Eurovision 2020: Comment Rotterdam a décroché l’organisation du concours (et pourquoi Amsterdam a jeté l’éponge)

MUSIQUE La deuxième ville des Pays-Bas a été désignée ce vendredi pour accueillir le concours Eurovision de la chanson en mai 2020

Fabien Randanne

— 

Une vue de Rotterdam (Pays-Bas).
Une vue de Rotterdam (Pays-Bas). — Caro / Lederbogen /SIPA
  • Ce vendredi, Rotterdam a été désignée comme ville hôte de l'Eurovision 2020.
  • Sa candidature faisait face à celle de Maastricht.
  • La finale de l'Eurovision se tiendra le 16 mai au Ahoy de Rotterdam.

Amsterdam a ses marins qui chantent les rêves qui les hantent. Rotterdam aura bientôt ses chanteurs rêvant de remporter l’Eurovision. La deuxième ville des Pays-Bas a été officiellement désignée ce vendredi pour organiser le concours de chansons au printemps 2020. Les demi-finales se tiendront les 12 et 14 mai, et la finale le 16 mai, à la Rotterdam Ahoy. Sa candidature a été préférée à celle de Maastricht, son ultime rivale. Pourquoi la compétition ne se déroulera-t-elle pas dans la capitale ? Quelles villes étaient en lice ? Quels étaient les points forts de chaque dossier ? Voici quelques éléments de réponses.

Pourquoi se porter candidate à l’organisation de l’Eurovision ?

19 mai 2019 : le Néerlandais Duncan Laurence remporte l’Eurovision avec sa chanson Arcade. Les Pays-Bas ont à peine le temps de célébrer leur cinquième victoire au concours que les esprits se tournent déjà vers l’édition 2020 que le pays sera chargé d’organiser, comme le prévoit le règlement. Dans le passé, les Pays-Bas ont accueilli quatre fois la compétition musicale : à Hilversum en 1958, à Amsterdam en 1970 et à La Haye en 1976 et 1980. Mais aujourd’hui, l’événement ne ressemble plus vraiment à ce qu’il était ces années-là. L’Eurovision a gagné en ampleur, chaque édition étant regardée par quelque 200 millions de personnes autour du monde. Si la ville hôte peut espérer des retombées à court et moyen termes grâce à cette vitrine, elle implique un grand investissement financier. A titre d’exemple, le budget de l’édition 2012 à Malmö (Suède) tournait autour de 14.5 millions d’euros, comme l'avançait BFM Business dans un article, quand l’organisation de l’édition 2019 à Tel-Aviv aurait coûté près de 50 millions d'euros à Israël.

Quels sont les critères exigés pour accueillir l’Eurovision ?

Pour déposer une candidature, les villes hôtes potentielles doivent répondre à de nombreux critères. Au-delà des moyens financiers, elles doivent, entre autres, disposer d’une salle couverte à la capacité suffisante (10.000 personnes minimum), disponible de mars à mai (le temps de construire la scène, de permettre aux artistes de répéter, etc.) et proche d’un lieu pouvant faire office de salle de presse. Le parc hôtelier doit aussi être suffisamment important pour accueillir les délégations, les journalistes et le public venant du monde entier.

Quelles villes se sont portées candidates ?

Au départ, neuf villes néerlandaises ont fait part de leur intérêt pour accueillir le concours. Début juin, Amsterdam, Rotterdam, Maastricht, Leeuwarden, Utrecht, Arnhem, La Haye, Bréda et Bois-le-Duc ont toutes reçu le cahier des charges, en vue de formaliser leur candidature. Au final, seules cinq ont déposé leur dossier. Leeuwarden s’est retirée car le plafond de la salle envisagée, le WTC Expo, trop bas, ne remplissait pas les conditions demandées. La Haye, qui songeait à son stade de foot, le Cars Jeans Stadion, a renoncé à son tour car cela aurait impliqué de le doter d’un toit. Bréda n’a pas non plus donné suite, faute de moyens financiers. Enfin, le 4 juillet, Amsterdam a annoncé qu’elle ne pourrait pas davantage organiser l’Eurovision 2020. Aucune des trois salles de la capitale pouvant convenir à l’événement (la Johan-Cruyff Arena, le Ziggo Dome et la RAI Amsterdam) n’était disponible sur une aussi longue durée que celle exigée. L’Office du tourisme néerlandais avait au préalable appelé à « utiliser le concours de chansons pour montrer des endroits plus méconnus » des Pays-Bas. Il a semble-t-il été entendu. Amsterdam n’a pas besoin de l’Eurovision pour attirer des touristes, qui plus est au mois de mai.

Le 16 juillet, après avoir étudié les dossiers des cinq villes restant candidates, NPO (l’équivalent de France Télévisions aux Pays-Bas) décide de n’en conserver que deux : Rotterdam et Maastricht. Selon le site spécialisé Wiwibloggs, Bois-le-Duc et Utrecht auraient été recalées en raison de doutes concernant leurs capacités financières. La motivation de l’exclusion de la candidature d’Arnhem n’a pas été révélée.

Quels étaient les atouts de la candidature de Maastricht ?

Selon le site ad.nl, la candidature de Maastricht aurait été dans un premier temps la favorite des officiels de l’UER (l’Union européenne de radiotélévision) qui chapeaute l’Eurovision. Et cela, même si elle n’est, avec ses 122.000 habitants, que la 22e ville des Pays-Bas. C’est sa situation géographique – très proche de la Belgique et de l’Allemagne – ainsi que sa dimension historique qui plaidaient en sa faveur. Celle qui est l’une des plus vieilles villes d’Europe a donné son nom au célèbre Traité, signé en 1992, jalon de l’histoire de l’Union européenne. En choisissant, « Come closer » (« Approchez-vous », « Venez plus près »), Maastricht semblait promettre un concours de l’Eurovision à taille humaine, intimiste malgré son gigantisme. Autre argument de poids, 3.000 chambres d’hôtels ont été réservées et leurs tarifs gelés durant la période envisagée pour l’événement. Une manière d’empêcher une flambée des prix comparable à celle qui fut constatée à Tel-Aviv (Israël), ville organisatrice de l’Eurovision 2019, et qui avaient dissuadé de nombreux spectateurs potentiels de faire le déplacement, faute de budget. Mais cela n’a pas suffi à faire pencher la balance en la faveur de Maastricht.

Quels étaient les atouts de la candidature de Rotterdam ?

Rotterdam n’a pas fait dans l’originalité pour son slogan en optant pour « For real » (« Pour de vrai »). Ses atouts étaient ailleurs. La ville portuaire aux 634.200 habitants a obtenu le soutien de la Ville de La Haye et du chanteur Duncan Laurence qui a laissé entendre qu’il aimerait que l’Eurovision se tienne près de chez lui. Le fait qu’elle ait organisé d’autres événements tels que l’Eurovision Junior en 2007 ou les MTV Europe Music Awards en 2016 a sans doute pesé dans la balance. « Rotterdam a fait preuve d’un enthousiasme et d’une implication fantastiques et dispose des bonnes infrastructures pour accueillir les délégations de plus de 40 pays », a souligné dans un communiqué Jon Ola Sand, le superviseur exécutif de l’Eurovision. « Notre souhait est d’organiser un concours Eurovision de la chanson qui fédère les Pays-Bas et qui fasse office de vitrine pour notre pays en Europe, a réagi Shula Rijxman, directrice générale de NPO. En tant que ville créative et d’entreprises, Rotterdam convient parfaitement à cet événement. »