Décès de Johnny Clegg: «En Afrique du Sud, il a fait des merveilles pour la construction nationale»

LUTTE EN CHANSONS Richard Nwamba, présentateur radio basé à Johannesburg, a régulièrement croisé le chemin du chanteur. Il nous parle de son engagement

Propos recueillis par Marie-Laetitia Sibille

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Né au Royaume-Uni, c'est à l'âge de 6 ans que le chanteur arrive avec sa mère  à Johannesbourg.
Né au Royaume-Uni, c'est à l'âge de 6 ans que le chanteur arrive avec sa mère à Johannesbourg. — Denis Farrell/AP/SIPA

« Entre guitare et fusil, Jonathan a bien choisi, Ses chansons sont des pavés, Des brûlots, Qui donnent des ailes aux marmots. » Dans l’album Putain de camion, en 1988, Renaud par ces paroles rendait hommage à la lutte de Johnny Clegg, Jonathan de son vrai nom, contre l’apartheid. Depuis le décès de ce dernier, mardi 16 juillet, toute l’Afrique du Sud se remémore le courage du musicien, sa détermination et son engagement contre la ségrégation raciale. Richard Nwamba, présentateur radio basé à Johannesburg, a croisé plusieurs fois le chemin de Johnny Clegg. Il parle de ce chanteur révolutionnaire.

Johnny Clegg était né au Royaume Uni, loin de l’Afrique du Sud. Comment son engagement a-t-il commencé ?

Je pense que le fait qu’il soit né en Angleterre, où toutes les ethnies vivent ensemble, puis son arrivée en Afrique du Sud à l’âge de 6 ans, où il découvre un pays étrange, dans lequel les différentes ethnies ont été séparées par la loi, tout cela a dû être un choc pour lui. A ce moment-là, l’être humain qui était en lui a dû décider qu’il se battrait contre le système de l’Apartheid. Son désir d’embrasser la culture zouloue, ses fréquentes visites dans un foyer à Wemmer où les travailleurs migrants zoulous vivaient et dansaient le week-end, lui ont donné les outils nécessaires pour défier le régime raciste de l’Apartheid. A chaque interview qu’il donnait en tant que musicien, il était capable d’ouvrir une fenêtre sur son activisme politique.

Tout d’abord il y avait Johnny Clegg & Juluka, le concept dont le seul but était de promouvoir la culture zouloue et de mettre l’accent sur le multiracial. Puis il y a eu Johnny Clegg & Savuka à partir de 1987, pour sensibiliser le public aux excès du gouvernement d’Apartheid. C’est avec ce groupe qu’il a enregistré des chansons politiques telles que Asimbonanga (en zoulou, « Nous ne l’avons pas vu », qui fait référence à l’emprisonnement de Nelson Mandela), Impi (qui signifie « guerre » ou « formation de soldats ») et Scatterlings of Africa. Il savait que des chansons telles que celles-ci seraient interdites par le régime, mais il était prêt à tout risquer, même la mort, comme c’est arrivé au Docteur Neil Aggett, assassiné en février 1982.

En 1988, Johnny Clegg lors d'un concert au Zénith de Paris avec son groupe Savuka.
En 1988, Johnny Clegg lors d'un concert au Zénith de Paris avec son groupe Savuka. - FACELLY/SIPA
C’est précisément à cause de tout cela, et du rôle important que Johnny Clegg a joué dans la lutte contre l’apartheid que le nouveau gouvernement démocratique lui a décerné l’Ordre de l’Ikhamanga, la plus haute distinction qui puisse être donnée à un civil en Afrique du Sud.

Vous qui l’avez rencontré, quel homme était-il ?

Je l’ai trouvé très charmant, si bien qu’en tant que diffuseur, je me faisais un devoir de jouer sa musique aussi régulièrement que possible.

Que diriez-vous aux générations qui ont peu connu sa musique, pour leur donner envie de la découvrir ?

Je pense que pour les jeunes, il est un excellent modèle. Il était un professionnel accompli, totalement absorbé par son métier. Son embrassement des différents groupes raciaux en Afrique du Sud a fait des merveilles pour la construction nationale. Oui, chaque Sud-Africain était très fier de ce « Zoulou blanc » !