69 année érotique: La position du tête-bêche passée au crible du cinéma pour adultes

69 DANS TOUS LES SENS (2/5) Cet été, « 20 Minutes » célèbre les 50 ans de 1969, année de tous les fantasmes

Clio Weickert

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Oui, on sait, ce n'est pas un 69.
Oui, on sait, ce n'est pas un 69. — DELAGE JEAN-MICHEL/SIPA
  • Si 2019 marque le demi-siècle des premiers pas de l’homme sur la Lune, elle célèbre également les 50 ans de 1969, année érotique.
  • Films pour adultes, cinéma, télévision… A l’occasion de cet anniversaire, « 20 Minutes » questionne cet été les manifestations de l’érotisme à travers la culture populaire.
  • Le deuxième épisode de cette série s’intéresse à la position sexuelle « 69 », passée au crible de réalisateurs et réalisatrices de films pornographiques.

L’art du tête-bêche. Le 20 juillet prochain, le monde entier (ou presque) célébrera le demi-siècle des premiers pas de l’homme sur la Lune. Mais les 50 ans de 1969, c’est aussi l’occasion de s’intéresser à la face cachée de cette année érotique, objet de tous les fantasmes. Pour ce deuxième épisode de la série, entrons dans le vif du sujet, avec la position du… 69.

Six + neuf = ?
Six + neuf = ? - DURAND FLORENCE/SIPA

Contrairement au « triangle lumineux » ou au « cadenas », pas besoin d’avoir fait maths sup' pour comprendre où on veut en venir… Mais pour les nullos en arithmétique, l’idée c’est que la petite queue du 6 fait un bisou sur la tête du neuf qui fait lui-même un bisou sur la tête du 6. Ou est-ce l’inverse ? Bien entendu, ça fonctionne aussi avec deux 6 ou deux 9… Par contre, s’il y a trois 6, ou trois 9, ou deux 6 et un 9, ça reste toujours un 69 ? Mais surtout, un 6 vaut-il un 9 dans cette position ? Après avoir retourné la question dans tous les sens, le mieux était encore de se tourner vers des experts en la matière. Cédric Villani n’étant pas dispo, ce sont deux professionnels du cinéma pour adultes qui se sont penchés pour nous sur le 69 : Hervé Bodilis, réalisateur pour Dorcel notamment (French conneXion), et Carmina, rédactrice en cheffe du site Le tag parfait, réalisatrice de films pornographiques indé et performeuse.

C’est un casse-tête le 69 ?

Si on a tendance à se compliquer la vie pour rien (à l’échelle de l’univers en tout cas), le 69 fait preuve d’une véritable complexité, surtout d’un point de vue pornographique. « C’est une position assez inconfortable pour celui qui est en dessous, puisqu’il faut qu’il relève la nuque pour atteindre avec la bouche l’organe de la personne, analyse le réalisateur. Le premier truc, il faut trouver un bon coussin ! C’est très important. Quand vous avez ce super coussin, il faut savoir qui vous mettez en haut et qui vous mettez en dessous, généralement vous laissez les acteurs se débrouiller entre eux, selon ce qu’ils aiment. » Mais la question d’un éventuel torticolis n’est pas le seul problème du 69.

« C’est l’une des positions les plus techniques à filmer parce que ce qui nous intéresse c’est de capter des émotions, poursuit-il. Evidemment, quand les gens ont le visage l’un près de l’autre, vous pouvez les saisir. Là c’est loin d’être le cas, ils ont les visages qui traduisent des émotions, mais complètement à l’opposé… Généralement il faut ajouter un cameraman en plus pour pouvoir la filmer. » Même son de cloche du côté de Carmina. « Dans mes films j’aime bien avoir les visages et les expressions, et le problème c’est que dans un 69, on n’a pas l’expression des visages puisqu’en général ils sont occupés à faire autre chose… » précise-t-elle. Logique.

S’agit-il d’une belle position ?

Comme pour beaucoup de choses dans la vie, ce serait dommage de s’arrêter devant la moindre difficulté. Comme l’ascension du Mont-Blanc, le paysage vaut-il le coup d’œil malgré un chemin semé d’embûches ? « Cela peut donner des choses très graphiques, c’est joli de voir les corps emmêlés, estime Carmina. On peut aussi évidemment faire des gros plans d’un côté ou de l’autre et alterner. Chez Erika Lust par exemple, il y a un 69 très sympa au coin du feu dans Sex and sensibility. » Mais une fois encore, des problèmes anatomiques de taille complexifient les tournages. « D’un point de vue esthétique, il y en a un qui baisse la tête et vous ne voyez que son front, et il y en a un qui lève la tête et qui est pris entre les cuisses de l’autre, vous ne voyez pas grand-chose », constate Hervé Bodilis, un poil dubitatif.

Et si la solution était peut-être de décadrer le regard (comme souvent) ? « Allongé sur le côté c’est parfois mieux. J’en ai vu un récemment dans un court-métrage avec un plan vu de haut, probablement filmer au drone, c’était très visuel, se souvient Carmina. Ça peut faire de très belles choses mais c’est difficile à faire et à filmer. »

La position la plus égalitaire du Kama-sutra ?

Dernier point, mais non le moindre, le 69 a-t-il au moins pour lui la garantie d’un plaisir partagé et égal ? Pour nos experts, la réponse est non. A partir du moment où « l’un est au dessus, l’autre au dessous, que l’un doit lever la tête et l’autre pas, la position n’est pas égalitaire », estime Hervé Bodilis. « Les personnes sont au taquet au même moment mais je ne suis pas sûre que ce soit forcément égalitaire, estime quant à elle la réalisatrice. Après on peut être déconcentré par l’autre et ça peut mettre un peu de piment parce qu’il faut réussir à se concentrer, et ce n’est pas toujours facile… Il y a un petit défi, c’est comme un jeu. »

Conclusion ? Le 69 ne casse pas trois pattes à un canard. « Le nombre est synonyme d’érotisme, il y a un côté mythique… C’est un truc rigolo, une position sur laquelle on fait des blagues, mais au final je me demande si ce n’est pas un peu surcoté », s’interroge Carmina. Quand on vous dit que vous avez bien fait d’opter pour un bac L.