«Superfreaks», la BD de Margaux Saltel, Pierrick Colinet et Elsa Charretier raconte l'histoire de jeunes sidekicks qui doivent remplacer les héros adultes.
«Superfreaks», la BD de Margaux Saltel, Pierrick Colinet et Elsa Charretier raconte l'histoire de jeunes sidekicks qui doivent remplacer les héros adultes. — Margaux Saltel (comiXology)

TALENTS DES COMICS 1/6

Comic Con Paris : « Dans les conventions les Françaises sont rares, on se souvient de moi », selon Margaux Saltel

La dessinatrice Margaux Saltel explique comment elle a été repérée par des éditeurs et créateurs américains de comics

20 Minutes est partenaire du prix Jeunes Talents Comics, organisé par le Comic Con Paris avec les éditions Urban Comics afin de dénicher les talents de demain. Alors que le vote du public est ouvert, 20 Minutes explore les différents métiers des comics au travers de témoignages de professionnels français.

Aujourd’hui, Margaux Saltel raconte son parcours pour devenir dessinatrice.

Son premier comicbook

« J’ai découvert X-Men quand j’avais 10 ou 12 ans, ma sœur en avait acheté. Je copiais les personnages, d’abord avec du papier-calque, puis directement. Je copiais aussi des mangas, à l’époque. » La jeune femme de 30 ans a « toujours dessiné » mais c’est à l’adolescence qu’elle a réalisé à quel point elle aimait ça. Logiquement, après le bac, elle se tourne vers des études d’art.

Son moment clé

« J’ai passé cinq ans aux Beaux-Arts de Nîmes, où on ne m’a pas vraiment encouragée à faire de l’illustration – l’école était plus branchée art contemporain. En sortant, je ne savais pas quoi faire. » Le goût du dessin lui revient peu à peu, et Margaux Saltel envoie son book à des éditeurs jeunesse. En 2014, elle commence à réaliser des illustrations pour des livres de contes. « Je dessinais également des personnages que j’appréciais. Je publie mes fanarts [un fanart est une œuvre réalisée par un ou une fan à partir d’un univers existant, N.D.L.R.] sur Instagram et sur Twitter. J’en fais toujours : c’est une manière de montrer ce que je suis capable de faire. Et si l’on poste souvent, notre travail a plus de chance de se faire remarquer. » Ian McGinty, dessinateur de comics adapté du dessin animé Adventure Times, repère l’un de ses fanarts. « Il m’a contactée, et m’a commandé une couverture pour le comic qu’il avait créé, Welcome to Showside. »

La professionnalisation

Pour Margaux Saltel, les couvertures ont été « une très bonne porte d’entrée pour se faire connaître ». Dans la bande dessinée américaine, les cover artists sont aussi réputés que les interiors artists – et souvent mieux payés. « Le but est d’attirer l’œil du client. » Beaucoup de séries disposent de variant cover, ou couverture alternatives, créés pour un événement spécial. « Ma première couverture a été réalisée pour un jour particulier dans un magasin de comics. C’est plus facile à réaliser qu’une planche entière. Sur des séries indépendantes, les créateurs commandent eux-mêmes les couvertures alternatives. Or, ils sont plus faciles à contacter. »

La solidarité entre créateurs et créatrices a beaucoup aidé la jeune femme à se lancer dans l’industrie des comics. « Grâce à l’édition jeunesse, j’ai rencontré la dessinatrice Elsa Charretier et le scénariste Pierrick Colinet, deux Français qui travaillaient déjà dans le milieu, avec qui j’ai monté un projet. » Superfreaks raconte l’histoire d’une bande de jeunes sidekicks forcés de remplacer les « héros » adultes quand ceux-ci disparaissent mystérieusement. ​« Nous sommes allés le présenter au Comic Con de New York. » Comixology, une plateforme d’Amazon de distribution de comics en ligne, accepte d’éditer le projet dans le cadre de sa production de BD originales. Mais Margaux profite aussi de la convention pour montrer son book aux éditeurs, aux illustrateurs, aux scénaristes présents – elle a déjà la couverture pour Ian McGinty à son actif. « Aller dans les conventions, ça marche bien : les gens se souviennent de moi, d’autant plus que les Françaises sont plus rares, et que je viens de loin. Cela montre ma motivation. »

Margaux Saltel, 30 ans, est dessinatrice.

Dessinatrice au quotidien

La jeune femme travaille depuis chez elle, à Montpellier. « Je cale mes horaires sur ceux de mon compagnon. Le matin, je prends souvent une heure ou deux pour les mails : j’en reçois beaucoup dans la nuit avec le décalage horaire. » Pour une série comme Star Wars Adventures, elle reçoit un script avec chaque case détaillée, et un dossier de référence. « Je fais un découpage de la planche, un croquis, puis j’envoie le croquis pour validation. » L’éditeur peut lui demander des corrections, souvent liées à l’univers ou pour que les personnages soient ressemblants. « Puis je fais les couleurs directement, sans encrage, avec Photoshop sur une tablette graphique. » Sur une série indépendante, ou creator-owned, comme Superfreaks, « nous faisons nous-même les corrections techniques. L’éditeur donne son avis, mais il a plus un rôle de relecteur. »

Adapter son style au rythme des comics

Depuis 2015, Margaux a réalisé une couverture pour The Infinite Loop, une BD d’Elsa Charretier et Pierrick Colinet, mais aussi des couvertures et des histoires pour la série Star Wars Adventures, ou pour les numéros « hors série » de la saga The Wicked + The Divine dont elle a connu les créateurs, Kieron Gillen et Jamie McKelvie. « Pour les comics indépendants, il est plus simple de contacter directement les créateurs et créatrices afin de leur proposer mes services. Pour la BD américaine, contrairement à la France, il n’est pas nécessaire d’arriver avec un projet d’histoire précise. On sera jugé sur la qualité du dessin si on n’a pas de projet précis à proposer. »

Autre différence avec la France : le rythme. « Mes amis dans la BD franco-belge ont un an pour réaliser un album de 96 pages. Nous, c’est plutôt 5 ou 6 semaines pour faire 20 pages. C’est parfois trop court, alors on adapte son style, sa manière de travailler. Si on me donnait plus de temps, je ferais peut-être autrement. Mais mon dessin évolue de toute manière au fur et à mesure de ma pratique : les premières pages de Superfreaks sont très différentes des dernières. »