VIDEO. Journées du Patrimoine à Bordeaux : Souterrain, sociétés secrètes, pêche à l’anguille… Cinq anecdotes que vous ne connaissiez (peut-être) pas sur le Grand-Théâtre

DECOUVERTE A l’occasion des Journées du patrimoine qui ont lieu ce week-end, «20 Minutes» a rencontré le spécialiste du Grand-Théâtre de Bordeaux, monument qui va encore attirer la foule 

Mickaël Bosredon

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L'opéra de Bordeaux
L'opéra de Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Au XVIIIe siècle, le Grand-Théâtre était très différent de ce qu’il est aujourd’hui, et accueillait notamment des boutiques et des cafés.
  • Un sous-sol reliait l’édifice au Grand-Hôtel, sous la place de la Comédie.
  • Des sociétés secrètes s’y réunissaient, accueillant en toute discrétion des personnalités.

Le Grand-Théâtre est l’une des visites les plus prisées lors des Journées du patrimoine à Bordeaux. Notamment parce que c’est l’une des rares occasions d’avoir accès à la terrasse avec ses muses.

La terrasse du Grand-Théâtre de Bordeaux est agrémentée de 12 statues, neuf muses et trois déesses.
La terrasse du Grand-Théâtre de Bordeaux est agrémentée de 12 statues, neuf muses et trois déesses. - Mickaël Bosredon/20 Minutes

20 Minutes a rencontré Laurent Croizier, directeur-adjoint des publics, et auteur d'un ouvrage sur le Grand-Théâtre aux éditions Le Festin. Il nous livre cinq anecdotes sur le chef-d’œuvre architectural de Victor Louis.

On garait son fiacre ou son carrosse entre la colonnade et la façade

Laurent Croizier, directeur-adjoint des publics du Grand-Théâtre de Bordeaux.

Au moment de l'inauguration du Grand-Théâtre, en 1780, « la place de la Comédie est à un niveau plus élevé qu’aujourd’hui, et il n’y a pas de marche pour accéder au bâtiment, qui est de plain-pied. On y vient en fiacre et en carrosse, qui stationnent entre la colonnade et la façade », raconte Laurent Croizier. Surtout, insiste le directeur-adjoint des publics, « c’est un lieu qui n’est pas uniquement un lieu de spectacle. » « C’est un complexe de loisirs, à l’image des vauxhalls à l’anglaise. Il y a aussi des dizaines de boutiques dans les ailes sud et nord du bâtiment, dont trois cafés, et onze appartements se situent à l’intérieur du Grand-Théâtre, où vivent un certain nombre de gens de passage, comme des artistes qui prennent résidence. »

« Les gens balançaient des objets sur scène »

Au XVIIIè siècle, il n'y avait pas de place assise dans l'orchestre du Grand-Théâtre de Bordeaux.

« Il faut imaginer les spectacles à la fin du XVIIIe, raconte Laurent Croizier, il n’y avait pas de place assise dans l’orchestre, vous étiez debout, dans la partie la plus populaire de la salle. Souvent, la soirée était constituée de plusieurs spectacles qui s’enchaînaient – une pièce de théâtre puis un ballet – et il n’était pas rare que pendant la pièce, les gens dans l’orchestre, plutôt turbulents, balancent des objets sur scène, avec des messages accrochés que les comédiens étaient sommés de ramasser et de lire. On leur demandait d’effectuer tel ou tel geste, et parfois même on leur disait de quitter la scène, notamment car les spectateurs attendaient avec impatience le couple Dauberval, véritable coqueluche du public bordelais à la fin des années 1780. »

Un souterrain entre le Grand-Théâtre et le Grand-Hôtel

Les sous-sols de l'opéra de Bordeaux ont été aménagés pour accueillir, notamment, les cuisines du restaurant de Philippe Etchebest.

« Les sous-sols de Bordeaux ont été très souvent aménagés, notamment sous les bâtiments, rappelle Laurent Croizier. Lorsque le Grand-Théâtre est édifié, il existe des ramifications souterraines dont un tunnel qui permettait de relier le Grand-Théâtre au Grand-Hôtel, qui est aussi un bâtiment du XVIIIe siècle. C’était un système de circulation, qui avait plusieurs fonctions : transport de denrées, cave de stockage… Il a été bouché depuis, car les travaux du Grand-Théâtre, et notamment du restaurant, ont entraîné l’installation de cuisines dans les sous-sols. »

Un escalier dérobé pour assister aux réunions de sociétés secrètes

Un escalier dérobé permettait d'accéder en toute discrétion à la bibliothèque du Grand-Théâtre de Bordeaux.

Il ne s’agit pas d’une légende. Jusqu’en 2005, il y avait bien des « sociétés d’encouragement », des clubs très fermés qui se réunissaient dans le Grand-Théâtre, qui s’appelaient Club bordelais ou Union Club. « Ce sont des notables qui se réunissaient pour discuter de l’avenir du monde, et de l’accompagnement financier de telle ou telle initiative ou individu… Ces sociétés se réunissaient dans la bibliothèque. Il était parfois important d’accueillir des personnalités de manière extrêmement discrète, il y avait donc un escalier dérobé, derrière une partie de la bibliothèque, qui permettait d’y pénétrer ou d’en sortir sans être vu, y compris du concierge. »

A la pêche à l'anguille dans les sous-sols

Une partie des sous-sols de l'opéra est agrémentée de pilotis.

Une des difficultés, lors de la construction du Grand-Théâtre à partir de 1773, se trouvait dans la nature du sous-sol. « Au niveau de la place de la Comédie, le sous-sol était stable, mais au fur et à mesure que l’on se rapprochait de la Garonne, on pénétrait dans un sol plus riche en vase. Il a fallu accompagner les fondations d’une forêt de pilotis sur le dernier tiers du théâtre, explique Laurent Croizier. En outre, il y avait au XVIIIe siècle un petit ruisseau, qui s’écoulait vers la Garonne, et il n’était pas rare que lorsque la Garonne était en crue, ce ruisseau monte. On raconte que certains techniciens pêchaient l’anguille dans les sous-sols du théâtre, ce qui n’est pas totalement irréaliste ! » Une dalle a été coulée en 1990 pour canaliser ce ruisseau.