VIDEO. « Pokémon GO » : On a chassé le Pokémon lors d’un safari géant à Montréal

ATTRAPEZ-LES TOUS Si « Pokémon GO » n’est plus le même jeu phénomène, il n’en compte pas moins des millions de joueurs à travers le monde, qui se retrouvent lors de festivals et safaris, dont le dernier a eu lieu ce week-end à Montréal

Vincent Julé

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Les joueurs de «Pokémon GO» se retrouvent régulièrement lors d'événements à travers le monde, ici le Go Fest à Chicago en juin 2019
Les joueurs de «Pokémon GO» se retrouvent régulièrement lors d'événements à travers le monde, ici le Go Fest à Chicago en juin 2019 — Niantic

De notre envoyé spécial à Montréal

Bonnes chaussures ? Check. Sac à dos ? Check. Batterie de secours ? Check. Au parc Jean Drapeau, sur l’île Sainte-Hélène et l’île Notre-Dame, à Montréal, ils ont presque tous la même panoplie, et le portable à la main. Ils sont Canadiens, Américains, Français, Brésiliens, mais surtout, ils sont dresseurs de Pokémon. La dite panoplie n’est d’ailleurs pas complète sans un T-shirt, casquette ou peluche Pikachu. James est habillé aux couleurs de Pokémon de la tête aux pieds, et a fait une heure de voiture avec son fils Evan, 4 ans, pour participer à la Safari Zone de Montréal, leur tout premier événement live Pokémon GO. Et ils comptent bien « attraper le plus de Shiny possible ».

Un phénomène planétaire mais éphémère ?

Lors de son lancement à l’été 2016, le jeu Pokémon GO, né de la collaboration entre The Pokemon Compagny et le studio Niantic, devient vite un phénomène culturel, social et planétaire. Il est l’application mobile la plus téléchargée du moment (10 millions en une semaine, 130 en un mois, 500 en deux mois), la plus lucrative (100 millions de dollars en 20 jours, 1 milliard en six mois), et voit le monde entier sortir courir dans les rues. Le jeu rythme l’actualité pendant plusieurs semaines, mais littéralement toute l'actualité : «  Il se fait poignarder et continue sa partie de Pokémon GO », « Les bases militaires françaises veulent interdire la chasse aux Pokémon », «  Un soldat américain provoque Daesh sur Pokémon GO »… Puis les gens ont commencé à rentrer chez eux - jouer à Fortnite ?

« Je me suis mise à "Pokémon GO" pour mon fils »

Après un pic à près de 30 millions joueurs actifs par jour en juillet 2016, Pokémon GO perd 80 % de sa fanbase pour atteindre les 5 millions de chasseurs en décembre 2016. « Mais regardez autour de vous, temporise Michael Steranka, responsable des événements live chez Niantic. Il y a encore beaucoup de joueurs. Des millions à travers le monde. » Le jeu mobile a ainsi atteint 176 millions de dollars de recettes en août, son mois le plus lucratif depuis sa création… Parmi les millions de joueurs fidèles, 45.000 ont arpenté le parc Jean Drapeau pendant trois jours. « Tous les billets sont partis en moins de 24 heures. »

Heima a ainsi traversé le continent depuis le Texas pour se rendre à sa première Safari Zone : « Je me suis mise à Pokémon Go par mon fils, pour avoir un sujet de conversation avec lui. (rires) Il a arrêté, j’ai continué. J’y joue tous les jours, j’aime les interactions avec les autres joueurs. Tu peux rencontrer de nouvelles personnes de tous âges. » Mais elle n’est pas 100 % satisfaite de son aventure canadienne : « Des amies ont déjà chopé tous les Shiny au Texas, alors que je galère à les attraper ici. Je suis venue spécialement pour les avoir en avant-première. Il faut que les organisateurs nous soignent plus, nous sommes des joueurs spéciaux. » Ce qui ne l’empêchera pas de s’envoler l’année prochaine pour un événement au Japon.

La meilleure manière possible de jouer

Le tout premier Pokémon GO Fest est organisé en 2017 à de Chicago, et vire à la catastrophe. Plus de 20.000 participants achètent leur ticket à 20$, puis se pressent à Grant Park, mais le réseau mobile sature et il est vite impossible de jouer. Niantic remboursera tous les joueurs, en plus de leur créditer pour 100$ dans le jeu. Un mal pour un bien ? « Les live events sont devenus très importants pour nous, explique Michael Steranka. Nous travaillons main dans la main avec les villes et les offices de tourisme pour multiplier les destinations à travers le monde, trouver les plus beaux endroits. Il s’agit de la meilleure manière possible de jouer à Pokémon GO, la synthèse parfaite des trois piliers de Niantic : l’exploration, l’exercice, et le lien social dans le monde réel. »

« Chérie, je viens en septembre, on fera le Safari ensemble »

Après trois Go Fest à Chicago, Dortmund et Yokohama et trois Safari Zone à Porto Alegre, Sentosa et donc Montréal le week-end dernier, le prochain rendez-vous est fixé à Nouveau Taipei (Taïwan) début octobre. « J’ai rencontré à Montréal des joueurs en provenance d’Angleterre, du Japon, du Brésil, du Minnesota, commente le responsable chez Niantic. Je ne sais pas si certains font le grand chelem, mais plusieurs se rendent à différents événements tout au long de l’année. »

C’est le cas de Vlad, un Messin, qui a fait le déplacement jusqu’à Montréal : « Je suis fiancé à une Québécoise que j’ai convertie à Pokémon GO. Quand j’ai appris que Montréal serait hôte du safari, je lui ai dit : "Chérie, je viens en septembre, on fera le Safari ensemble". On peut donc dire que je suis venu en partie exprès pour l’évènement. J’avais déjà assisté au Safari Zone de Paris La Défense en 2017, au Safari Zone de Dortmund en 2018 et aux GO Fests de Chicago et Dortmund en 2019. »

Le virtuel plus fort que le réel

Pour lui, l’intérêt premier de ces rendez-vous est « la chasse aux Pokémon chromatiques [les fameux Shiny], plus fréquents, ainsi que les Pokémon exclusifs aux events, à savoir les différentes formes de Zarbi et les Pokémon régionaux. J’ai ainsi réussi à récupérer un Pokémon difficile à trouver en juin dernier, Pachirisu, le Pokémon habituellement réservé aux zones nordiques de l’Amérique et de l’Asie. » Il faut avouer que le contenu prévu pour l’événement de Montréal était surtout virtuel, avec par exemple 70 Pokéstop contre une quinzaine d’habitude. Dans le monde réel, il se limitait à des goodies en papier, quelques héros en carton taille réelle et des foodtrucks... « Il y avait plus d’animations et de quêtes à Chicago, réagit Shannon, 43 ans, venue avec ses amies et collègues. Là, c’est juste des tas de gens qui marchent en rond ».

Une communauté riche

Kikaw (un pseudo) a aussi participé au safari géant dans le parc Jean Drapeau, mais depuis chez lui en France. « C’est un mode de jeu que j’adopte quand ma charge de travail et ma vie privée me laissent moins de temps libre, témoigne-t-il. C’est contre les CGU effectivement, il y a plusieurs applications qui permettent d’inhiber le GPS du téléphone afin de se baser uniquement sur des coordonnées GPS. Niantic a déjà fait une chasse aux spoofers quand ils ont porté plainte contre Global++.» Mais dès qu’il le peut, sous-entendu financièrement, il préfère se rendre aux live events en vrai, « car j’aime l’ambiance, la communauté ». Une communauté riche et diverse : des enfants, des familles, des couples âgés, des bandes de potes, des débutants, des « Level 40 »… Aaron, la trentaine, est ainsi avec sa mère. Une joueuse ? « Non, non, elle est venue me soutenir, elle est plutôt ma pom-pom girl ».