« Happy sex 2 » : Pour l'auteur de BD Zep, « le cul reste le cul » malgré le temps qui passe

Etude de cases Dix ans après le premier volume, Zep publie ce mercredi le tome 2 de ses « Happy Sex », à savoir 60 nouveaux gags autour de la sexualité

Olivier Mimran

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La couverture de « Happy sex 2 » et un portrait de Zep, son auteur
La couverture de « Happy sex 2 » et un portrait de Zep, son auteur — © Zep & Delcourt 2019 / photo © Vincent Calmel 2019
  • « Happy sex 2 » compile, de manière souvent très crue, soixante gags autour de la sexualité.
  • Dix ans se sont écoulés entre les publications du premier et du second tome de « Happy sex ».
  • 400.000 exemplaires du premier volume ont été vendus, un chiffre phénoménal en matière de bande dessinée.

Que le créateur de Titeuf s’autorise parfois à dessiner vulves et phallus est fort compréhensible : à bientôt 52 ans, le suisse Zep – Philippe Chappuis de son vrai nom – a passé la moitié de sa vie à animer les aventures de la jeune terreur des cours de récré. Sorti en 2009, Le premier tome de Happy sex, qui racontait, avec verdeur et beaucoup d’humour, combien la sexualité « dit » son époque, pouvait donc s’apparenter à un virage récréatif dans l’œuvre de l’auteur… mais voilà que celui-ci remet le couvert, dix ans plus tard, avec Happy sex 2, qui compile soixante nouveaux gags « avec du poil autour »…

Le plus beau, c’est que la cuvée 2019 de Happy sex ne se contente pas de reprendre une recette qui a fait ses preuves : elle l’améliore en la mettant au goût du jour, c’est-à-dire en évoquant des sujets apparus – voire devenus viraux – durant la décennie passée.

(images caviardées pour ménager les sensibilités)

Il faut dire que pour Zep, « la sexualité est toujours aussi vaste et inspirante »… Et il y a pas mal de nouveaux angles : le sexe par Internet, les sites de rencontres, l’aspect conso qu’a pris la sexualité, l’essor du commerce des sex-toys, le sexe connecté, le mouvement #MeToo… « Le cul reste le cul, même s’il y a beaucoup de nouveaux thèmes. Et je trouvais cela marrant de faire cet album dix ans après le premier, parce que j’ai moi-même changé. Certaines choses du premier album qui me semblaient très crues me semblent assez pudiques aujourd’hui. Je pense qu’on s’est familiarisé avec la pornographie. »

L’explication par l’image

Zep a accepté de se prêter, pour les lecteurs de 20 Minutes, à une « étude de cases », c’est-à-dire de commenter quelques gags – les seuls « habillés », pour ne choquer personne (sachant que tous les autres sont très très explicites) – de Happy sex 2. Retrouvez ses analyses (ou révélations) à la suite de chacun des quatre extraits ci-dessous…

Zep : « Voici une page un peu plus « presse ». Je glisse toujours quelques pages liées à l’actualité dans mes albums. Pas plus, parce qu’elles vieillissent forcément plus vite que les autres. Mais, voyant toutes les nouvelles dénominations de genres fleurir et l’aplomb avec lequel la nouvelle génération s’en empare, je me suis dit qu’il valait la peine d’en faire une histoire. Pas de sexe explicite dans cette page (cela nous permet de la passer dans un journal !) mais des parents complètement largués face à leur fille. Je me suis amusé à dessiner la décomposition du papa, de case en case. J’ai eu ce genre de discussion avec mes enfants et, même si je me la jouais cool, je n’y captais pas grand-chose. »

 

Zep : « Je me souviens des années 1970. J’étais gamin, mais je tombais parfois sur des émissions ou des femmes parlaient de leur orgasme. Rien que le mot était fascinant. Dans ma tête d’enfant, il mélangeait « ruée vers l’or » et « Gasp ! ». Mon adolescence a coïncidé avec l’arrivée du sida. Il n’était plus question d’orgasme, mais de prévention. Ces dernières années, on a retrouvé une liberté de paroles et les femmes nous éclairent à nouveau sur leur orgasme. J’aime beaucoup ce qu’écrit Dora Moutot et sa page Instagram « T’as joui ? » est passionnante… et forcément un peu déprimante pour les hommes, qui n’ont pas grand-chose à dire sur leur orgasme. C’est peut-être pour cela qu’on parle surtout de nos supposées performances ou de la taille de notre bite. »

 

Zep : « Quand je vais dans un sex-shop, j’ai l’impression d’être chez l’accessoiriste du film Barbarella de Roger Vadim. Du joli design. J’ai envie de tout dessiner… pas forcément de tout essayer (rires). Je me suis bien amusé à dessiner le septième sex-toy. A ce jour, malgré toutes les demandes de licences (souvent étonnantes) que l’on m’a faites pour Titeuf, il n’y a jamais eu celle-là. »

 

Zep : « Les sites de rencontre, voilà un des sujets « 2019 » du livre. Une nouvelle manière de consommer la relation amoureuse/sexuelle. On commande son partenaire, un peu comme une pizza. Avec ou sans anchois. Et on se présente aussi sous un aspect souvent amélioré. Est-ce que c’est mal ou bien ? Je n’en ai aucune idée… On le saura dans dix ou vingt ans. En attendant, c’est une bonne source de scénario ! »

(images caviardées pour ménager les sensibilités)

Le rire contre la pression sociale

On peut constater qu’en dépit de leur crudité, les sujets sont systématiquement abordés sous le prisme de l’humour. D’où le « Happy » du titre de la série. Car pour Zep, « rire du sexe est d’autant plus important qu’il s’agit d’un des enjeux fondamentaux des engueulades de couple. Pire : aujourd’hui, quelqu’un qui ne réussit pas sa sexualité ne réussit pas sa vie. Alors qu’il y a tout simplement des gens qui s’en foutent. Mais il y a une pression sociale très forte autour du nombre de fois qu’on peut faire l’amour, combien de temps ça dure, est-ce que le mec va bander, est-ce qu’il a une grosse bite etc. Il existe, en la matière, des choses très oppressantes et il est donc essentiel de savoir en rire. »


« Happy sex » tome 2, par Zep – éditions Delcourt – 17,50 euros

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