Jane Birkin et Serge Gainsbourg, icônes de ces années érotiques.
Jane Birkin et Serge Gainsbourg, icônes de ces années érotiques. — SIPA

69 DANS TOUS LES SENS (1/5)

Erotisme: L'année 1969 a-t-elle été si érotique que ça?

Cet été, « 20 Minutes » célèbre les 50 ans de 1969, année de tous les fantasmes

  • Si 2019 marque le demi-siècle des premiers pas de l’homme sur la Lune, elle célèbre également les 50 ans de 1969, année érotique.
  • Films pour adultes, cinéma, télévision… A l’occasion de cet anniversaire, « 20 Minutes » questionne cet été les manifestations de l’érotisme à travers la culture populaire.
  • Le premier épisode de cette série se penche sur l’année 1969. Transpirait-elle vraiment le stupre et l’érotisme ?

Soixante-neuf, année érotique. Des transistors aux plateformes de streamings, voilà 50 ans que résonnent la voix rauque de Serge Gainsbourg et les intonations lascives de Jane Birkin, célébrant la sensualité de cette fin des sixties. Ou plutôt 51 ans pour être précis, car c’est en 1968 que naît l’hymne de l’érotisme, après la rencontre des deux icônes sur le tournage du film Slogan.

Coquins et subversifs, Serge et Jane projettent alors tous leurs fantasmes sur 1969. Car au-delà d’une année au nombre sans équivoque, promesse d’entrelacements des corps et de plaisirs partagés, 1969 était-elle particulièrement sensuelle et érotique ?

« Quand tu ne te sens plus chatte et que tu deviens chienne »

En 1969, comme depuis quelques années déjà, les corps des femmes se dévoilent peu à peu. Sur la plage avec le bikini, qui débarque après-guerre, en 1946, et en ville avec la minijupe, que Courrèges popularise en 1965. Les seins quant à eux se libèrent à la fin des années 1960 avec le mouvement féministe qui à défaut de les brûler, jette les soutiens-gorges à la poubelle. Au cinéma, une chape de plomb s’évapore, notamment avec la disparition du code Hays en 1966 qui interdisait à Hollywood la représentation des « scènes de passion ». La sexualité se fait donc plus présente dans les salles obscures. Et si outre-Atlantique, la décennie des sixties ne dément pas le succès de Playboy créé en 1953, en France, c’est dans les pages de Lui dès 1963, que les femmes se dénudent.

Enfin, n’oublions pas Johnny, qui dans un tout autre registre que celui de Jane et Serge, célèbre aussi l’amour charnel, en scandant des « quand tu ne te sens plus chatte et que tu deviens chienne » dans Que je t’aime, immense tube de 69.

« Effectivement on voit davantage de sexualité dans les médias, dans les films etc. confirme Bibia Pavard, historienne et autrice du Que sais-je ? sur Mai 68. On observe le desserrement d’un certain nombre de normes qui venaient de l’état, la famille, l’église, et la volonté d’agir contre ces normes qui contraignaient les individus ».

« Jouissons sans entraves »

Car 1969 pour les Français, c’est aussi le lendemain de la tumultueuse 1968, synonyme de révolte, de désir de liberté et de libération des mœurs. Dans ce domaine, les mots d’ordre sont simples, directs : « Faites l’amour pas la guerre » et « Jouissons sans entraves ». Le signe d’une véritable « libération sexuelle » ? « Le terme de "libération" est toujours problématique pour les chercheurs parce que ça donne l’impression que tout d’un coup, il y a une levée des interdits et des normes autour des questions de sexualité, ce qui n’est évidemment pas le cas, explique Bibia Pavard. Je préfère le terme de "révolution sexuelle", dans le sens où dans les années 1960-70, on va questionner la sexualité en termes politiques, en faire des enjeux qui touchent à la place des jeunes dans la société, à l’oppression et l’aliénation des individus par la société capitaliste et de consommation. »

On s’interroge notamment sur la sexualité féminine. Le développement de la sexologie et différentes études comme les Rapports Kinsey réalisés dans les années 1950 ou les études de William Masters et Virginia Johnson (dont est inspirée la série Masters of Sex), mettent en lumière le plaisir clitoridien (et il était temps). De même, le mouvement féministe va prendre part au débat en questionnant les rapports de domination homme/femme dans les relations sexuelles, l’érotisation du corps des femmes mais aussi aspirer à la reconnaissance de sexualités diverses et à l’acceptation de l’homosexualité.

Image extraite de la saison 2 de «Masters of Sex».
Image extraite de la saison 2 de «Masters of Sex». - Copyright Showtime Networks Inc.

On observe aussi d’importantes avancées sociétales, dont le vote en 1967 de la loi Neuwirth qui autorise l’usage de la contraception. Dans les faits elle ne prend effet que dans les années 1970, et il est même interdit d’informer les gens sur cette question. Apparu en 1960, le planning familial jouera dans ce domaine un rôle crucial, se battant pour la libéralisation de la contraception et l’éducation sexuelle à l’école. En d’autres termes, les corps et les esprits se libèrent, peu à peu (précisons tout de même qu’à cette époque l’avortement est encore interdit, la loi Veil datant de 1975).

Frémissements érotiques

Alors, peut-on donc dire que l’année 1969 a sonné le début de la fête du slip ? Pouvait-on assister à de spectaculaires orgies de femmes et d’hommes qui jouissaient sans entraves ? Non. Calmons-nous, à la fin des années 1960, on est encore très attaché à la tradition et au mariage, entre un homme et une femme. Des femmes qui restent dévouées à leur mari, et à leur plaisir. « Des milieux restent très conservateurs, certains ne sont même pas touchés par ce qu’on appelle la "révolution sexuelle", précise Sylvie Chaperon, historienne des femmes et du genre, professeure à l’université de Toulouse Jean Jaurès. Par contre, dans les milieux militants, alternatifs, il y a une remise en question de l’ordre sexuel traditionnel, mais ça reste assez étroit socialement parlant ». Et quid de l’homosexualité ? « Dans les années 1960 on reste dans une vision très majoritairement négative de l’homosexualité, comme étant au mieux une pathologie, au pire un vice », ajoute-t-elle. La décennie suivante, le mouvement féministe, avec le MLF, et des militants pour la cause homosexuelle, comme le FHAR, s’empareront de ces questions et se battront pour une véritable libération des corps et des esprits.

Et l’érotisme dans tout ça ? « 1969 n’a pas été une année particulièrement érotique, estime Sylvie Chaperon, mais disons que commençait déjà à se ressentir la libéralisation des mœurs. C’est surtout lié à l’émergence de la jeunesse, de ces enfants du baby-boom qui s’expriment, qui ont leurs propres médias, leurs propres chansons… Une culture de la jeunesse apparaît vraiment à la fin des années 1960, et on assiste finalement aux frémissements de ce qu’on appellera la révolution sexuelle ». Soixante-neuf, année de frémissements érotiques.

 

Que s’est-il passé en 1969, en France et ailleurs ?

Pêle-mêle (c’est de circonstances) : Après la démission du Général de Gaule, Pompidou accède à la présidence et ouvre le gouvernement Chaban-Delmas. André Malraux quant à lui, quitte le ministère de la Culture après neuf ans de règne. Outre-Atlantique, les Américains se tournent vers Nixon en pleine guerre du Vietnam et neuf mois avant la mort du fondateur du Parti communiste vietnamien Hô Chi Minh. Quelques semaines plus tôt, le mouvement hippie rendait l’âme lors du mythique festival de Woodstock, trois mois avant que l’homme ne plane pour la première fois sur la surface de la Lune. Enfin, dans les salles obscures le couple mythique du cinéma français Alain Delon et Romy Schneider crève l’écran dans La Piscine quand Johnny Hallyday embrase les jeunes à coups de Que je t’aime (meilleure vente singles de l’année).