Les comédies musicales «vont revenir à des scénarios plus chiadés et une vraie théâtralité»

MUSIQUE Alors que Paul McCartney vient d’annoncer travailler sur une adaptation de « La vie est belle », le genre est en passe de se renouveler, comme l’explique le coach vocal Pierre-Yves Duchesne

Marie-Laetitia Sibille

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A Londres actuellement, la comédie musicale « Les Misérables » a toujours autant de succès.
A Londres actuellement, la comédie musicale « Les Misérables » a toujours autant de succès. — John Rainford/Cover Images/SIPA
  • Après un âge d’or et de grandes épopées, les comédies musicales n’ont plus trouvé leur public depuis une dizaine d’années.
  • Coach vocal des émissions « La France a un incroyable talent » et « Popstars », Pierre-Yves Duchesne estime que le genre est en train de revenir à ses origines, avec plus de dramaturgie.

« Il y a eu un âge d’or des comédies musicales. De grandes fresques dotées d’une vraie écriture théâtrale, où l’on pouvait se retrouver dans les personnages. Oklahoma !, La Mélodie du bonheur… » Nostalgique, Pierre-Yves Duchesne, fondateur de l’AICOM (Académie internationale de comédie musicale), coach vocal des émissions La France a un incroyable talent (M6) et Popstars (D8), et coauteur du livre Chant, Danse, Théâtre qui paraîtra en septembre*, est également optimiste.

La décennie à venir s’annonce fertile et de qualité pour le genre de la comédie musicale. Après son concert la semaine dernière, Paul McCartney a ainsi révélé qu’il travaillait secrètement depuis plusieurs mois sur une adaptation du film culte La vie est belle (1946) de Franck Capra. Et pour Pierre-Yves Duchesne, c’est plutôt une bonne nouvelle : « Elton John a eu son moment avec Le Roi lion, McCartney peut faire lui aussi quelque chose de formidable ! »

Après l’âge d’or, quelques échecs financiers cuisants

Ce spectacle, pour lequel l’ex des Beatles est chargé de la musique et des paroles, sera produit par l’imprésario de théâtre Bill Kenwright, originaire de Liverpool comme McCartney. « Bill m’a demandé si c’était quelque chose qui pourrait m’intéresser. Ecrire une comédie musicale n’était pas quelque chose qui m’avait déjà fait envie, mais Bill et moi avons rencontré Lee Hall (scénariste de Billy Eliott et Rocketman) et, après une discussion, je me suis dit que cela pourrait être intéressant et drôle », a expliqué McCartney dans un communiqué. « L’intelligence, l’honnêteté émotionnelle et le génie mélodique de McCartney amènent une profondeur et une ampleur inédite au récit », pense de son côté Lee Hall.

La vie est belle devrait être présenté fin 2020 à l’occasion d’une tournée en Angleterre avant de rejoindre les planches de Broadway. Et c’est une vraie dramaturgie qui devrait attendre les spectateurs. Car après l’âge d’or, le genre a connu quelques échecs financiers cuisants. On pense à Adam et Eve, de Pascal Obispo, annoncée comme « la comédie musicale de l’année 2012 » et finalement annulée . Ou à Cindy, Cendrillon 2002, de Luc Plamondon, dont le spectacle, au décor ultra-minimaliste et aux textes intermédiaires bancals, perd son metteur en scène avant même la première et se plante au bout de quelques mois.

« C’en est fini des faiseurs d’argent »

« Quand le genre est devenu has been dans les années 1980-90, il s’est plutôt transformé en concept. Il n’y avait plus vraiment une histoire, mais des concepts albums. Notre-Dame de Paris, Les Dix commandements, c’était d’abord des albums qui ont cartonné, et on a fait quelque chose autour », estime Pierre-Yves Duchesne.

Pour le coach vocal, le secret de la réussite des comédies musicales à venir sera le « respect ». Respect des signatures vocales, des acteurs et des spectateurs, avec des scénarios « chiadés » et une vraie théâtralité. « Comme c’était le cas pour Les Misérables par Alain Boublil, qui se joue depuis une dizaine d’années à Londres avec toujours le même succès. On va vers quelque chose de plus sincère, une vraie écriture, on revient à l’essence de la comédie musicale, à la prosodie. De vrais gens de théâtre comme Claude-Michel Schönberg. C’en est fini des faiseurs d’argent. » Les belles épopées de l’âge d’or ont peut-être signé leur retour.

* Chant, Danse, Théâtre. L’histoire de la première école de comédie musicale, Alexandre Raveleau et Pierre-Yves Duchesne, le 26 septembre aux éditions de La Martinière.