il convient d’abord d’en expliquer – très simplement, rassurez-vous – le fonctionnement : deux versions légèrement différentes d’une même image, l’une en rouge et l’autre en bleu, sont superposées. Le lecteur doit alors chausser des lunettes dont l’un des verres est rouge tandis que l’autre est bleu. Le filtre rouge permet alors à l’œil de voir uniquement l’image bleue et vice-versa. Les deux images présentant des décalages (horizontaux), le cerveau fait le job en recomposant une image désormais perçue en relief. Hop, le tour est joué !

La technique des anaglyphes, inventée en 1850, a été exploitée en photos (notamment avec des cartes postales du début du XXe siècle), au cinéma… et en BD, en tout cas dans l’univers des comics américains dans les années 1940-1950. Ainsi, plusieurs épisodes de Batman, Superman ou de Mighty Mouse ( Super Souris en français) ont cartonné en kiosques, dépassant tous le million d’exemplaires vendus, grâce à la popularité de ce procédé !

Des profondeurs de l’océan à celles de la jungle

Comme son prédécesseur, Jim Curious voyage à travers la jungle utilise donc la même technique. Et il faut reconnaître que le résultat est carrément bluffant : au gré des pérégrinations – 60 pages durant, dans une jungle luxuriante et pleine de surprises – de son personnage, un petit bonhomme affublé d’un scaphandre (hérité de ses précédents voyages dans l’océan, si vous avez bien suivi), le livre nous projette littéralement dans des décors dont on perçoit la profondeur de champs et certains reliefs (des végétaux, en l’occurrence) ! On vous l’aurait bien prouvé par l’image, mais c’est l’effet de relief est impossible à reproduire en photo, désolé.

Une technique bluffante… mais laborieuse

Interrogé par 20 Minutes, Matthias Picard confirme ce qu’on pressentait, à savoir que réaliser ce genre d’album relève du parcours d’endurance : « J’ai réfléchi à cet album pendant deux bonnes années, puis ça m’a quand même pris encore deux ans à le réaliser. Il faut dire que je passe à peu près une semaine par page, c’est très long mais je sais qu’à la fin, j’aurai la surprise de découvrir l’image en relief. Ça étonne beaucoup de monde, parce que l’économie du livre ne permet pas vraiment ça… Beaucoup de jeunes auteurs de BD réalisent et autoéditent leurs albums très très rapidement. Pas moi : par exemple, j’ai commencé à penser à Jeanine, mon tout premier album publié par L’Association, en 2006… et je n’ai commencé à en dessiner les premières pages qu’en 2009 ! La maturation est très longue, chez moi (rires) ».
À sa décharge, précisons que Matthias Picard a coréalisé, entre les deux Jim Curious, le magnifique livre-disque La B.O² -M- avec le musicien M.

Une question de désirs inassouvis

Lorsqu’on lui demande pourquoi il s’acharne à dessiner en 3D alors que c’est si chronophage, Matthias Picard confesse : « Pour le premier Jim Curious, c’est la découverte du procédé qui m’avait donné envie d’écrire une histoire, et non l’inverse. Une fois que je l’ai eu terminé, j’ai vite eu envie de continuer à exploiter la 3D parce qu’il restait des images, des envies que je n’avais pas pu réaliser. De plus, je réalisais le potentiel incroyable de cet outil. Juste après la sortie du 1er volume, j’avais commencé des recherches sur la jungle mais je sentais qu’il était trop tôt, que je n’étais pas assez " frais ", donc j’ai pris le temps de vivre autre chose pour y revenir il y a deux ans, et ça s’est fait comme une évidence. »

Populaire en Europe et en Asie, la série Jim Curious s’apprête à conquérir de nouveaux territoires puisque 2020 verra le Voyage à travers la jungle édité en Chine et aux États-Unis ! Et comme le concept du personnage déambulant à travers un décor en relief – avec son lot de surprises et de rebondissements, bien sûr – est déclinable à l’infini, on peut supposer que Matthias Picard l’exploite de nouveau… fut-ce dans sept ans ? « Haha, j’ai quelques idées, oui. Je peux juste vous dire que je viens d’acheter une loupe très puissante parce que l’infiniment grand et l’infiniment petit m’intéressent beaucoup. Mais bon, je n'en suis encore qu’au stade de l’exploration… comme le ferait Jim Curious (rires). »

« Jim Curious voyage à travers la jungle », de Matthias Picard – éditions 2024 - 19 euros