VIDEO. «Final Fantasy XIV»: «Avec "Shadowbringers", nous pouvons enfin faire le jeu "Final Fantasy" que nous voulions»

INTERVIEW Malgré ses 16 millions de joueurs et une série live en préparation, le jeu et l'univers «Final Fantasy XIV» restent méconnus, son créateur Naoki Yoshida joue les guides

Propos recueillis par Vincent Julé

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Avec l'extension «Shadowbringers», le jeu en ligne «Final Fantasy XIV» passe à la vitesse supérieure, et à la conquête du grand public
Avec l'extension «Shadowbringers», le jeu en ligne «Final Fantasy XIV» passe à la vitesse supérieure, et à la conquête du grand public — Square Enix
  • Moins connue du grand public, la déclinaison MMORPG de Final Fantasy vient de passer la barre des 16 millions de joueurs.
  • Sony a annoncé que son univers et ses personnages serviront d’inspiration pour la toute première série live Final Fantasy.
  • 20 Minutes a demandé à Naoki Yoshida, producteur et directeur créatif de Final Fantasy XIV Online, de présenter la sortie de la nouvelle extension, Shadowbringers.

Naoki Yoshida a la bougeotte. Le producteur et directeur créatif de Final Fantasy XIV Online a ainsi enchaîné Las Vegas, Paris et Tokyo dans le cadre des Fan Fest, puis est passé par l’E3 de Los Angeles avant de revenir à Paris pour Japan Expo, où il a donné une conférence et joué les jurés d’un concours de cosplay. Si la franchise Final Fantasy n’est plus à présenter, avec des jeux entrés dans la légende comme FFVII, sa déclinaison MMORPG est moins connue du grand public. Elle vient pourtant de passer la barre des 16 millions de joueurs, et Sony a annoncé que son univers et ses personnages serviront d’inspiration pour la toute première série live Final Fantasy.

Il était donc temps de découvrir le monde d’Éorzéa, et 20 Minutes a demandé à Naoki Yoshida de servir de guide lors de sa venue à l’E3 de Los Angeles et à l’occasion de la sortie de la nouvelle extension, Shadowbringers.

Avec son contenu et surtout son histoire, l’extension Shadowbringers peut-elle être considérée comme un jeu dans le jeu ?

Final Fantasy XIV a connu une histoire pas comme les autres. Lorsqu’il a été lancé en 2010, je ne faisais pas partie de l’équipe d’origine. J’ai été appelé à la rescousse après, et cela a donné le reboot A Realm Reborn. Il y a six ans déjà. Or, ce n’est que maintenant que nous commençons à nous sentir enfin libres. Le jeu était encore jusqu’à récemment comme restreint, retenu à ce passé, cet échec, et au travail qu’il a fallu pour le relancer. Nous pouvons enfin – et je parle pour moi comme pour toute l’équipe –, faire le jeu que nous voulions vraiment. Même si FFXIV est un MMORPG, il reste un Final Fantasy, et l’histoire et la narration sont primordiales. Peu de jeux en ligne leur accordent cette importance. Je suis donc fier que Shadowbringers aille plus que jamais dans ce sens.

Vous jouez avec les attentes des joueurs, en inversant l’habituel combat entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres.

Nous voulions prendre des éléments que les joueurs prennent pour acquis, et les proposer sous un nouveau jour. La lumière par exemple. Elle est habituellement, instinctivement, associée au bien, voire au divin. Mais si cette lumière était trop forte, trop présente, au point de devenir dangereuse pour le monde ? L’idée de Shadowbringers est ainsi, dès son titre, de ramener l’obscurité, et avec elle l’équilibre pour sauver le monde de la destruction. Cela permet de questionner des valeurs comme la justice, le bien et le mal, etc.

« Heavensward », « Stormblood » et maintenant « Shadowbringers »… Comment décidez-vous qu’il est temps de sortir une extension de « FFXIV » ?

Nous avons mis tous ces efforts pour faire vivre FFXIV, moi, les développeurs, mais aussi les joueurs. Shadowbringers est donc aussi une manière de les remercier, surtout ceux qui sont avec nous depuis le début, qui nous ont soutenus dans les moments difficiles. Or, comment les récompenser ? Je suis moi-même un gros joueur de MMO, et je sais qu’en plus des mises à jour régulières, du contenu au quotidien, il faut incorporer des éléments signifiants, qu’il s’agisse de gameplay ou de campagne.

Or, cela demande du temps, jusqu’à deux ans, et il m’est difficile de l’imaginer sous la forme d’un simple patch. Le jeu n’est plus vraiment le même, l’expérience non plus. Il faut que ce soit un événement. Et, disons-le, c’est aussi l’occasion de faire de la promotion, de s’inviter dans l’actualité, de montrer que nous sommes toujours là, toujours plus forts, et ainsi attirer de nouveaux joueurs. Enfin, FFXIV a des revenus constants, mais nous avons aussi besoin d’un certain budget, donc une extension payante est un bon moyen de réinvestir et continuer la saga telle que nous l’imaginons.

Un joueur peut-il commencer « FFXIV » avec « Shadowbringers » ?

Il peut en effet poursuivre certains items avec l’argent : les contes de jobs pour atteindre le niveau actuel, le niveau 70, et les contes d’aventures, pour connaître et passer l’histoire. [si vous êtes perdu, un petit guide existe] Mais il peut aussi commencer depuis le début, depuis A Realm Reborn, et avancer à son rythme, plus ou moins rapidement [comptez quand même une petite centaine d’heures]. Mon but est simple, continuer le jeu le plus longtemps et avoir le plus de joueurs possible.

Vous accordez une place importante au fan service, dans le jeu et hors du jeu. Comment trouver l’équilibre ?

Ce n’est pas difficile pour moi, parce que je suis non seulement créateur, mais aussi gamer et fan. Si développeurs et joueurs jouent au même jeu, pourquoi ne pas partager l’expérience au-delà du jeu lui-même ? C’est plus excitant. C’est pourquoi nous organisons autant d’événements in real life. A l’intérieur du monde de Final Fantasy, nous nous éclatons comme des petits fous. Mais qu’en pense l’extérieur, le grand public ? Les Fan Fest sont ainsi une manière d’exprimer notre passion, notre fierté, qu’elles se voient aux yeux de tous. Il faut juste que les joueurs n’aient pas l’impression que l’on passe plus de temps à s’amuser qu’à travailler. C’est la ligne à ne pas franchir. (rires)

Quel est votre jeu Square Enix préféré ? Hors « Final Fantasy », ce serait trop facile.

J’aime beaucoup Tactics Ogre, Chrono Trigger… et il faut que ce soit forcément après la fusion Square et Enix ? Car il y a un titre Enix que j’adore : Dragon Quest. Lorsque j’ai découvert Super Mario, j’ai décidé que je voulais créer des jeux vidéo. Mais après avoir joué aux premiers Dragon Quest, j’ai aussi compris que je pouvais raconter une histoire, et la partager avec le monde.