«La Rose de Versailles», «Gigant», «Hi Score Girl»... Une rentrée manga spéciale (super) héroïnes

BD C'est la rentrée littéraire, c'est la rentrée des mangas, c'est la rentrée des héroïnes de mangas hors normes et loin des clichés

Vincent Julé

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«La Rose de Versailles», «Gigant», «Hi Score Girl», trois mangas, trois héroïnes loin des clichés
«La Rose de Versailles», «Gigant», «Hi Score Girl», trois mangas, trois héroïnes loin des clichés — VERSAILLES NO BARA © 1972 IKEDA RIYOKO PRODUCTION - GIGANT ©2018 Hiroya OKU / SHOGAKUKAN - 2016 Rensuke Oshikiri/SQUARE ENIX

Si vous avez suivi les conseils lecture de 20 Minutes, vous avez peut-être passé l’été à lire les intégrales Inio Asano et Shuzo Oshimi, deux mangakas incontournables et deux voix de la jeunesse nippone. Avec la rentrée, scolaire et littéraire, il est temps de retrouver ses séries préférées à succès (Radiant, L’Attaque des Titans, Haikyu), les rééditions de classiques (Kirihito d’Osamu Tezuka), et quelques nouveautés et découvertes. Déjà bien représentés dans le manga en général, et le shôjo en particulier, les femmes, les héroïnes, sont mises à l’honneur cette rentrée, qu’elles soient capitaine de la garde royale, hardcore gameuse, actrice porno, fan de Boy’s Love ou brasseuse de saké.

« La Rose de Versailles »

Plus connu sous le titre de son adaptation animée, Lady Oscar, le manga La Rose de Versailles est un classique parmi les classiques, réédité plusieurs fois mais finalement incomplet jusqu’à aujourd’hui. On ne représente plus Oscar François de Jarjayes, capitaine de la garde royale, protecteur de l’archiduchesse Marie-Antoinette et en fait fille d’une famille de soldats élevée comme un garçon. Son histoire tragique a ému toute une génération de lectrices japonaises dans les années 1970, immédiatement devenues amoureuses de la France, de Paris et du Château de Versailles.

Quarante plus tard, son autrice Riyoko Ikeda a décidé de revisiter son oeuvre culte, car comme elle le dit en préface, « à l’époque, je n’avais pas été tout à fait satisfaite de la fin de la série. (…) La rédaction m’avait demandé de conclure la série en 10 semaines. Il y avait pourtant beaucoup d’histoires que je voulais dessiner ». Des récits consacrés aux personnages secondaires mais emblématiques du manga : André, de Girodelle, Fersen, Alain, Rosalie… Résultat : 900 pages d’histoire, de romantisme, et de nostalgie.

La Rose de Versailles, de Riyoko Ikeda (Kana)

« Gigant »

A première vue, le pitch de Gigant pourrait être celui d’un hentai, un manga pornographique. Rei est un lycéen fan de cinéma, il ne parle que de ça avec ses amis, même s’il ne leur avouera jamais que son actrice préférée est Papico, une star du X. Une nuit, alors qu’il arrache des affiches injurieuses à son égard, il se retrouve nez à nez avec son idole. Commence alors une amitié improbable, et surtout une histoire SF et WTF !

Si le mangaka Hiroya Oku se vautre dès le début dans le fan service, c’est pour mieux jouer avec les clichés et réserver quelques surprises. Papico se retrouve ainsi bientôt affublée d’un gadget qui lui permet de devenir géante, alors que de drôles de mecs en slip se baladent dans la ville et qu’il pleut littéralement de la merde. Vous êtes prévenus. L’auteur de la saga culte Gantz s’était déjà amusé avec le genre SF et la figure du héros dans Last Hero Inuyashiki et son vieux salary man transformé en cybord surpuissant.

Gigant, de Hiroya Oku (Ki-oon)

« Hi Score Girl »

Début des années 1990, c’est la folie des consoles, des salles d’arcade, et de Street Fighter 2. Haruo, élève de primaire, y passe tout son temps libre et pense être le meilleur, jusqu’au jour où il se prend une dérouillée par Akira, la fille la plus populaire de son école. Petit phénomène au Japon, adapté en série sur Netflix, Hi Score Girl est une lettre d’amour au rétrogaming et au e-sport, mais aussi aux femmes d’un milieu encore masculin. Si Haruo est d’ailleurs le héros apparent du manga, il n’est quasi entouré que de femmes fortes. You lose, they win !

Hi Score Girl, de Rensuke Oshikiri (Mana Books)

« BL Metamorphose »

Le yaoi, kézako ? Aussi appelé Boy’s Love (BL), le yaoi désigne les mangas centrés sur des histoires d’amour et/ou de sexe entre hommes, un genre populaire au Japon, et lu en priorité par les femmes. Citons les chefs d’oeuvre Le Coeur de Thomas, Zetsuai 1989, Kizuna ou l’éditeur spécialisé Boy's Love IDP. Yuki, une mamie veuve mais curieuse, découvre le yaoi au détour d’une couverture chatoyante, et elle adore ! La jeune libraire Urara va devenir sa conseillère, elle qui connaît tout sur tout au genre mais qui vivait jusque-là sa passion en secret. BL Metamorphose est un beau et doux plaidoyer pour la tolérance, la curiosité et l’amitié entre les générations.

BL Metamorphose, de Kaori Tsurutani (Ki-oon)

« Natsuko no Sake »

C’est toujours un plaisir de découvrir des mangas « d’avant », des années 1970 à 1990, longtemps éclipsés par les stars de l’époque : Dragon Ball, Saint Seiya, Olive & Tom… Les éditeurs Isan Manga et Black Box  en ont même fait leur ligne éditoriale, avec Cobra, Gwendoline ou Kamen Rider pour le premier, et Le Collège fou, fou, fou, Mes tendres années, Lady Georgie pour le second. Et encore, il s’agit là de mangas connus par leurs adaptations animées. Mais il existe tant d’autres – lisez Masako Yoshi et ses Histoires de femmes par exemple.

Le nouvel éditeur Vega a ainsi dégoté une vraie découverte pour la rentrée, pour le 12 septembre, avec Natsuko no Sake, un manga eigthies d’Akira Oze racontant l’histoire de Natsuko Saeki, employée de bureau malheureuse dans son travail. Son frère malade l’oblige à rentrer dans sa famille, une famille de brasseurs de saké. Elle va se retrousser les manches et prendre la relève dans un métier très conservateur et très masculin.

Natsuko no Sake, d’Akira Oze (Vega)