69 année érotique: Chatte, câlin et «dirty»... Les rapports qu'entretiennent les rappeurs avec l'érotisme

69 DANS TOUS LES SENS (4/5) Cet été, « 20 Minutes » célèbre les 50 ans de 1969, année de tous les fantasmes

Clio Weickert

— 

Certains rappeurs aiment bien parler de chattes dans leurs chansons.
Certains rappeurs aiment bien parler de chattes dans leurs chansons. — Gerard Lacz / Rex Featu/REX/SIPA
  • Si 2019 marque le demi-siècle des premiers pas de l’homme sur la Lune, elle célèbre également les 50 ans de 1969, année érotique.
  • Films pour adultes, cinéma, télévision… A l’occasion de cet anniversaire, « 20 Minutes » questionne cet été les manifestations de l’érotisme à travers la culture populaire.
  • Le quatrième épisode de cette série analyse le rapport à la sexualité dans les textes de rappeurs français de 2019.

Attention, âmes sensibles s’abstenir, quelques termes obscènes apparaissent dans les lignes qui vont suivre. Mais rappelons que Verlaine et Rimbaud cultivaient un certain penchant pour le langage fleuri.

« Niquer des mères », « la chatte en confiture », « la chatte à ta mère »… Une chose est sûre, dans le rap, on aime beaucoup les minous, les mamans, et les gros mots. Et ce n’est pas Booba qui dira le contraire. « Sa mère ne m’aime pas, elle dit qu’j’dis trop d’obscénités », assène-t-il dans le titre PGP. Mais les rappeurs sont-ils vraiment des obsédés ?

Cet été, 20 Minutes célèbre les 50 ans de 1969, année de tous les fantasmes (pas la peine de vous faire un dessin non ?), et se penche sur la représentation de l’érotisme à travers la culture, l’occasion de questionner ce cliché de la vulgarité qui colle au rap.

Deux « culs » sur 4.300 mots

Pour cela, nous avons sélectionné huit titres au hasard parmi les 30 chansons rap les plus écoutées sur Spotify depuis le début de l’année : PNL, Ninho, Heuss l’enfoiré, Niska, Lomepal, Booba, Bramsito et Orelsan. Dans un premier temps, dans un esprit statistique (grosse modo), nous avons listé les termes et les expressions liées à la sexualité et désignant des organes sexuels dans les paroles. Ces textes regorgent-ils de mots tous plus grossiers les uns que les autres ? Pas tant que ça. Sur 4.300 mots environ, apparaissent seulement trois « couilles » (dont deux « bats les couilles » dans Au DD de PNL), deux « cul », une « bite », une « schnek », une « teuch » (deux mots d’argot pour désigner le sexe féminin), un « fesses ». Et quid des verbes d’action ? Un « caresse », un « encule », un « niquage », un « j’éjacule » – dans l’expression « j’éjacule du style »-, trois « baise » et trois « nique ta mère ». Et c’est tout, ce qui nous paraît tout à fait raisonnable.

Notons aussi qu’étonnement, l’expression « faire l’amour » revient deux fois, dans deux chansons différentes, Trop beau de Lomepal et Rêves bizarres d’Orelsan et Damso. Enfin, l’OVNI de ces textes est décerné aux termes « période d’ovulation », employés par Booba dans Sale Mood avec Bramsito. « Faut à tout prix que je me retire c’est sa période d’ovulation », explique-t-il. Saluons donc l’intérêt de B2O pour le fonctionnement du corps féminin, car lui visiblement, sait très bien comment on fait les bébés.

Coquinous vs calinous

Le choix du vocabulaire et la récurrence de certains termes est une chose, mais dans le fond, comment ces artistes parlent-ils de l’amour et du plaisir de la chair ? Deux grosses tendances se dégagent : les calinous sentimentaux et les coquinous sans attache. Deux profils qui peuvent se côtoyer au sein de la même chanson. Dans Médicament par exemple, Niska se lance avec un « baby mama est trop têtue, elle veut des bisous pas des chaussures », et Booba débarque ensuite avec un « ce soir je vais lui faire du dirty ["faire du sale", en français], c’est normal que je paye l’addition ». On tempère d’un côté, on s’exécute de l’autre. Mais ne réduisons pas Booba à un monstre sans cœur. Dans PGP, le rappeur dévoile même l’une de ses faiblesses : « J’t’l’ai mise dans l’c** sur un son de cain-ri, je n’peux plus t’oublier ». Oui c’est vulgaire, oui ça sort de nulle part, mais gardons à l’esprit que la personne en question peut y voir une forme de déclaration et peut être touchée par ces mots.

Dans la catégorie calinou on retrouve Niska, en belle position avec la punchline « les policiers veulent nos kilos et ma chérie veut des câlins », mais aussi Lomepal qui dans sa chanson d’amour Trop beau, déclare, « on se déteste tellement qu’on refait l’amour/Parce que c’est comme de la drogue on a de quoi planer ». A l’inverse, si Damso balance dans Rêves bizarres un sage « faire l’amour sans intervenant » (on exclut le plan à trois donc), il déclare quelques lignes plus tard « Sale, sale, sale, j’croise un mannequin de la Croisette/Dans sa shnek, j’f’rai la causette, comme un air de Juliette Odette ». Une fois encore, certains verront le verre à moitié vide, d’autres à moitié plein, mais retenons que Damso se penche au moins sur le plaisir féminin. Et qui est Juliette Odette ? Aucune idée.

L’érotisme « au DD »

Le recours au champ lexical de la sexualité le plus intéressant est peut-être celui de PNL et de la chanson Au DD, extrait de leur dernier album Deux frères. Hormis un facile « elle veut la bise, elle veut que j’la baise », les deux rappeurs file la métaphore de l’amour pour décrire leur rapport au monde. « Bats les couilles l’Himalaya, bats les couilles je vise plus le sommet », en intro, ou encore « Toujours dans mon 9-1 parce que je suis baisé par Paname » dans le 2e couplet, pour décrire une certaine désillusion. On sèche un peu sur une autre punchline, extraite du premier couplet : « Je connais la route je connais l’adresse, je t’en**** sur le continent d’Hadès ». Qui est « t' » ? Et pourquoi sur le continent d’Hadès en particulier ? Et que vient faire le Dieu des enfers dans cette histoire ?

Si nous devions remettre la palme de la plus belle métaphore sexuelle de ce corpus de textes, elle reviendrait à Ademo : « J’vis dans un rêve érotique, où j’parle peu mais je caresse le monde ». Oui, le rap peut se faire sensuel et poétique, n’en déplaise au rageux.

 

20 secondes de contexte

Les huit titres analysés sont :

  • Au DD de PNL.
  • Goutte d’eau de Ninho.
  • Khapta de Heuss l’enfoiré (feat. Sofiane).
  • Médicament de Niska (feat. Booba).
  • Trop beau de Lomepal.
  • PGP de Booba.
  • Sale Mood de Bramsito (feat. Booba).
  • Rêves bizarres d’Orelsan (feat. Damso).