Sexe fictions : Hausse de l’infertilité, asexualité... L’espèce humaine risque-t-elle de s'éteindre ?

ANTICIPATION 3/3 Dans ce troisième épisode de notre série d'anticipation estivale, nous explorons les conditions de survie de l'humanité (rien que ça)

Laure Beaudonnet

— 

Des participants du Comic Con de New Delhi habillés avec le costume de The Handmaid's Tale, en décembre 2018.
Des participants du Comic Con de New Delhi habillés avec le costume de The Handmaid's Tale, en décembre 2018. — Altaf Qadri/AP/SIPA
  • Cet été, 20 Minutes se penche sur les sexualités futures : pratiques sexuelles, reproduction et changement des mentalités.
  • Pour ce troisième épisode, nous faisons le lien entre infertilité, asexualité et déclin de la civilisation.
  • Un monde comme celui décrit dans The Handmaid's Tale est-il envisageable?

La coiffe blanche de la servante écarlate est devenue le symbole d’un futur dystopique particulièrement réaliste et anxiogène. L’avènement d’une dictature de la fertilité où les femmes fécondes sont réduites à leur statut de ventre dont l’utérus est exclusivement prévu pour accueillir le bébé des familles dirigeantes (les Commandeurs et leurs femmes vêtues de vert). Alors que la troisième saison de Handmaid’s Tale, l’adaptation du roman d’anticipation de Margaret Atwood, vient de reprendre sur Hulu, 20 Minutes s’interroge sur les chances de survie de l’espèce humaine. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la question pourrait se poser.

Dans le monde réel, le taux d’infertilité ne cesse d’augmenter. Plusieurs études ont mis en évidence ces dernières années une baisse de la qualité du sperme des hommes d’ascendance européenne tandis qu’on observe des changements de mentalité. L’espèce humaine risque-t-elle de s’éteindre ?

Asexualité et infertilité

Prenons l’exemple du Japon, dont les dernières études sont pour le moins inquiétantes. Environ un trentenaire japonais sur 10 n’a jamais eu de relation hétérosexuelle et le nombre d’adultes sans expérience sexuelle augmente, selon une étude basée sur des données d’enquêtes nationales menée par l’université de Tokyo en avril dernier. Si l’enquête révèle qu’il ne s’agit pas toujours d’un choix des individus, elle vient confirmer une tendance qui avait déjà été mise au jour en 2011 par une étude du gouvernement nippon selon laquelle plus d’un tiers des jeunes Japonais de moins de 20 ans se disaient peu intéressés, voire dégoûtés, par les relations sexuelles. Une partie de la jeune génération de Japonais prône l’asexualité, tandis qu’une autre préfère carrément s’unir à des personnages virtuels.

Pas la meilleure méthode pour assurer la survie de l’espèce, d’autant que les taux de fertilité sont très bas. La population japonaise ne cesse de décliner. « L’Institut pour la population et la sécurité sociale (IPSS) évalue à 88 millions le nombre probable de Japonais en 2065, contre 126 millions lors du dernier recensement effectué en 2015 », peut-on lire dans un article du Monde publié en janvier 2018. Un déclin qui pourrait bouleverser l’économie entière du pays. Le Japon est-il la première étape avant une généralisation du décroissement de la population ?

La virginité à plus de trente ans semble être une spécificité du pays du soleil-levant. Mais, l’infertilité touche de nombreux autres pays. L’étude Human Reproduction Update, publiée en 2017, a mis en évidence une chute de près de 50 % de la concentration en spermatozoïdes au cours des 40 dernières années sur une population de 43.000 hommes (venus d’Amérique du Nord, d’Europe, d’Australie et de Nouvelle Zélande). Leur niveau restant toutefois dans la fourchette « normale » établie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le refus de faire des enfants

Les études ont démontré que les perturbateurs endocriniens sont en partie responsables de cette baisse de la fertilité. « Il y a un autre facteur anthropologique, pointe Philippe Brenot, psychiatre, anthropologue et sexologue, auteur de Pourquoi c’est si compliqué l’amour. Quand les populations augmentent, il y a des facteurs dont on ne connaît pas les mécanismes qui font baisser la fertilité de façon à réguler l’espèce. D’un côté, il y a l’écotoxicologie vraisemblable [le comportement et les effets d’agents « polluants » sur les écosystèmes], de l’autre côté, des facteurs de régulation qui font qu’à un moment donné les espèces sont moins fécondes ».

En parallèle, on peut observer un troisième frein directement lié à l'urgence climatique. Alors que la communauté scientifique fustige l’inaction des pouvoirs publiques face à l’urgence écologique, de nombreuses personnes remettent en question l’idée même de se reproduire. « De plus en plus de gens refusent de faire des enfants dans un monde par lequel ils vont mourir », poursuit Philippe Brenot.

Le climat, vraie menace pour l’espèce ?

Peut-on pour autant penser que l’humanité va dépérir ? « Non, parce que les espèces sont d’une puissance hallucinante », souligne l’anthropologue qui cite notamment la dérive génétique au hasard. « On peut voir une population redémarrer avec des caractéristiques qui paraissaient être des anomalies », insiste-t-il. S’il y a des facteurs de ralentissement et des taux d’infertilité en hausse, la France, par exemple, « a la fécondité la plus élevée des pays de l’Union européenne » avec 1,88 enfant en moyenne par femme, selon une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) publiée au mois de juillet. Notons que ce chiffre est proche du « seuil de remplacement des générations ».

La série portée par Elisabeth Moss sonne comme une mise en garde d’un futur possible. Si certains pays occidentaux s’engagent sur un terrain glissant avec des taux d’infertilité en hausse, l’humanité est loin d’avoir épuisé toutes ses ressources. Rappelons qu’un rapport de l’ONU prévoit une population mondiale de plus de 9 milliards d’ici 2065, et 11 milliards en 2100. Reste à savoir ce que nous réserve le courroux de la nature. L’étude sur le climat, publiée à l’été 2018 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PDF) estimait qu’une Terre à +4 ou +5°C ne pourrait pas abriter plus d’un milliard de personnes…. Le danger se cache peut-être plutôt du côté de la menace climatique…