Pourquoi les escaliers à longues marches nous cassent-ils autant les pieds?

ARCHITECTURE POUR LES NULS Vous avez déjà été confrontés à ces longues marches d'escalier presque plates qui cassent le rythme de votre démarche... On s'est demandé pourquoi ça existait 

Marie Gicquel

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Ces escaliers nous donnent une démarche ridicule.
Ces escaliers nous donnent une démarche ridicule. — Patrick BAZ

Ces marches longues et peu hautes ont déjà freiné vos promenades : il fallait allonger le pas, ou s’en tenir à des petites enjambées… Bref, elles donnent une démarche de gallinacés. Nous avons demandé à un architecte, Arthur Tournier, de nous en justifier l’existence.

Un escalier parfait ? Entre 60 et 64 cm

Il y a une règle pour dessiner un escalier et faire en sorte qu’il colle parfaitement au pas de l’homme. Typiquement, les escaliers du métro sont adaptés à la foulée humaine, on peut les monter et les descendre sans réfléchir. Pour qu’un escalier soit parfait, il faut que le résultat de la somme de deux fois sa hauteur et de la longueur soit compris entre 60 et 64 centimètres. (Vous suivez ?)

On appelle ces marches casse-cou des « pas-d’âne »

L’expression fait référence aux chemins de montagne : ces marches rampantes facilitaient le passage du bétail. Aujourd’hui, on les croise (on tente de les éviter plutôt) dans les espaces publics, les parcs, les jardins. La hauteur est très basse et la longueur très étendue.

Bon alors pourquoi ces marches existent ?

Selon Arthur Tournier, on les construit pour plusieurs raisons. La première (et évidente) se raccorde à la pente du terrain. L’escalier doit s’accommoder à l’environnement. Aussi, ces marches seraient aussi plus accessibles aux personnes à mobilité réduite : « ces escaliers sont plus doux et moins fatigants à monter que ceux conçus habituellement ». Ce faux plat permet de tirer un caddie par exemple (et on en revient au bétail d’avant).

Enfin le dernier critère se rapporte à l’esthétisme. Selon l’architecte, l’escalier serait plus élégant et se fondrait mieux dans un espace vert. Il éviterait surtout de casser le rythme de la démarche du promeneur.

Les escaliers, la bête noire des architectes

« Lorsqu’un architecte dessine une maison, il oublie toujours l’escalier ! » Voici la bonne blague sur les architectes (à ressortir la prochaine fois que vous en croisez un…) « C’est un des grands poncifs sur notre métier. Dessiner un escalier pour nous, c’est un exercice de style et chaque fois un petit défi ! »

Voilà, plus la peine donc de maudire les architectes la prochaine fois que vos pieds devront affronter ces escaliers en pas-d’âne.