Les books clubs connaissent un âge d'or grâce au féminisme et aux réseaux sociaux

LIVRES Les lecteurs sont des lectrices. La tendance des clubs de lecture a trouvé un nouveau souffle grâce aux réseaux sociaux et aux féministes

Océane Sinicropi

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Sant Jordi day celebration in Barcelona, Spain - 23 Apr 2019
Sant Jordi day celebration in Barcelona, Spain - 23 Apr 2019 — Paco Freire / SOPA Images/Sipa
  • Sur YouTube ou Instagram, de nombreuses influenceuses incitent leurs abonnées à se réunir en books club pour parler littérature.
  • Ces clubs de lecture font la promotion d’autrices et s’inscrivent dans une démarche féministe.

Les femmes qui lisent sont dangereuses. Alors imaginez un peu que des lectrices en viennent à se rassembler… La tendance des books club, ou clubs de lecture dans la langue de Molière (pardon, de Madame de Sévigné), connaît un renouveau ces dernières années à la faveur de lectrices féministes. Les clubs de lecture existent depuis l’antiquité, où les lectures étaient publiques, mais ce qui se passe ces dernières années est bien un phénomène moderne. Outre le féminisme, les books club de 2019 usent des outils numériques pour prospérer. C’est notamment le cas de nombreuses YouTubeuses utilisant leurs chaînes comme lieu de débat sur la littérature, et du books club de Louie Media, adossé à un podcast.

Déjà en 2016, l’actrice Emma Watson avait donné le ton en lançant, sur Internet, son club de lecture féministe. A l’époque, l’actrice avait mis en avant des autrices importantes à ses yeux, à commencer par Margaret Atwood, dont l’œuvre a connu un écho mondial depuis l’adaptation de The Handmaid’s Tales en série à succès.

La lettre et l’esprit de l’émancipation

Car l’objectif des nouveaux books club est bien de promouvoir des autrices. C’est d’ailleurs en constatant que leurs lectures scolaires ne comportaient que des livres d’hommes – de Hugo à Zola en passant par Baudelaire – que Charlotte Pudlowski et Mélissa Bounoua (toutes deux passées par 20 Minutes) ont décidé de lancer un books club au sein de leur studio de création de podcasts Louie Média.

Depuis le 9 juillet, un podcast « book club » met en avant les écrivaines. Puis, une semaine sur deux, les lecteurs et lectrices se réunissent dans un lieu à chaque fois différent pour discuter d’un livre qui a été recommandé par l’invitée du podcast. La première rencontre a eu lieu le 23 juillet dernier et à encourager ses initiatrices à persister.

Rassembler des femmes (les hommes sont bienvenus) pour discuter d’œuvres d’autrices est aussi un acte d’émancipation. « La lecture c’est aussi un temps de réflexion, de rêverie et d’introspection », explique Charlotte Pudlowski. Une réponse aux charges mentales et injonctions sociales qui réclament que les femmes prennent peu de temps pour elles.

Hashtag et plus si affinités

Si elles n’ont pas l’audience d’Emma Watson ou de Louie Media, de nombreuses « influenceuses littéraires » ouvrent leurs propres réseaux de lecture, de Twitter à Instagram en passant par YouTube. On peut citer Clémence Pouletty, qui après une chaîne YouTube a imaginé le compte Twitter LitteraTweet qui permet échanges en ligne et rencontres mensuelles.

Instagram a été le réseau pionnier des books clubs mais a peu à peu perdu de son élan. Sophie, investie dans la lutte pour les droits des femmes et l’égalité, avait lancé un blog littéraire, puis s’est ensuite dirigée vers Instagram pour créer le Tout est politique book club. Même si le succès était au rendez-vous, une tendance est venue compliquer son existence : les utilisateurs et utilisatrices d’Instagram ont tendance aujourd’hui à privilégier le format story. « Le problème avec les stories c’est que je ne suis pas taguée avec mon hashtag, c’est mon compte qui est tagué et si je veux être visible, je dois être constamment connectée et partager les publications », explique-t-elle. Sophie voudrait créer une habitude, un rendez-vous marqué par son hashtag, un peu comme les fameux #VendrediLecture sur Twitter qui propose chaque vendredi, de commenter des livres lus pendant la semaine.

Ce problème technique n’est pas un détail anodin, il démontre que les habitudes changent et que les lectrices cherchent à user au mieux des outils à leur disposition pour favoriser les échanges, et les rassemblements, autour de la littérature. L’histoire des books clubs féministes s’écrit en plusieurs tomes.