Jérôme Tréhorel, directeur des Vieilles Charrues: «Le concert dantesque de Muse sous l’orage est entré dans la légende»

INTERVIEW Jérôme Tréhorel ouvre la boîte à souvenirs avant le coup d’envoi de la 28e édition du festival, ce jeudi, à Carhaix

Propos recueillis par Manuel Pavard

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Le directeur des Vieilles Charrues Jérôme Tréhorel tire une charrue lors de l'édition 2015 du festival.
Le directeur des Vieilles Charrues Jérôme Tréhorel tire une charrue lors de l'édition 2015 du festival. — Fred Tanneau / AFP
  • La 28e édition des Vieilles Charrues s'ouvre ce jeudi à Carhaix (Finistère) avec Skunk Anansie, Zazie, Paul Kalkbrenner, Nile Rogers ou Booba sur la scène de cette première soirée.
  • Le directeur du festival Jérôme Tréhorel évoque ses anecdotes et souvenirs les plus marquants des deux dernières décennies, d'Iggy Pop à Depeche Mode en passant par Johnny Hallyday, Bruce Springsteen, Muse ou Neil Young.
  • Il se projette également sur la cuvée 2019 et sur ses rêves pour les programmations futures.

Le grand jour est arrivé à Carhaix (Finistère). Ce jeudi, Skunk Anansie, Zazie, Paul Kalkbrenner, Niles Rogers, Booba, Djamel Debbouze et bien d’autres donneront le coup d’envoi de la 28e édition des Vieilles Charrues. Près de 280.000 spectateurs sont encore attendus en quatre jours sur le site de Kerampuilh. Une vaste prairie que Jérôme Tréhorel arpentera de long en large pour la septième année consécutive.

Nommé à la tête du festival fin 2012, celui-ci a connu toutes les éditions des Vieilles Charrues depuis 1998 : d’abord comme bénévole, puis en tant que salarié et donc maintenant comme directeur. Il ouvre la boîte à souvenirs pour 20 Minutes.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de concert aux Vieilles Charrues ?

D’abord Iggy Pop [de retour cette année] en 1998, une des premières grosses têtes d’affiche du festival et une vraie légende sur scène. J’étais venu en grande partie pour lui. Puis, il y a eu la première édition sur quatre jours en 2006, avec la venue de Johnny Hallyday. Une énorme production! Ensuite, je dirais 2009 pour la date unique en France de Bruce Springsteen, un des artistes les plus légendaires qu’on ait accueillis.

Et je citerais aussi le concert dantesque de Muse sous l’orage en 2010 ou l’édition des 25 ans en 2016 avec les Pixies, Pharell Williams, Polnareff et une belle surprise, la reformation des ex-Téléphone. Enfin, Depeche Mode l’an dernier, encore un groupe légendaire !

Quel concert a été le plus inattendu et le plus surprenant ?

Justement le concert de Muse en 2010, qui revenait pour la troisième fois après 2000 et 2004. Il y avait eu une alerte de pluie orageuse le jeudi soir et on parlait d’annuler le concert. Sur dix groupes, neuf n’auraient pas joué mais eux si ! Il pleuvait carrément sur la scène et il y avait un mec qui essuyait leur batterie en direct. Avec l’orage, les trombes d’eau, les rafales de vent, les lasers qui scintillaient sous la pluie, le public trempé qui restait malgré tout dans la boue, ça avait rendu ce concert encore plus mythique ! Ce festival 2010 est entré dans la légende.

Quel a été votre plus gros coup de stress ?

On a tous les ans des difficultés à gérer mais je dirais que c’était ma première édition en tant que directeur, en 2013. À une semaine du début, Elton John a annulé pour des raisons de santé. Il a fallu gérer la communication de crise et lui trouver un remplaçant en catastrophe. On n’avait pas le choix, au coup d’envoi du festival, il fallait qu’on ait trouvé quelqu’un… Et pas n’importe qui car on parle quand même d’Elton John. Finalement, on a pu avoir Patrick Bruel.

Quels artistes ont été les plus compliqués à booker ?

Il y a eu Bruce Springsteen, Depeche Mode aussi car ça faisait 15 ans qu’on leur courait après. Mais le plus marquant, c’est sans doute Neil Young. Chaque année pendant 10 ans, on essayait de l’avoir… En vain. Et puis, en 2013, l’année suivant le décès de Jean-Philippe Quignon [l’emblématique coprésident des Vieilles Charrues] qui était un grand fan de Neil Young, on a enfin réussi à le programmer. C’était comme un coup de main venu d’ailleurs ! Un moment vraiment spécial pour tous les gens de l’équipe.

Quel a été votre plus gros couac en matière d’organisation ?

Quand Johnny est venu en 2006, c’était la première fois qu’on accueillait une aussi grosse production. C’était un autre type de spectacle avec un énorme décor de scène, son arrivée en hélicoptère… Mais à la fin de son concert, on n’a pas super bien géré la sortie du public car on s’est retrouvé avec 50.000 personnes qui partaient en même temps – dont pas mal de gens qui étaient venus spécialement pour Johnny. Depuis, on a largement calé ce genre de choses : en général, on met un artiste après la tête d’affiche du soir.

Quittez un instant votre casquette d’organisateur et replacez-vous dans la peau d’un spectateur lambda, amateur de musique. Quels artistes et groupes attendez-vous particulièrement cette année ?

L’un de mes coups de cœur, c’est Tamino, qui me fait penser à Jeff Buckley. Le concert de Black Eyed Peas promet également des moments magiques, ainsi que Nile Rogers le jeudi soir. Et il y aura aussi un petit moment délicat avec les reprises de Serge Gainsbourg par Jane Birkin, accompagnée d’un orchestre symphonique de 45 musiciens.

Les Black Eyed Peas (ici en concert à Londres le 14 juillet 2019) sont l'une des têtes d'affiches de la soirée de samedi aux Vieilles Charrues.
Les Black Eyed Peas (ici en concert à Londres le 14 juillet 2019) sont l'une des têtes d'affiches de la soirée de samedi aux Vieilles Charrues. - Perry Smylie/Mirrorpix/SIPA

Avec tous les grands noms déjà venus à Carhaix, qui rêvez-vous de faire jouer dans le futur ?

Le premier nom qui me vient en tête, ce serait Paul McCartney : une légende vivante, l’incarnation des Beatles et 2h30 de show incroyable sur scène ! Sinon les Rolling Stones, AC/DC, Coldplay… Mais on parle là d’artistes qui ne font que des stades et ne jouent presque jamais dans des festivals. Le budget pour les booker représenterait quasiment le budget complet de la programmation des Vieilles Charrues !

Des têtes d'affiche dans tous les styles

Difficile de faire une sélection exhaustive parmi les plus de 80 groupes et artistes programmés cette année. Au menu jeudi : Zazie, Skunk Anansie, Paul Kalkbrenner, Booba, Djamel Debbouze, Flavien Berger, Vald, Nile Rogers... Vendredi : Iggy Pop, Tears For Fears, Gainsbourg Symphonique & Jane Birkin, Aya Nakamure, Etienne de Crecy, Suzane... Samedi : Black Eyed Peas, Ben Harper, David Guetta, Odezenne, Boris Brejcha, Chloé... Dimanche : Primal Scream, Christine and the Queens, Hubert-Félix Thiéfaine, Tamino...

Retrouvez la programmation complète sur le site des Vieilles Charrues.