Vegedream sort son nouvel album «Ategban».
Vegedream sort son nouvel album «Ategban». — FIFOU

INTERVIEW

Vegedream: «Je voulais vraiment sortir de l’image de chanteur pour le foot»

Un an après l’énorme succès de «Ramenez la coupe à la maison», l’artiste sort son nouvel album «Ategban» ce vendredi

  • Apres son énorme succès de l'été dernier Ramenez la coupe à la maison, en l'honneur des Bleus champions du monde, Vegedream sort son nouvel album Ategban.
  • Pour 20 Minutes, le chanteur est revenu sur sa folle année et les conséquences de son carton d'après Coupe du monde

Ce mercredi de juillet, ce n’est pas la coupe qu’on a ramenée à la maison, mais Vegedream à Planète rap. Car, à deux jours de la sortie de son nouvel album Ategban, le rappeur enchaîne les interviews et les émissions radio, auréolé de son tube planétaire qui a marqué à jamais le cœur des Bleus et des Français, il y a de ça un an (ça file oui). C’est donc dans son van noir aux vitres teintées, lunettes de soleil vissées sur le nez, en direction de Skyrock, que Vegedream a répondu aux questions de 20 Minutes.

Que signifie « Ategban », le titre de votre album ?

C’est une expression en Côte d’Ivoire qui signifie « ça chauffe pas », quoi qu’il arrive ça va aller. Par exemple, la Côte d’Ivoire va jouer contre l’Algérie [l’interview a été réalisée avant le quart de finale de la Coupe d'Afrique des Nations], on sait que ça va être compliqué mais « ategban ça chauffe pas ». Pour cet album, j’ai mis toutes mes forces dedans, de l’amour, du temps, du travail… Et quoi qu’il arrive pour moi ce sera un beau projet et une belle expérience.

Cet album mêle différentes influences, des sonorités africaines, du raï…

C’était important de représenter mes origines ivoiriennes, d’autant plus qu’on m’attendait vraiment au tournant. Mais j’ai voulu être plus large et faire des sons très variés. Dans ce projet, il y en aura pour tout le monde. J’ai essayé de réunir beaucoup de communautés, notamment la communauté maghrébine. D’autant que j’aime bien le raï, j’en ai beaucoup écouté étant plus petit, avec la vague « raï’n’b fever ».

Pour moi les femmes sont le centre du monde et sans elles, on serait bien dans la merde »

Au niveau des textes, il y a beaucoup de titres qui « ambiancent », et d’autres plus graves, comme « Ma chérie » qui parle d’une femme battue…

J’ai vraiment voulu parler de certains sujets importants. Pour moi les femmes sont le centre du monde et sans elles, on serait bien dans la merde. J’ai voulu aborder ce sujet parce que je connais quelqu’un à qui c’est arrivé, qui par amour a été aveuglée par ces choses qu’on ne devrait pas accepter, et heureusement quelqu’un l’a sauvée. Je trouvais dommage d’avoir peur de parler de certains sujets par crainte de ce que les gens peuvent dire. Moi je n’ai aucun tabou, je peux parler de tout aujourd’hui.

Vous signez aussi quelques feats, notamment avec Damso, qui a un rap beaucoup plus agressif que le vôtre. Comment avez-vous accordé vos univers ?

C’était ça justement le challenge. Moi je sais qu’on m’entend beaucoup en club, je suis quelqu’un que les gens aiment écouter pour s’ambiancer, et lui c’est l’inverse. Donc on s’est dit pourquoi ne pas allier les deux. Et dans ce son, moi je suis dans le débit, ce qu’il aurait pu faire, et lui chante de manière plus posée. C’est ça qui fait la magie de ce titre.

Le chanteur Vegedream lors des NRJ Music Awards 2018
Le chanteur Vegedream lors des NRJ Music Awards 2018 - Pierre Villard/NMA2018/SIPA

 

Avez-vous eu plus d’opportunités de travailler avec d’autres artistes depuis le succès de « Ramenez la coupe… » ?

Bien sûr, comme avec Damso. C’est quelqu’un de très convoité, et si aujourd’hui j’ai réussi à faire un featuring avec lui, c’est que j’ai frappé là où il fallait frapper. Damso, tu le vois comme ça il a l’air d’être très âgé, beaucoup plus mature, alors qu’on a le même âge. J’ai vraiment bien discuté avec lui de sa manière d’être, son univers, c’est quelqu’un de super intelligent, super posé dans sa tête, et qui est super mature.

Vous avez travaillé aussi avec Ninho sur le titre qui cartonne « Elle est bonne sa mère ». Comment est née cette chanson ?

Ninho est venu au studio avec son idée, il m’a dit « t’as vu la mélodie des Choristes ? Bah viens on réadapte ça, dans le refrain on dit "elle est bonne sa mère" et on tourne autour ». On a fait le son et à la fin j’ai dit qu’on tenait quelque chose. Je l’ai revu sur un festival, j’ai dit « t’es un sorcier, c’est un truc de fou ». On était dans le top des charts, c’était dingue.

Mais Ninho écoute les « Choristes » ?

Honnêtement, je ne sais pas. C’était très surprenant.

Est-ce que la femme de « Pourquoi tu fais ça ? » est la même que celle d'« Elle est bonne sa mère » ?

Non, celle de Pourquoi tu fais ça c’est une femme actuelle qui est là depuis des années, qui, par son amour, devient relou. Mais c’est celle qu’on a choisie. Celle d’Elle est bonne sa mère, c’est une femme dans les clubs.

Dans la chanson « Grâce à Dieu », vous le remerciez pour votre voix et votre tube. « Ramenez la coupe à la maison » c’était un cadeau de Dieu pour vous ?

Des gens ont essayé de faire la même chose, mais ce n’est pas possible, toutes les étoiles étaient alignées ! Les Bleus l’entonnent à l’Elysée, le lendemain on m’appelle pour la chanter au Stade de France… Un son que tu as écrit en dix minutes devient un truc légendaire… Je vais à Washington, je fais des concerts, les gens la connaissent comme s’ils l’avaient écrite. J’ai fait le tour du monde avec ce titre !

Qu’a changé « Ramenez la coupe à la maison » dans votre vie ?

Pratiquement tout. Mais c’est à double tranchant, pour un artiste c’est difficile de faire un tube comme ça, pour qu’après on puisse s’intéresser à autre chose. Il y aura forcément des « Ramenez la coupe c’était mieux ! », parce que c’était lors d’une victoire, tout était réuni. Mais pour les gens qui aiment ma musique et me connaissaient avant, ils continueront à me suivre quand même. Et pour ceux qui viennent de me découvrir, ils seront peut-être dans l’interrogation et se demanderont ce que je fais à côté de ça. C’est bénéfique mais un peu frustrant.

« Le son continuera à être chanté »

A quel moment vous êtes-vous rendu compte que ça allait rencontrer un tel succès ?

Quand Benjamin Mendy la chante à l’Elysée. Je me suis dit qu’il allait se passer un truc de dingue.

On en pense quoi du flow de Benjamin Mendy d’ailleurs ?

(Rires) La musique venait de sortir, il ne faut pas lui en vouloir !

Vous sortez cet album quasiment un an jour pour jour après la victoire des Bleus à la Coupe du monde et donc « Ramenez la coupe à la maison ». Une façon de célébrer ces succès ?

Si je vous dis la vérité, vous ne me croirez pas : ça n’a rien à voir ! Ce n’est pas moi qui ai choisi la date, on s’est rendu compte que ça collait, et on s’est dit que ça allait peut-être nous porter chance !

Avez-vous écouté la reprise algérienne « Jibou à la maison » ?

Oui, franchement c’est marrant mais des trucs comme ça, ça n’arrive qu’une fois tous les 10-15 ans. Tu ne peux pas le refaire, c’est impossible ! La Fédération française de football m’a demandé de refaire la même chose pour les joueuses de l’équipe de France, on me l’a demandé pour le tennis, pour plein de choses. J’ai refusé parce que je voulais vraiment sortir de l’image de chanteur pour le foot. Et puis là, j’aurais chanté pour l’équipe de France féminine, on aurait perdu, et je serais blasé de fou.

Et pour l’Euro 2020 ?

Ramenez la coupe sera toujours là, le son continuera à être chanté. C’est là où c’est intelligent, c’est là que c’est fait pour toutes les compét' si jamais on gagne.

Pensez-vous qu’on vous entendra encore dans 20 ans, comme Gloria Gaynor ?

Sûrement. Je pense vraiment parce que là, j’ai déjà l’impression que c’était hier. Il y a toujours la même ferveur quand je la chante en concert, les gens apprécient toujours.