Coup de théâtre au procès de Kevin Spacey, qui pourrait être annulé

JUSTICE Son accusateur a interrompu son témoignage lundi, par peur de s'incriminer, et le juge a donné une semaine au procureur pour décider de la suite

Philippe Berry

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L'acteur Kevin Spacey au tribunal de Nantucket, dans le Massachusetts, lors d'une audience préliminaire le 3 juin 2019.
L'acteur Kevin Spacey au tribunal de Nantucket, dans le Massachusetts, lors d'une audience préliminaire le 3 juin 2019. — Steven Senne/AP/SIPA

Kevin Spacey évitera-t-il un procès pour agression sexuelle ? L’unique dossier pénal contre l’acteur américain a pris un sérieux coup lundi, après que son accusateur a interrompu son témoignage à la barre de peur de s’incriminer. Le juge n’a pas annulé le procès mais donné une semaine au procureur pour décider de maintenir ou d’abandonner les poursuites, notant que sans le témoignage de l’accusateur, le jury se trouverait dans une situation complexe.

Il y a quelques jours, l’accusateur avait déjà abandonné les poursuites au civil sans explications – sa mère a affirmé qu’il n’y avait pas eu d’accord financier avec Kevin Spacey, expliquant que son fils vivait un « grand huit émotionnel ».

Kevin Spacey absent des débats

L’acteur de 59 ans, dont la carrière a implosé depuis les premières accusations d’agressions sexuelles portées contre lui en novembre 2017, n’était pas présent à l’audience lundi sur l’île de Nantucket, dans le Massachusetts. C’est dans cette station balnéaire très prisée de la jet-set que la vedette de la série House of Cards et du film American Beauty est accusée d’avoir, en juillet 2016, mis la main sur le sexe d’un jeune homme de 18 ans employé dans un bar, après l’avoir fait boire.

Son inculpation pour attentat à la pudeur et agression dans cette affaire est intervenue fin 2018, après que plusieurs autres allégations d’agressions sur de jeunes hommes ont émergé dans le sillage du mouvement #MeToo. Aucune des autres accusations, aux Etats-Unis et à Londres, n’a débouché sur des poursuites pénales pour l’instant.

Le téléphone de l’accusateur a disparu

Dans le dossier du Massachusetts, le téléphone portable de l’accusateur est crucial : l’accusateur l’a utilisé pour filmer l’agression présumée, et la commenter par SMS avec sa petite amie de l’époque et un groupe d’amis. Or ce téléphone, que la défense veut pouvoir examiner, a disparu, ont confirmé lundi le jeune homme et ses parents, tous appelés à témoigner lors de l’audience.

Un policier a affirmé l’avoir rendu à la famille après en avoir extrait toutes les données, mais a reconnu n’avoir pas demandé de récépissé. La famille indique ne l’avoir jamais récupéré.

Interrogé longuement sur ce qu’il avait fait du téléphone et des messages, le jeune homme a assuré ne rien avoir effacé. Mais, averti que toute manipulation du téléphone pouvait lui valoir des poursuites, il a ensuite invoqué le 5e amendement de la Constitution américaine, qui permet à un témoin de garder le silence pour ne pas risquer de s’incriminer.

Des SMS effacés

La mère du jeune homme, une présentatrice de télévision connue de la région de Boston, Heather Unruh, a, elle, reconnu à la barre avoir effacé certaines images potentiellement embarrassantes du téléphone avant de le remettre à la police. Elle a assuré n’avoir rien effacé qui soit lié à l’agression présumée.

Mais l’avocat de Kevin Spacey, Alan Jackson, a insinué que des SMS dans lesquels le jeune homme – fan de Kevin Spacey – aurait laissé entendre qu’il était consentant avaient été supprimés. Le juge n’a pas pris de décision lundi, mais la défense a prévenu qu’elle allait demander rapidement l’abandon des poursuites. « Tout le dossier est compromis », a affirmé l’avocat Alan Jackson. Le procureur n’a pas exclu un abandon, mais a demandé au juge « une semaine » pour décider.