Brésil : Le baiser entre deux « Young Avengers » gays suscite la controverse à Rio

BANDE DESSINEE Le maire de Rio a été autorisé samedi par la justice à saisir une bande dessinée qu’il estimait « inappropriée pour les mineurs » mais sa démarche a eu l’effet inverse de celui qu’il espérait

F.R. avec AFP

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Détail de la Une de l'édition du quotidien brésilien «Folha de S. Paulo» datée du 7 septembre 2019.
Détail de la Une de l'édition du quotidien brésilien «Folha de S. Paulo» datée du 7 septembre 2019. — Capture d'écran

Au Brésil, ce baiser est sur toutes les lèvres. Samedi, la justice a autorisé le maire de Rio de Janeiro, Marcelo Crivella, à saisir les livres à thématique LGBT (lesbienne, gay, bi, trans) qu’il considère comme « inappropriés » pour les mineurs.

A l’origine de son courroux, le comic Avengers : The Children’s Crusade, dont il a ordonné le retrait des rayons du Salon du livre de sa ville. La raison ? La bande dessinée montre deux jeunes super-héros gays, Hulkling et Wiccan, en train de s’embrasser. 

La démarche de Marcelo Crivella a eu l’effet inverse de celui escompté : la clientèle s’est ruée sur les ouvrages en vente au salon du livre. Felipe Neto, youtubeur brésilien aux 34 millions d’abonnés, a quant à lui acheté 14.000 volumes consacrés aux thématiques LGBT pour les distribuer gratuitement sur le lieu de l’événement, en signe de protestation. Et ce samedi, le baiser gay controversé apparaissait également en Une de Fohla de S. Paulo, le quotidien le plus lu du Brésil, lui offrant ainsi une visibilité considérable.

Editeurs et écrivains parlent de « censure »

Le président du tribunal de Rio de Janeiro, Claudio de Mello Tavares, avait apporté son soutien samedi aux initiatives du maire. Une bande dessinée avec des super-héros et destinée par conséquent à un jeune lectorat n’est pas censée aborder les questions de sexualité et devrait par conséquent être accompagnée d’un bandeau d’avertissement, a-t-il fait valoir.

Les organisateurs du Salon du livre ont de leur côté indiqué qu’ils feraient appel, même si l’événement prend fin ce dimanche.

Editeurs et écrivains considèrent que la décision du maire de Rio relève de la censure. « Puisque cette décision semble viser précisément l’interdiction de magazines exposant des baisers gay (plutôt que les autres), j’interpréterais cela comme étant motivé par de la discrimination, tant de la part du maire que du juge », a estimé un spécialiste du droit constitutionnel, Michael Mohallem, de la Fondation Getulio Vargas.

Un évangéliste reconverti en maire

Marcelo Crivella, ancien évêque de l’Eglise universelle du royaume de Dieu, a été élu en 2016 maire de Rio. Il avait promis de ramener la loi et l’ordre dans cette ville gangrenée par la criminalité.

La Cour suprême du Brésil a décidé en juin de criminaliser l’homophobie, l’assimilant à du racisme. Cette décision est considérée comme un pas important pour les minorités sexuelles d’un des pays qui comptent le plus grand nombre d’assassinats de personnes LGBT.