Avec « Joker », le réalisateur de « Very Bad Trip » reçoit le Lion d’or à Venise

PALMARES L’Américain Todd Phillips a été récompensé samedi de la plus prestigieuse récompense du festival italien pour « Joker »

20 Minutes avec AFP

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Le 7 septembre 2019, le réalisateur américain pose avec le Lion d'or qu'il a obtenu pour son film, «Joker», au côté de l'acteur Joaquin Phoenix, qui incarne le rôle-titre.
Le 7 septembre 2019, le réalisateur américain pose avec le Lion d'or qu'il a obtenu pour son film, «Joker», au côté de l'acteur Joaquin Phoenix, qui incarne le rôle-titre. — Alberto PIZZOLI / AFP

Si, il y a une quinzaine d’années, on avait dit aux cinéphiles que Todd Phillips, réalisateur de comédies triviales telles que Road Trip, les trois « Very Bad Trip » ou encore Starsky et Hutch, recevrait l’une des récompenses les plus prestigieuses du septième art, beaucoup auraient rigolé en levant les yeux au ciel. Et pourtant, le cinéaste américain a reçu samedi soir le Lion d’or à la Mostra de Venise pour Joker. Un long-métrage centré sur l’ennemi de Batman, qui raconte comment il a basculé dans la folie.

« Merci de m’avoir fait confiance avec ton talent fou », a déclaré le cinéaste en s’adressant à Joaquin Phoenix, qui incarne le rôle-titre. Et de souligner que l’acteur, impressionnant et inquiétant dans ce rôle d’homme torturé et malade, maltraité par la vie, était « le lion le plus féroce, le plus courageux et le plus ouvert d’esprit qu’il connaisse ».

« Qu’une industrie comme celle des Etats-Unis prenne le risque de réaliser Joker est courageux. C’est une réflexion sur les héros et les antihéros », a déclaré la présidente du jury, la réalisatrice argentine Lucrecia Martel en conférence de presse.

« J’accuse » de Polanski primé après les controverses

Le Grand Prix du jury, deuxième récompense la plus importante du festival italien, a été attribué au J’accuse de Roman Polanski, qui raconte l’Affaire Dreyfus. Récompensé quelques heures plus tôt par le prix Fipresci de la critique internationale à Venise, J’accuse avait convaincu une bonne partie de la presse, occupant la première place du classement d’un panel de journalistes internationaux et italien publié pendant le festival.

Mais le film avait fait polémique avant même le début du festival, des féministes ayant regretté sa sélection en compétition, en raison des poursuites contre le réalisateur aux Etats-Unis pour le viol d’une mineure en 1977. Roman Polanski avait fait le parallèle entre l’histoire de son film et sa propre vie, s’estimant lui aussi « persécuté ».

La présidente du jury avait par ailleurs suscité une controverse au premier jour du festival en affirmant qu'« elle ne séparait pas l’homme de l’œuvre » et se disant « très gênée » par la présence du réalisateur en compétition, avant de revenir sur ses propos, en disant qu’elle n’y était « en aucune façon opposée ».

« Un auteur est un être humain. Le pire que l’on puisse faire à une personne est de la séparer de son œuvre. Ça n’est pas possible », a réaffirmé Lucrecia Martel samedi après la cérémonie de clôture, soulignant par ailleurs qu’il n’y « avait pas eu d’unanimité » dans le jury pour l’ensemble du palmarès.

Ariane Ascaride, prix d’interprétation féminine

L’actrice Emmanuelle Seigner, épouse de Roman Polanski est venue chercher son prix, se contentant de « remercier le jury » et de dire que le cinéaste franco-polonais de 86 ans voulait « remercier ses producteurs » et « tous ses acteurs et son équipe technique ». Au même moment, le réalisateur de J’accuse se trouvait sur la scène du Festival de Deauville.

La Coupe Volpi de la meilleure interprète féminine est de son côté allée à la Française Ariane Ascaride, pour Gloria Mundi de Robert Guédiguian. Le prix d’interprétation masculine est quant à lui revenu à l’acteur italien Luca Marinelli pour son rôle dans Martin Eden, adaptation du roman de Jack London signée Pietro Marcello.

Les prix de la mise en scène et du scénario sont allés respectivement au Suédois Roy Andersson pour About Endlessness, et au Hongkongais Yonfan pour N°7 Cherry Lane.