VIDEO. Rentrée littéraire : Laurent Binet offre une revanche aux perdants de l’histoire (et à la culture geek) dans « Civilizations »

ROMAN L'auteur Laurent Binet imagine que les Incas envahissent l’Europe dans son nouveau roman « Civilizations »

Benjamin Chapon

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Un acteur joue le rôle de l'Inca lors de la cérémonie d'ouverture des jeux Pan-Américains à Lima en 2019
Un acteur joue le rôle de l'Inca lors de la cérémonie d'ouverture des jeux Pan-Américains à Lima en 2019 — Cris BOURONCLE / AFP
  • Pour son nouveau roman, après les Nazis et Roland Barthes, Laurent Binet s’intéresse à nouveau à l’histoire sur le mode de l’uchronie.
  • Civilizations raconte la conquête de l’Europe… par les Incas.
  • L’auteur explique à 20 Minutes ses sources et motivation, et donne, en vidéo, également trois bonnes raisons de lire son livre.

Et si… Laurent Binet a toujours aimé les comics What if…, ces récits uchroniques qui ont pour point de départ un détail historique modifié. « J’ai toujours voulu raconter un jour une uchronie, mais j’attendais le bon moment, la bonne idée, explique l’auteur primé de HHhH, récit historique sur la Seconde Guerre mondiale. Je ne voulais pas tomber dans le truc facile du genre " et si les Nazis avaient gagné la guerre". Et je voulais suivre une sorte de logique à partir d’un micro-événement. »

Tout s’est débloqué pour Laurent Binet lors de la visite d’une exposition au musée du quai Branly consacrée à Pizarro et l’empereur Inca Atahualpa, puis un voyage à Lima. « L’histoire du guet-apens tendu par Pizarro à l’Inca a beaucoup plu à l’amateur de western que je suis. »

Western, uchronie, comics… Les influences pop de Laurent Binet l’ont ensuite poussé à fouiller l’histoire pour aller au bout de son idée : « Je voulais offrir une vengeance aux Incas, ces grands perdants de l’histoire, leur permettre de retourner la situation à leur avantage et de conquérir l’Europe. » Dans Civilizations, tout commence donc avec les Vikings. Le « et si… » est donc le suivant : des Vikings découvrent l’Amérique MAIS ne rentrent pas en Europe. Ils colonisent l’Amérique du Nord jusqu’aux Antilles. Et apportent des chevaux, du fer et des anticorps aux autochtones. « Du coup, quand Christophe Colomb débarque, ce n’est pas du tout la même histoire, et il ne rentre pas en Europe !, rigole Laurent Binet, pas peu fier de son astuce. C’est le point de départ qui permet à Atahualpa, en fuite après une guerre civile au Pérou, de partir, avec 200 hommes, à la conquête de l’Europe. »

Erasme et jeu vidéo

« J’ai vécu ça comme un jeu, d’où le clin d’œil au jeu vidéoCivilization, avec un z, du titre, reconnaît Laurent Binet, qui mêle à ses manières pop, voire geek, une érudition sur le XVe siècle. Et au-delà… « J’ai mélangé les sources geeks et des livres historiques. On me parle de Voltaire comme référence mais j’ai plutôt insinué un substrat philosophique lié à Erasme, Montaigne ou Cervantès. Machiavel aussi, même si je n’ai pas pu l’intégrer au récit parce qu’il était mort à ce moment-là. »

Même en pleine uchronie, Laurent Binet s’est refusé à raconter n’importe quoi. « Il faut qu’il y ait une logique historique aux événements ! L’histoire n’est pas un rouleau compresseur de fatalité, elle n’est pas écrite à l’avance… » Pour autant, Civilizations n’est pas un roman à thèse. « Une uchronie, c’est forcément ludique, elle vaut par le renversement spectaculaire qu’elle offre mais il faut que ça reste plausible à partir du détail historique que l’on a modifié. »

Retour au Pérou

Sans trop en dévoiler, on peut dire que Civilizations offre une belle revanche aux Incas, même si l’histoire s’achève sur une défaite… « J’avais ce fantasme de la revanche des vaincus. Dans mon histoire, Atahualpa prend une revanche, mais c’est une fausse revanche. » Le roman se clôt sur un possible retour en Amérique et convoque Don Quichotte… « Bien sûr qu’on pourrait raconter la suite de l’histoire, plusieurs même, rigole Laurent Binet. Le but était aussi de montrer que l’histoire ne s’arrête jamais, au Pérou l’histoire a continué après la défaite des Incas. »

La suite de Civilizations s’écrira peut-être à l’écran, Laurent Binet a déjà des contacts avec des producteurs. « Le truc, c’est que ça risque de coûter cher à montrer à l’image, il y a des batailles, des voyages… Si quelque chose se fait, j’aimerais participer à l’écriture, au projet, ça m’intéresse… » En attendant, Civilizations sortira dans une douzaine de pays qui ont déjà acquis les droits. « Mon traducteur en espagnol m’a appelé, il a beaucoup aimé le livre. Et mon éditeur espagnol est très excité à l’idée de sortir le livre au Pérou. Ça va être génial de retourner là-bas pour le présenter ! »