«Mektoub my love»: Abdellatif Kechiche prêt à faire des coupes dans une scène de cunnilingus

CINEMA L’agent de l’actrice Ophélie Bau se réjouit que sa cliente puisse « visionner la séquence en question et (…) indiquer quels plans elle voudrait éventuellement voir supprimer »

20 Minutes avec AFP

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Le réalisateur Abdellatif Kechiche lors de la conférence de presse de «Mektoub My Love: Intermezzo», au Festival de Cannes, le 24 mai 2019.
Le réalisateur Abdellatif Kechiche lors de la conférence de presse de «Mektoub My Love: Intermezzo», au Festival de Cannes, le 24 mai 2019. — Sébastien BERDA / AFP

Le malaise est réel. Le réalisateur Abdellatif Kechiche, dont le film Mektoub My Love : Intermezzo n’a toujours pas de date de sortie, consent à supprimer certains plans d’une scène de cunnilingus si son actrice Ophélie Bau le lui demande. Plusieurs semaines après la polémique au Festival de Cannes, le cinéaste est sorti de son silence dans une lettre adressée à Elisabeth Tanner, l’agent de l’actrice, et transmise à une journaliste de L’Express lundi.

« J’invite volontiers Ophélie à la table de montage pour me signifier précisément ce qui choque sa pudeur et je m’engage, dans la mesure du possible, à éliminer dans le montage du film les plans qui la gêneraient encore. Ce n’est après tout que du cinéma », écrit-il.

L’agent de l’actrice prend acte de l’engagement

Un « engagement public » dont a pris acte mardi Elisabeth Tanner. Ainsi sera-t-il permis à Ophélie Bau, note-t-elle, « enfin, de visionner la séquence en question et d’indiquer quels plans elle voudrait éventuellement voir supprimer ». Le maintien au montage, dans sa durée longue de treize minutes, d’une scène de cunnilingus, est à l’origine du schisme entre Abdellatif Kechiche et son actrice. Et ce, à mesure qu’approchait la projection du long-métrage au Festival de Cannes, sans que le cinéaste lui accorde le droit de le visionner avant.

Palpable sur la Croisette, le malaise avait nourri la polémique autour de ce film radical de 3h28, jusqu’à l’overdose, dont les trois quarts se déroulent en boîte de nuit. Ce soir-là, Ophélie Bau avait monté les marches avec l’équipe du film, mais n’était pas restée pour assister à la projection. Lorsque les lumières se sont rallumées, visiblement ému et embarrassé, le réalisateur avait quitté la salle précipitamment en lançant : « Je m’excuse de vous avoir retenus sans vous prévenir et voilà… je m’en vais. » Le lendemain, toujours pas d’Ophélie Bau à la conférence de presse, où l'atmosphère était électrique, le service de presse du film prétextant un tournage.

« Eclaircir une situation alarmante et nuisible »

Dans sa lettre, Abdellatif Kechiche affirme qu'« Ophélie [Bau] a en toute conscience accepté pleinement son rôle dans mes films et à aucun moment n’a manifesté la moindre gêne quant à sa nudité ni à la dimension érotique de certaines séquences ». Revenant sur la séquence de cunnilingus, le réalisateur estime avoir fait une concession à l’actrice : « Prévue à l’origine avec l’acteur Salim Kechiouche, elle a été longuement répétée par Ophélie six mois avant la date où elle a été effectivement tournée. Si Ophélie avait exprimé la moindre gêne et qu’elle ne souhaitait plus y participer, elle avait largement le temps d’y réfléchir et de me le signifier. La seule chose qu’elle ait revendiquée avant, était de pouvoir interpréter cette scène avec un autre acteur, Roméo de Lacour, dont elle était tombée amoureuse entre-temps ».

Déterminé à « éclaircir une situation alarmante et nuisible », Abdellatif Kechiche dénonce enfin une « conspiration contre [lui] » dont le Syndicat des agents artistiques français, présidé par Elisabeth Tanner, serait « le principal instigateur ».

Une accusation fermement rejetée par l’intéressée. « Nous n’avons fait aucune déclaration publique à propos ou à l’encontre du film ou des conditions de tournage. Il est donc particulièrement surprenant de vous voir prétendre aujourd’hui à un complot, une conspiration. » Ce n’est pas la première fois que le cinéaste de 58 ans fait l’objet de polémiques. Pour La vie d’Adèle, Léa Seydoux avait notamment dénoncé des conditions de tournage «horribles», tandis qu’Adèle Exarchopoulos, alors âgée de 19 ans, avait parlé de « dix journées entières à tourner » la très longue scène de sexe du film.