Festival de la Fiction TV de La Rochelle : Non, les séries françaises, ce n’est pas « toujours du policier»

SÉRIE FRANÇAISE Les séries françaises sont-elles aussi nulles que nous le disent nos internautes ? « 20 Minutes » a fact-checké votre french bashing (épisode 1/3)

Anne Demoulin

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Corinne Masiero campe le «Capitaine Marleau» sur France 3.
Corinne Masiero campe le «Capitaine Marleau» sur France 3. — Christophe BRACHET/FTV
  • 20 Minutes a demandé à ses lecteurs ce qu’ils pensaient des séries tricolores.
  • « Toujours du policier », « Pas de script doctor »… Les clichés autour des séries françaises ont la vie dure auprès de certains lecteurs.
  • A l’occasion du Festival de la Fiction de La Rochelle, 20 Minutes a soumis aux professionnels de l’audiovisuel ces témoignages et leur a demandé de commenter.

Pour la septième année consécutive, les ventes de fiction télévisées à l’étranger ont enregistré une nette progression, +28 %, selon le CNC. De quoi réjouir les professionnels de l’audiovisuel réunis jusqu’à dimanche au Festival de la Fiction TV de La Rochelle pour présenter le meilleur de leur production. Cette saison est capitale pour la création à la veille de la réforme de l’audiovisuel et du futur lancement des plateformes américaines d’Apple et Disney et de la française Salto. Que de « chemin parcouru en près de vingt ans par la fiction française », se félicite Marc Tessier, président du comité de cette 21e édition du festival.

Et pourtant, lorsque 20 Minutes demande à ses lecteurs ce qu’ils pensent des séries tricolores, force est de constater que les clichés autour des séries françaises ont la vie dure : « niaises, sans intérêt », selon Richard, « pénibles à regarder, sans inventivité », selon Valérie, « trop caricaturales », pour Yannick… A l’occasion du Festival de La Rochelle, nous avons cherché à vérifier si ce french bashing avait toujours lieu d’être. Fact-checking, épisode 1.

« Les séries françaises, c’est toujours du policier »

FAUX. « Les séries françaises, c’est toujours du policier, moi je veux du fantastique et de la science-fiction », réclame Danicela. « C’est en partie vrai. Il y a une tradition de la série policière en France. Cela a marqué parce qu’on en a beaucoup produit et très bien. Mais aujourd’hui, la série française explore de plus en plus de genres et de formats », lance Boris Duchesnay, directeur des programmes de OCS.

« On ne fait pas toujours du policier, mais il est vrai qu’on fait énormément de séries policières. S’il y en a autant, c’est parce qu’il y a une demande et un public très captif », confirme la scénariste (Un Village Français, Famille d’accueil, Une belle histoire) et autrice SACD Séverine Jacquet.

Les séries françaises touchent à des genres de plus en plus variés. « Et même à la science-fiction ! Chez nous à OCS, nous avons Missions. Des chaînes comme Arte et Canal+ font aussi du genre, du fantastique », détaille Boris Duchesnay, citant Trepalium, Ad Vitam ou Les Revenants. « Le fantastique est plus rare, mais les chaînes ont fait des tentatives. Il est très bon que le public réclame et il faut qu’il le réclame encore plus fort, comme cela, on nous en commandera plus », recommande Séverine Jacquet.

« Quand on essaie de rivaliser avec de la science-fiction, c’est raté »

FAUX. « On réussit bien les séries sans effets spéciaux où l’intrigue se concentre sur le caractère des personnages et l’histoire sans en mettre plein la vue. Quand on essaie de rivaliser avec de la science-fiction style Osmosis, c’est raté, ça ne fonctionne pas », estime Mylène. « La SF et le fantastique sont des genres très plébiscités sur OCS. On l’a vu avec Missions. Et ce qui est marrant, c’est que plein de gens ne pensaient pas qu’il s’agissait d’une série française », s’amuse Boris Duchesnay.

Les festivaliers ont pu découvrir dans la sélection de la Rochelle la grande fresque historique de TF1 Le Bazar de la charité, les dramédies Une Belle Histoire de France 2 et Mytho d’Arte ou encore la troisième et dernière saison du teen-drama d’OCS Les Grands. « Les affaires sociétales sont beaucoup traitées par les chaînes hertziennes françaises », observe également Boris Duchesnay. Dans les fictions françaises, « on se pose des questions de société, on traite de faits divers… C’est intéressant de voir combien la fiction peut-être un véhicule de questionnement national et citoyen », renchérit Stéphane Strano. M6 présente ainsi Un homme ordinaire sur l’affaire Dupont de Ligonnès tandis que France 3 s’attaque avec Laëtitia à l’adaptation du roman d’Yvan Jablonka sur l’assassinat de Laëtitia Perrais évoquant les violences faites aux femmes.

« Explorer de nouveaux genres »

Cette diversification des genres ne touche plus que les chaînes payantes mais aussi les grandes chaînes hertziennes : « Je fais appel à vous tous pour que notre collaboration débouche sur de nouveaux genres, de nouveaux formats et l’explosion de nouveaux talents », a encore appelé de ses vœux Takis Candilis, directeur général délégué à l’antenne et aux programmes de France Télévisions, lors de la conférence du groupe. « Une de mes convictions est qu’il faut explorer de nouveaux genres », a déclaré la directrice artistique de la fiction de TF1, Anne Viau, à nos confrères de Satellifax.

« La fiction française est complètement transformée », se réjouit Stéphane Strano, président du Festival de la Fiction TV de La Rochelle. A l’étranger, cette évolution a été remarquée. « Dans un marché international où la concurrence s’intensifie, l’exportation des programmes audiovisuels français réalise son troisième meilleur chiffre de vente depuis 25 ans », a annoncé Dominique Boutonnat, président du CNC, à la 25e édition du Rendez-Vous qui s’est déroulée à Biarritz du 8 au 12 septembre. Cocorico !