Niska: «C’est la compétition qui m’a excité et m’a amené là»

INTERVIEW Le rappeur sort son nouvel album, « Mr Sal », ce vendredi

Propos recueillis par Clio Weickert

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L'auteur de «Réseaux» revient avec un troisième album.
L'auteur de «Réseaux» revient avec un troisième album. — Koria
  • Niska sort son nouvel album, Mr Sal, ce vendredi.
  • Originaire de l’Essonne, le rappeur s’aventure de plus en plus au-delà des frontières hexagonales.

Le charo est de retour. Ce vendredi, Niska sort son nouvel album, Mr Sal, deux ans après Commando, certifié depuis disque de diamant. Matuidi Charo, Chasse à l’homme, W.L.G, Giuseppe, Médicament avec Booba… Sans oublier Réseaux, énorme carton en 2018 et dont le clip cumule près de 300 millions de vues sur YouTube : quelques mois seulement auront suffi à l’artiste du 91 pour confirmer sa place de leader au sein du rap game français. Et au-delà ?

A l’occasion de la sortie de son troisième album studio, teasé cet été avec Du lundi au lundi, qui a été un carton, le rappeur parle de ses succès, de l’Essonne et de ses envies d’ailleurs avec 20 Minutes.

Pour cet album, vous êtes parti travailler à l’étranger… pour trouver d’autres musicalités ?

L’année dernière pendant ma tournée, j’ai découvert des mecs qui faisaient du gros son, comme les Anglais, Skepta par exemple. Quand tu vois l’impact qu’ils peuvent avoir, c’est intéressant. Ça touche du monde. J’ai travaillé une semaine à Londres et aux Pays-Bas aussi, où ils sont chauds dans les clubs avec des musiques qui ravagent tout. Je me suis donc dit que j’allais voir de plus près ce que ça donne. La musique est forte, ils ont un truc. Ils sont à la mode, quoi.

Vous avez multiplié les collaborations internationales, avec Diplo ou encore Daps, le clippeur de Migos. Avez-vous une forte visibilité à l’étranger ?

On me regarde, en tout cas. Je pense que les mecs ne m’écoutent pas tous les jours, ils ne comprennent pas, mais ils sont peut-être tombés sur des clips qui font parler. Comme quand nous regardons de loin les Américains, on aime ce que dégage la personne. Donc je pense qu’ils ont kiffé la vibe, et ils m’ont contacté. A part Daps, le cameraman, c’est moi qui l’ai contacté parce que je voulais passer un cap dans la vidéo, et j’aimais vraiment ce qu’il proposait.

Quels titres de votre discographie ont pu taper dans l’œil d’un Diplo, selon vous ?

Réseaux pour la partie commerciale, et pour ceux qui aiment un peu plus le trash, des choses comme Chasse à l’homme.

Avez-vous une volonté d’exporter votre musique et de viser une carrière plus internationale ?

Non, je suis écouté à l’étranger par des francophones, mais je ne pense pas être écouté par de vrais anglais, ce n’est pas leur culture. Mon objectif est de rester très constant au niveau national déjà. Après, si ça arrive, je le prendrai bien sûr. Je n’ai pas réellement de plan de carrière, j’avance au feeling. Je n’arrive pas à me projeter avant de faire une musique ou un album, je ne ferai donc jamais un album en me disant que je vais le vendre à l’étranger, ce n’est pas mon délire.

Et rapper en anglais ?

Jamais ! Je n’arrive pas à parler anglais, alors rapper ! Ce n’est pas une langue que je maîtrise, je n’ai pas grandi avec, joué avec, il n’y a pas d’argot que je maîtrise vraiment, ce n’est pas naturel… J’ai une façon de travailler où je joue beaucoup avec les mots, parce que je les utilise depuis que je suis petit. On les a nous-même tordus, on a créé notre propre langage. Je n’ai pas ce rapport-là avec l’anglais.

Certains qualifient votre rap d’ambianceur, ou de trap. Comment qualifiez-vous votre musique ?

C’est du rap ! Je ne suis pas un ambianceur, je fais de la musique trap par moments, mais parfois non… Après, il y a sûrement des gens qui écoutent du Niska pour aller s’ambiancer, parce que c’est vrai que, dans ma discographie, il y a quelques titres sur lesquels tu peux t’enjailler, mais je ne fais pas que ça. Maintenant, je peux entendre que des personnes peuvent me voir comme ça, parce qu’un consommateur de Niska qui n’achète pas forcément ses albums et va sur YouTube peut trouver mes morceaux phares : Réseaux, Matuidi charo, Sapés comme jamais… Ce sont des choses très ambiançantes, donc forcément quand tu ne connais pas le personnage et que tu regardes de loin, tu vas le catégoriser comme ça. Ou trapper, parce que j’ai des morceaux très trap comme récemment avec Koba LaD. Mais quand je fais Liquide avec Shay ou Sucette avec Aya, ce n’est pas de la trap et ce n’est pas forcément ambiançant.

Vous multipliez les succès depuis quelques années. Comment expliquez-vous le fait de taper dans le mille à chaque fois ?

C’est apprendre à se connaître, à connaître le milieu, l’environnement, et ne pas répéter les erreurs que j’ai faites. Ce sont des années de travail finalement, et rien d’autre.

Quel genre d’erreurs ?

Aujourd’hui, quand je sors un titre, les gens se disent que je sais ce que je fais, que je comprends vraiment la puissance de mon truc… mais parfois, non ! Avec le temps, l’objectif est d’arriver à un stade où je maîtrise mon art.

Depuis combien de temps rappez-vous ?

Au moins dix ans. J’ai commencé à écrire mes premiers textes avec mes potes vers 13-14 ans. Mais le moment où je me suis dit que je voulais me lancer, c’était il y a quatre cinq ans.

Et pourquoi le rap ?

Pour la compétition ! Quand j’étais petit, j’ai vite arrêté le sport, je suis rapidement tombé dans la fume… Quand je voyais mes potes, ils allaient au foot, ils revenaient le samedi en disant : « On a battu telle ou telle équipe. » Moi je n’avais rien, je n’avais pas de divertissement. Avec un petit groupe de potes, on a compris que le foot n’était pas pour nous, donc on a essayé de sortir les meilleurs sons, de sortir le meilleur de nous-mêmes. C’est la compétition qui m’a excité dans tout ça, et ça m’a amené là.

Et c’est toujours le cas aujourd’hui ?

C’est pire ! Parce qu’il y a de l’enjeu maintenant. Avant il n’y avait rien, tu arrives, tu es le petit nouveau. Mais une fois que tu as « confirmé », ça devient plus dur parce qu’on ne te regarde plus pareil. Au début, c’est : « Ah, c’est frais, j’aime bien ce qu’il fait » ; après, c’est : « Choque-nous ! » et « Qu’est-ce qu’il nous a pondu pendant tout ce temps où on ne l’a pas vu ? »

Dans vos paroles, l’idée de faire sa place revient souvent, tout comme les critiques que vous recevez…

Parce que ça n’a pas changé ! Ça a juste pris une autre forme. Je sais que peu importe qui je deviendrai, on ne me respectera pas par rapport à d’où je viens, mais par rapport à mon art. D’où je viens a toujours été un handicap.

Vous voulez parler de l’Essonne ?

Pas l’Essonne en elle-même, c’est juste le drapeau de ce genre d’endroit, c’est le mien en tout cas. C’est le fait de venir de banlieue, ou plutôt de zones défavorisées en quelque sorte. C’est un handicap parce qu’il y a beaucoup de bas-fonds qui ne sont pas connus dans ces endroits-là, donc ça fait peur ! Et quand on ne connaît pas, on le craint.

Dans une interview, vous avez dit : « On m’a forcé à croire que je n’étais écouté que par des banlieusards, mais ce n’est pas vrai. Elle est là, la vérité. » Tout le monde écoute du rap désormais, selon vous ?

Quand je suis arrivé, personne n’en écoutait. Ma musique faisait peur, c’était très vulgaire, agressif… Mais, au fur et à mesure des dates, je me suis rendu compte que c’était faux, que tout le monde m’écoutait ! A partir de là, j’ai travaillé autrement, pourquoi me brider alors qu’au bout du compte ce n’est pas que le ghetto qui m’écoute ? Il faut que je fasse ma musique comme je la kiffe et ne pas me brider.

20 secondes de contexte

Cette interview a été réalisée le mardi 16 juillet 2019. Début août, Niska s’est retrouvé au cœur d’une polémique, à la suite de révélations, sur sa vie personnelle, d’une internaute se présentant comme son ex-compagne.