Romans et faits divers: Qui est François Picaud, le véritable comte de Monte Cristo?

LE MEURTRE ET LA PLUME (5/5) Pour écrire l'un de ses romans les plus célèbres, Le Comte de Monte Cristo, Alexandre Dumas s'est fortement inspiré d'une histoire vraie (ou presque), celle de François Picaud

Mathilde Ceilles

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Le château d'If
Le château d'If — BORIS HORVAT / AFP
  • 20 Minutes en partenariat avec Retronews revient cette semaine sur les faits divers qui ont inspiré la littérature française
  • Le Comte de Monte-Cristo est l’une des œuvres les plus connues d’Alexandre Dumas.
  • Elle s’inspire de la vie d’un cordonnier, François Picaud, qui s’est vengé de ses délateurs après sept ans de prison.

Cet été en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France, 20 Minutes plonge sa plume dans le sang en expliquant comment des faits divers ont donné naissance à de grands romans. Aujourd’hui, Le Comte de Monte-Cristo, fortement inspiré de la vie de François Picaud.

Un château, seul, majestueux, perdu sur une petite île au large de Marseille. Ils sont nombreux, chaque année, à prendre le bateau depuis le Vieux-Port, pour s’imprégner de cette ambiance si particulière qui règne sur cette forteresse posée sur l’île d’If. Et certains cherchent encore le cachot dans lequel, des années durant, Emond Dantès a préparé, ruminé sa vengeance, alors qu’il a été jeté là, trahi par les siens qui l’accusaient d’être un espion. L’histoire de cette vengeance est l’une des plus célèbres de la littérature française, immortalisée par Alexandre Dumas dans le fameux Comte de Monte-Cristo.

Mais il suffit de se plonger dans les archives des journaux de l’époque pour que la question surgisse : et si Edmond Dantès avait vraiment existé ? Et s’il y avait bien eu un homme qui, voulant épouser une riche et jolie fille, se serait retrouvé, après une dénonciation calomnieuse, jeté dans une forteresse, des années durant, avant de se venger ?

Un cordonnier originaire du Gard

« Quand Alexandre Dumas écrit un roman, il part souvent de faits réels, en faisant une sorte d’enquête, et il fait ensuite passer ses romans comme des faits divers, rappelle Armelle Baduel, administratrice du château d’If. Pour écrire Le Comte de Monte Cristo, il s’est inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé à Nîmes et qui a été jugé à Montpellier, et dont il a pris connaissance dans un recueil des archives de la police de Paris. »

L’archiviste de la police de Paris, Jacques Peuchet, a en effet gravé dans le marbre l’histoire de François Picaud, un cordonnier originaire du Gard, dont le destin présente de troublantes similitudes avec Edmond Dantès. Partant de ce fait divers, le 12 novembre 1863, Le Petit Journal, sous l’intitulé « Souvenirs judiciaires », commence à raconter à ses lecteurs cette histoire.

Marguerite versus Mercedes

En 1807, François confie à plusieurs connaissances, dont le cafetier Mathieu Loupian, « connu par une jalousie extravagante de tout ce qui prospérait autour de lui », son projet d’épouser une jeune femme riche une certaine Marguerite. Une jeune femme qui n’est pas sans rappeler Mercedes, la promise d’Edmond Dantès.

Mathieu Loupian, ou Danglard dans le roman d’Alexandre Dumas, fait le pari, avec des amis, de retarder la noce de huit jours en affirmant à la police qu’il soupçonne Picaud d’être un agent des Anglais. François Picaud est arrêté puis enfermé sept ans dans une forteresse, sans même être informé du motif de son arrestation. Une forteresse qui n’est pas le château d’If, qu’Alexandre Dumas connaissait par ailleurs, mais dans laquelle, comme dans le roman, il y rencontre un prêtre italien, qui, à sa mort, lui lègue un trésor caché.

A sa libération, en 1814, François Picaud prend le nom de Joseph Lucher. Déguisé en ecclésiastique, il parvient, là encore comme dans le roman, à obtenir, en échange d’un diamant, l’histoire de sa dénonciation, et entreprend de se venger un à un de ceux qui ont ruiné sa vie. « Dans ce fait divers, on retrouve ce qui est au cœur de l’œuvre de Dumas, il y a tout pour planter un décor, avec une intrigue amoureuse et une histoire de trahison politique, poursuit Armelle Baduel. Alexandre Dumas s’est fortement inspiré de ce fait divers, ce qui peut prêter à confusion. Ce fait décrit toute une société de l’époque, il la représente. »

Et qu’importe si les frontières du réel et de l’imaginaire se brouillent, y compris concernant le récit de la vie de François Picaud, jamais sourcée, comme le note un certain Marcellin Peller, dans Le Siècle, le 22 juillet 1904. « L’auteur y enregistre, à côté d’événements historiques connus, une abondante série d’anecdotes, parfois assez lestes, dont les sources ne sont presque jamais indiquées. »

Et de lancer : « Qui oserait reprocher [à Alexandre Dumas] d’avoir emprunté à un auteur obscur de froids épisodes qu’il a si habilement transformés et des fantoches que son génie créateur a animés d’une vie puissante ? Avec des faits divers vulgaires, il a composé une sorte de poème épique. » L’un des plus célèbres romans français.