Montpellier : L’accordéon à papa, c’est terminé !

MUSIQUE Le festival Accordéon Pluriel à Montpellier se plaît à effacer depuis plusieurs années l’image ringarde du « piano à bretelles »

Jerome Diesnis

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Les Brésiliens de Café Com Leite figurent parmi les invités du festival.
Les Brésiliens de Café Com Leite figurent parmi les invités du festival. — Farid Marghad / Festival Accordéon Pluriel
  • Longtemps cantonné à l’image des bals musettes, l’accordéon s’est offert une cure de jouvence.
  • Le tournant a eu lieu dans les années 1990 quand il a investi le jazz, le rock, le rap… et la musique classique.
  • « Il y a moins d’une trentaine d’années que l’on trouve des modèles perfectionnés et adaptés aux enfants. Ce qui a permis de le démocratiser », évoque Marie-Julie Caumel qui a écrit une thèse sur l’instrument.

L’accordéon n’est associé dans votre esprit qu’à Yvette Horner ou André Verchuren ? Il y a urgence à se rendre à l’un des concerts proposés par Accordéon Pluriel. Le festival fête jusqu’à dimanche sa sixième édition à Montpellier. « On tente de montrer à quel point cet instrument est moderne et métissé. Il est présent dans tous les styles musicaux et sur tous les continents », souligne son directeur Cédric Bailleul.

« On assiste à un vrai retour de l’accordéon dans la musique arabe, confirme Habib Dechraoui, organisateur du festival Arabesques qui s’achève dimanche. De Zebda à l’orchestre national du Caire que nous avons accueilli l’année dernière, il fait son retour en force. »

Richard Galliano, le précurseur

Le « piano à bretelles » glisse ses notes jusque dans le rap ou la musique électro, après avoir conquis le jazz sous l’impulsion de Richard Galliano, puis la scène rock dans les années 1990. « Dans les années 1980, les jeunes ne voulaient plus de ce symbole des bals populaires de leurs parents. Il est aujourd’hui beaucoup plus difficile à catégoriser et c’est tant mieux », souligne Jean Malle, qui gère la Malle aux accordéons, une échoppe de vente et de réparation à Montpellier.

Souffler sur cette image poussiéreuse, l’extraire du répertoire de la valse musette… le chemin a été long. « C’est l’un des instruments les plus récents [il a été créé en 1829], il est donc entré tard dans les conservatoires. La première classe en France a été ouverte à Roubaix en 1963 et le premier diplôme d’Etat délivré en 1987 », détaille Marie-Julie Caumel, une référence.

La Montpelliéraine a dédié une thèse à l’accordéon. « L’attrait chez les plus jeunes vient aussi de l’évolution dans la nature de l’instrument. Avant, il était lourd et imposant. Il y a moins d’une trentaine d’années que l’on trouve des modèles perfectionnés pour les enfants. Ce qui a permis de le démocratiser. »

Certains bastions résistent encore

L’essor de la musique des Balkans, celle des Kusturica et Bregovic, ou la bande originale du Fabuleux destin d’Amélie Poulain l’ont sorti de son carcan. Mais tous les bastions ne sont pas tombés. Le conservatoire de Montpellier est l’un des rares en France où l’accordéon reste encore à la porte.

A Sète, il a en revanche toute sa place. Au conservatoire, Magali Boisset y enseigne une approche classique, pour orchestre ou musique de chambre. « C’est un instrument vivant. On travaille avec un compositeur qui crée en fonction des goûts des jeunes. Il nous propose des arrangements avec les classes de guitare, percussion, clarinette et piano. ». Loin du bal populaire…