Marseille : Sur la Canebière, Artplexe qui abandonne son offre « art et essai » mais pas son bail avantageux

CINÉMA Artplexe ouvrira courant 2021 dans le centre-ville de Marseille, avec 70% de films grand public et un bail de 1250 euros par mois

Caroline Delabroy

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Artplexe Canebière comptera 996 fauteuils de cinéma. (photo d'illustration)
Artplexe Canebière comptera 996 fauteuils de cinéma. (photo d'illustration) — AFP PHOTO
  • Le projet de cinéma, qui doit venir redynamiser le haut de la Canebière, abandonne son positionnement « art et essai » pour s’adapter à la concurrence des Variétés et au coût de l’opération.
  • L’ouverture est prévue à la fin juin 2021, au mieux.
  • Les conditions du bail liant Artplexe à la ville de Marseille ont fait polémique au dernier conseil municipal.

Le dernier Woody Allen en VO ? Malgré le accusations, le cinéphile fidèle pouvait compter, en première semaine d’exploitation du film, sur 30 séances à Lyon (pour 6 salles), 19 séances à Bordeaux (pour 4 salles) ou encore 16 séances à Nantes (pour 4 salles). Il devra se contenter à Marseille de 10 séances seulement (pour 3 salles). Et encore, pas sur la Canebière, l’équipe des Variétés ayant fait le choix de le programmer au César, son autre salle à Castellane.

Alors quand Artplexe, le cinéma censé ouvrir fin juin 2021 sur le haut de la Canebière, a renoncé à son positionnement « art et essai », l’annonce a sonné comme un mauvais film à l’oreille de nombreux spectateurs marseillais. D’autant plus que la ville ne change rien aux conditions financières avantageuses octroyées à Artplexe. Explications.

Pourquoi Artplexe change-t-il son fusil d’épaule ?

En avril dernier, Artplexe dépose un nouveau dossier à la commission départementale d’aménagement cinématographique (CDAC) des Bouches-du-Rhône. L’accord a déjà été donné en 2016 pour la création d’un complexe de 7 salles de cinéma, mais Artplexe veut agrandir la jauge et créer 145 nouvelles places, pour un total de 996 fauteuils. Au passage, la société glisse que le positionnement a radicalement changé : Artplexe ne programmera plus 70 % de films « art et essai », comme prévu initialement, mais 30 % seulement.

« La volonté de la société est de proposer un projet populaire, culturel, commercial, en phase avec le positionnement du quartier », a expliqué devant la commission Philippe Dejust. Le fondateur de Cap’Cinéma, qui au passage affirme que « cette réorientation correspond à la demande de la population locale », a rejoint le projet Artplexe Canebière en cours de route. Pour lui, ce nouveau positionnement s’impose du fait que Les Variétés, qui a fait peau neuve plus bas sur la Canebière, exploite de nouveau le créneau dit Art et Essai.

Que dénonce l’opposition au conseil municipal ?

« Etre un cinéma art et essai, c’est le motif pour lequel vous aviez argumenté un bail et des avantages donnés à la société Artplexe », a dénoncé Patrick Mennucci, conseiller municipal PS, qui lorsqu’il a été maire de secteur a longtemps bataillé pour obtenir un permis de construire. Car la ville, au dernier conseil municipal, a confirmé le bail emphytéotique de 58 ans octroyé à Artplexe, pour un loyer mensuel de 1250 euros hors taxe. En révisant au passage les conditions financières à l’avantage d’Artplexe, comme la « redevance variable » que doit verser la société à la mairie.

« Cette révision des conditions est une requête courante dans un contexte d’augmentation importante du coût d’un projet », répond le directeur d’Artplexe, Jean-Jacques Léonard. Le coût du projet est passé de 8,5 millions d’euros à 13,5 millions d’euros, « compte tenu des aléas techniques », selon Artplexe. L’augmentation du nombre de places s’inscrit aussi dans ce contexte. « Il est impératif d’augmenter la capacité du cinéma pour une meilleure rentabilité et un taux de remplissage suffisant », a ainsi expliqué Philippe Dejust à la commission départemental d’aménagement cinématographique.

Et si c’était une bonne nouvelle pour l’art et essai ?

Pour William Benedetto, à la tête de L’Alhambra, élue l’an passé « salle de cinéma préférée » des Français, il était « un peu absurde d’avoir deux cinémas neufs à 300 mètres l’un de l’autre, proposant exactement la même programmation art et essai ». De facto, à l’écouter, ils se seraient trouvés en situation de concurrence. Artplexe affirme d’ailleurs sa volonté de réaliser sa programmation « en harmonie avec les cinémas Les Variétés et Le César. » Reste qu’il n’est pas dit que la concurrence n’existe pas sur les 30 % dévolus à l’art et essai chez Artplexe. « Des films porteurs qui marchent le mieux, qui font des entrées, les Tarantino, Woody Allen, Cédric Kahn, Xavier Dolan, il y en a une trentaine dans l’année, pas plus », continue William Benedetto. Pour Woody Allen en tout cas, une salle de plus sur la Canebière n’aurait sans doute pas été de trop.